Skip to main content

Full text of "Les dovze clefs de philosophie de frere Basile Valentin ... : traictant de la vraye medecine metalique : plus l'Azoth, ou, Le moyen de faire l'or caché des philosophes : traduction francoise"

See other formats


— -tî 


V 


ÎDOVZE  CLEFS 

PHILOSOPHIE 

D  E 

FRERE  BASILE  VALENTINi 
.Religievx  delOrdrb 
Saind  Benoift. 

TraiBant   de  la    ^jraye  Meàecim 
Afetalique. 

Plus  TAzoth  ,  ou  le  moyen  de  faire 
rOr  cache  des  Philofophcs* 

TRADVCTION     FRANÇOISE;      .-g^ 


A   i?  A  RIS,  %/A^.^ 


Chez  PiinRE    MoËt,  Libraire 

luréj  proche  le  PontS.Mlçhel, 

àrimagic  S.  Alexis, 

■■"h — rwTwwi—  —      I  I       immÊmmmmÊmmim 

!  M.   DC,    LX. 


^     qMONSI  £F  K, 

le  CheHalierT>îgbj  ^  (hance^ 
lier  de  la  Reine  de  U  Grande 
"îBretagne^  &c. 

ONSIEVR, 

Faute  dVné 
meilleure  oc- 
caiion  ,  ie  prends  celle 
|de  ce  Liure  que  ie  vous 
dédie  i  pour  preuue  de 
mes  très  -  humbles  reir 
ipe<fls ,  &  que  ie  eonferu^ 


2  E  P  I  S  T  R  E 
vil' vif  relTentiment  des 
faneurs  doc  il  vous  a  pieu 
me  gratiffier.  le  n'oferois 
dire  que  ce  petit  prefent  | 
foitfansla  prétention  de 
quelque  nouuelintereft, 
car  noltre  exercice  fait 
eftat  de  joindre  lesdiuer- 
fes  quai  tés  de  Mercure, 
d'aymerle  Soleil,  de  tra- 
fiquer des  Sciences  ^  Se 
de  receuoiren  donnant: 
en  cela  mefme  ie  ne  fuis 
que  l'agent  des  Dieux, 
c'eit  à  dire  des  Sages: 
Je  leur  ay  débité  vos  bel- 
les pcnfées,&ie  vous  en 


E  P  I  s  T  R  E.  3 

rapporte  les  fcntimens. 
Tous  m'ont  témoigné 
l'extrême  fatis-faâiion 
qu'ils  ont  receu  de  voftre 
Traitté  fur  la  Poudre  de 
Sympatie ,  en  fuite  qu'ils 
fouhaiteroient  que  les 
lumières  ôc  les  chaleurs 
de  voftre  Elprit  s'em- 
ployalTent  pour  donner 
vnnouueau  iourauxmy- 
fteres  de  cet  Art,  qui 
exerce  depuis  û  long- 
temps la  curiofité  des 
Philofophes ,  &  pour  fai- 
re éclorre  cet  œuf  qu'ils 
vantent  fi  fort,    le  vous 

â  iîj 


6  EPISTRE. 

offre  donc  ce  Liure^com- 
me  la  terre  prefente  fes 
fleurs  &c  fes  fruiéls  au 
Solei],^fin  qu'ils  en  tirent 
leurperfeâion,  &  corn- 
me  elle  luy  enuoye  fes 
vapeurs  pour  lesrreçe- 
uoir  en  rofées  ôCi  Gti 
pluyes  ,  qui.  la  rendent 
plus  belle  &  plus  riche. 

l'ayfait  encore  efperer 
que  vous  donnerez  quel- 
que iourau  public,ce  que 
vous  ayez  iudicieufei- 
mcnt  obferué  touchant 
h  pofîeffion  des  démons. 
Vous  reufsirez  parfaite- 


EPISTRE.  7 

ment,  MONSIEVR, 
en  toutes  ces  matières 
cachés  au  commun  des 
hommes ,  &  ie  ne  croy 
pas  qu  auec  iuftice  vous 
puifsiez  refufer  la  conti- 
nuation de  ces  pretieu- 
fes  elludes  au  public,  car 
vous  luyeftes  redeuable 
dVn  droit  annuel,  après 
qu'il  vous  a  mis  au  rang 
des  Illultres  ,&:  en  cette 
eftime  d  efprit  qui  paffe 
toutes  les  dignités  delà 
fortune.  Vous  acquiter 
de  ce  deuoir  &  refpon- 
dre  aux  efperances  que 

a  iiij 


«  EPISTRE. 

Ton  a  conceuês  de  vous, 
Ceft  voilrc  gloire  , 
6c  ce  ne  peut  eftre 
qu'vne  double  fatis-fa- 
Aion  5  Potir, 


MQNSIEF%.. 

Vcfirf  tres-humbU ,  tr£s~ 
cl't'qfaniç^  tris  affectionné 
jfruiteviv. 

PIEP.P.E  NiOËT. 


PREFACE    AV 

LECTEVR. 


L  y  a  plus  de  trois 
ans  palTcz  (  Amy: 
Lcéleur  )  que  Tay 
fait  traduire  lesœu- 
ures  Philofophiqucs 
de  Frère  Bafile  Vaîcntin,  Reli- 
gieux de  Tordre  de  SaindBenoift, 
très  doâ:e  perfonnage^  lequel  a  fi 
bien  efcrit,  que  Tes  œuures  font 
dignes  d'ecernclle  mémoire,  mef- 
mesparVaduis  des  plus  doâies  de; 
ce  temps  :  Ce  qui  m'a  le  puis  per- 


lo  Treface  at4  LeSieur. 
fuade  de  les  faire  veoîr,  a  efté  la 
prière  que  m'en  ont  fait  plufieurs 
perfonaes  de  qualîtejerquelsdefi- 
rans  de  contencer^ie  les  ay  fait  tra- 
duire d  Aîemand  &de  Latin  en  no- 
(Ire  langue  Françoife^ôc les  donner 
àceux  de  ma  patrie/çachant  qu'el- 
le cft  âpre  fent  la  plus  curieufe  de 
toutes  les  autres  nations  de  l'Euro- 
pe, ceft  la  principale  confidera- 
tîon  qui  m'a  induit  à  les  mettre  en 
lumière^  croyant  qu'elles  feroient 
neceflaires  au  public,  afin  mefmies 
qu'elles  peuffçnc  feruîr  à  plufieurs 
pour  les  dçftourner  d'vne  infinité 
de  çhofes  inutiles  à  quoy  ils  s'a- 
donnent ,  &  fe  ranger  fous  les 
vrays  fentîers  de  la  Nature ,  qui  eft 
le  lica  indiffoluUe  par  lequel  ils 
icdifporcronc  au  dcuoîr  delarai- 
ion  .  &c  ce  faifant  Dieu  leur  fera  la 


T^ reface  an  LeBcûr.  n 

grâce  de  paruenirà  la  defiree  dé- 
finition d'vne  grâce  fpeciale,  par 
laquelle  ils  paruiendront  à  la  fa- 
pernelle  vocation^  faifant  les  clio- 
{c^  à  l  honneur  ôc  gloire  de  ce- 
luy  qui  poffede  toutes  chofes,  & 
aufli  que  luy  qui  eft  autneur  de  la 
nature  n  agit  en  nous  que  par  vnc 
extraordinaire  infpiration  qu'il 
nous  donne  par  fon  faînft  vouloir, 
lors  qu'il  cognoift  que  nous  auons 
la  volonté  de  bien  faire  :c*eft  cela 
qui  a  tant  efmeu  de  gens  dodtes  à 
chercher  lescuriofitez  naturelles, 
afin  de  faire  du  profit  au  public^  & 
principalement auxpauures,&:  non 
feulement  en  noftre  France  ^  mais 
en  dluerfes  contrées  il  y  a  plufieurs 
Autheurs  qui  ont  bien  fait  des  li- 
urcs  de  cette  fcience ,  &  qui  certi- 
fient qu'encores  que  malaifemenÉ 


I?  Préface  au  Lecteur. 
on  Hc  la  peut  pas  bien  cognoîftrc  ^ 
que  neantmoins  elle  eft  véritable, 
&  ay  veu  vn  liure  Italien  dVnc 
Damoifelie  qui  s'appelle  Dona 
Ifabclla  Cortcd,  qui  a  fait  des  vers 
en  fa  langue  {i  bien  faits ,  que  ie  ne 
les  puis  oublier  à  vous  les  réciter 
en  ce  lieu. 


Salfa  ilfetor  ingrato 
E  fa,  ogni  meml^ro  all^ato^ 
Kifolue  é  hen  Uqupra 
Purga  ogni  cofa  encorg^ 
E  "vietto  é  retto 
Fugitiui  tien  firittO;, 
E  fjulla  fenfa  JaU 
^rafka  fiojira  ^ale: 

AtTRO     VERSt 

Vartî  fta  in  ac^ue  fura 
E  altro  a  far  non  cura 
Gênera  la  tintura 
Cofa  che  al  foco  dura  ^ 
Adercurio  firuger  fuoU 
Ogni  foUato  foie 
Lo  dijjolue  é  fa  el  moU 
L'aima  dd  corfo  il  toU 
E  dofo  lo  congela 
A  chi  Dio  Iq  riue  la^ 


14 

Q.VA  TRAIN. 

Ce  Phœnix  tiompareilauecfatref- 
fe  hlonde. 

^e  Phœhusnous  enuoysde  la  race 

des  Dieux 
Comparant  tr  if  l'en  ^n,cini  âefcend 

des  hauts  lieux, 

Pourlen)eoificy  Us  'viciorieux  dm 
monde. 


STANCES    SVR.  '  LA     FIGVRE 
fuiuante  du  Phœnîx. 

L 

DJ(U  qui  tout  cewpofa  ^u  plus  fur  de  U  terres 
Qt4Arjcl  cethaosfutfa.it i& ce  qui  Ipy  enferre^ 
il  U  mit  aùfouuoîr  de  tome  U  Haturey 
Qui ntusfait  rêoir  au  ioni  le  Sf /,  îoulfre  Û*  Mer^^ 
cure. 

IL 
Ce  pour  fris  effamftiny&  cette  maffe  rortde^ 
hes  Elemens  ytiis  &"  tout  ce  ifti'efl  au  mondes 
lues  Germes  quîyfontt  ce  qui  eft  en  "Nature» 
Us  rtaifentpar  le  Sel^  le  Soulfre  &  le  Mercurel 
III. 
Var  eux  tout  lepouuoirfe  met  en  euidence^ 
Uefire  qui  s* en  enfuit  d*yne  me fme prudence, 
Tant  que  continuant  de  tour  en  tour  Uaturcy 
fait  agir  fous  le  Ciel  le  Sel^Soulfre^Cr  Meriure» 

inu 

Vlus  tout  fe  continué  d*yre  ^rand  fermeté^ 
Tlu^  tout  ce  ^uifefdiB  efifolide  arreftèy 
Et  par  indiuidus  fe  diffoft  ^t^ature^ 
Var  le  [quels  fe  refait  le  SelySoulfre^O"  Mercnre, 
V. 

Vuis  encore  toufioms  elle  fe  multiplie, 
faifant  ^wVw  élterant  la  terre  /oit  remplie 
D'humeur  y  que  tous  les  an^  er,  la  riche  Nature^ 
Veffïitje  rtcompofe  en  SHiSottlfre  >  cr  Mercure^ 

P,  M, 


PREMIER   LIVRE    DE 

LA     C  L  A  VI  C  VL  E     DE    LA 

Pierre  pretieufe  des  anciens  Phi- 
lofophes; 

Compofè  far  F*  B  a  file  Valent  in  y  de 
l'ordre  de  S,  Benoijl, 

À^ANT-PR   OPOS, 


N  ma  préface  (dû  /^Ay^^-<- 
traide  de  la  gênera-  JL^13Lxi 
don  des   Planettes)  J^r^o^*^^ 

ou    Ct/t    %  ^-^ 


le  me  fuis  oblige, 
Amy  Ledeiir  ,  en 
faneur  de  ceux  qui  font  curieux  de 
fcience,  ô^dcfireux  de  rechercher 
les  fecrcts  de  la  Nature  ,  &  enfei- 

A 


fi-rx  Cf  A** 


18  Avant -PROPOS, 
gner  (  félon  le  moyen  que  Dieu 
m'en  a  donné)  d'où,  &  de  quelle 
matière  nos  ancellres  ont  premiè- 
rement tiré  ,  puis  préparé  la  pierre 
triangulaire  y  donnée  par  la  libérali- 
té du  fouuerain  Dieu  y  (  de  laquelle 
ils  fe  font  feruis  pour  entretenir  leur 
fanté  durant  le  cours  de  cette  vie 
mortelle, &  pour  faulpoudrcr  corne 
de  fel  celefte  les  malheurs  de  ce  mo- 
de :  )  Or  afin  que  ie  tienne  ma  pro- 
melTe,  &  que  ie  ne  t'enuelope  point 
dans  les  fophiftications  fallacicu- 
fés ,  mais  que  iemonftre,  comme 
Ton  dit,  depuis  vn  bout  iufques  a 
l'autre,  la  fource  de  tous  biens  :  Sois 
attentif,  &  eonfidere  diligemment 
ce  que  ie  vay  dire,  (  fi  tu  es  defireux 
de  fcîence  )  car  il  ne  me  plaift  point 
à  parler  en  vain,  &  telle  n'eft  pas 
mon  intention ,  que  de  me  feruir  à 
cet  effecft  de  paroles  friuolcs^  vcu 


Livre     L  î^ 

qu'elles  ne  ferucnt  de  rien  1  ou  de 
bien  peu  pour  apprendre  i  bien  au 
contraire ,  c'eft  tout  mon  but  que 
de  môftrer  en  peu  de  mots  des  cho- 
fes  qui  foiét  appuyées  &  fondées  fur 
de  bons  fondemens ,  &  fondées  fut 
des  expériences  tres-certaînes. 

Or  il  faut  fçauoir  qu'encorcs  que 
beaucoup  fe  facent  accroire  de  pou- 
uoîr  conftruire  cette  Pierre, fort  peu 
neantmoins  en  viennent  à  bout  ^  car 
Dieu  n'en  a  communiqué  la  con- 
.noiffance  de  l'opération  qu*à  fore 
peu^&  à  ceux  là  principalement  qui 
haïfTcnc  le  menfonge  ,  embraffeni: 
du  tout  la  vérité  ,  &  qui  s'adonnenc 
jaux  Arts&  fciences,&  fur  tout  à  ceux 
iqui  Tayment  grandement.&iuydc- 
'mandent  auec  grande  înftance  Se 
prières  ce  précieux  don* 

C'eftpourquoy  iet*aduertîs,litu 
u  |veux  chercher  noftre  Pierrc^de  fui-' 

Aij 


It^ 


xo  Av  ANT-PRO:^OS. 

urc  mon  confeil^  en  premier  lîeu^ 
prie  Dieu  qu'il  fauorife  tes  œuures  : 
&  fi  tu  fens  ta  confcience  chargée 
de  péchez ,  ie  te  confellle  de  la  def- 
charger  &  nettoyer  par  vraye  eon-] 
trîtîon  &c  confeffion  ,  &  que  tu  te 
cîeliberes  de  perfeuerer  toufiours  en 
la  vertu^afin  que  ton  cœur  foit  con- 
forme en  tout  bien^  &  ton  efprit  ef- 
claîré  de  la  lumière  de  vérité  :  outre 
cela  délibère  en  toymefmc,  quefi 
après  auoir  acquis  ce  don  diuin  ,  tu 
es  efleué  en  honneur  ,  de  tendre  la 
main  aux  panures  embourbez  dans 
le  limon  de  la  pauureté,refaire  &  rc- 
ftaurer  de  ta  libéralité  ceux  qui  font 
rompus  ÔclafTez  de  malheurs ,  &c  te- 
Icuer  de  tes  riche  (Tes  les  accablez  de 
mifere  ,  afin  que  plus  aifément  tu 
aycs  labenedidîonde  Dieu^  &  que 
tafoy  eftantconfirmée  par  les  bon- 
nes ceuurcs;  tupuifles  enfin  iouyr 


Livre     I.  t\ 

de  la  béatitude  éternelle; 

Outre  pius>ncmefprifc  pas  leslî- 
ures  des  ancipns  Philofophes ,  qui 
pour  le  certain  ont  eu  la  Pierre  de- 
uant  nous ,  mais  lis-les  entièrement, 
car  après  Dieu  ce  font  ceux-là  qui 
font  eau fes  que  ie  l'ay  euë,lîs4es  plus 
d Vne  fois,ahn  de  n  oublier  les  prin- 
cipes ,  que  tes  foftdemens  ne  tom- 
bent ,  ôc  que  la  lumière  de  la  vérité 
ncfoitefteinte. 

En  outre/oîs  diligent  à  la  recher- 
che des  chofes  qui  s'accordent  auee 
la  raifon  ,  &  auec  les  liures  des  an- 
ciens, ne  fois  point  muable,  mais 
vifeconftammentaubut^auquel  ti- 
rent &  s'accordent  tous  les  fages,  & 
fouuiens  toy  qu  vn  efprit  mobile 
n'a  point  depiedftable  ,  &  quvn 
Architede  de  légère  tefte  à  grand 
peine  peut  baftir  vn  édifice  fcrm^ 
&  permanent* 


%%  ÂV  ÂNT -PROPOS, 

De  plus,  ne  prenant  point  noftre 
pierre,  fon  eftre&  fanaiirance  de 
chofes  combuftibîes  (  veu  qu'elle 
combat  mefmc  contre  le  feu^&  fou- 
fticnt^fans  eftre  aucunement  offen- 
cee ,  tous  fes  efforts  &  embufchesj 
ifîc  la  tire  point  de  telles  matières, 
cfquelles  la  toute  puIlTante  nature 
ne  la  peut  mettre. 

Par  exemple  >  fi  quelquVn  difoît 
qu'elle  eft  de  nature  vegetable  y  ce 
qui  neantmoins  n  eft  pas  poffible, 
bien  qu'il  apparoifTe  en  elle  ie  ne 
fçay  quoy  de  vegetable  ;  car  il  faut 
que  tu  fçaches  que  fi  noftre  lunaire 
eftoît  de  mefme  nature  que  les  au- 
tres plantes^  elle  feruiroît  auffi  bien 
que  les  autres  de  matière  propre  au 
feu  pourbrufler  5  &c  ne  remporte- 
roit  autre  chofe  de  luy  que  le  fe^ 
mort  ^  ou,  comme  Ton  dit,  latefte 
Biorcc:&bièn  que  nos  deuanciers 


Livre     I.  25 

^yent  efcrîpt  bien  amplement  de  la 
Pierre  vegetable  ,  toutesfoîs  fîtu 
nés  plus  clair  voyant  que  Llncee, 
croy  moy ,  cela  furpafTcra  la  portée 
de  ton  efprît^car  ils  Tont  feulement 
appellee  vegetable ,  pource  qu'elle 
croîft,  &  fe  multiplie  comme  vnc 
chofe  veo;ctable. 

Bref,  fçache  que  pas  vn  animal  ne 
peut  eftendre  fon  efpece  ôc  engen- 
drer fon  femb]  able,  s'il  ne  le  fait  par 
le  moyen  de  chofes  fcmblables ,  Se 
dVne  mefme  nature  ^  voyia  pour- 
qu<^y  îe  ne  veux  point  que  tu  met- 
tes peine  à  chercher  noftre  Pierre 
autre  part,  ny  d'autre  cofté  que  dans 
lafemence  de  fa  propre  nature ,  de 
laquelle  la'  nature  Ta  premièrement 
produite.  Tire  de  là  aufli  vne  confc- 
quence  certaine,  qu'il  ne  te  faut  au- 
cunement choifir  à  cet  effet  vne  na  - 
ïure  aniniale  ^  car  comme  la  chair  &c 


14  AVAN  T-PROPOS. 

h  fang  ont  efte  donnez  par  le  Créa- 
teur de  toutes  chofes  aux  feuls  ani- 
piaux  y  aufli  du  fcul  fang ,  a  eux  feul 
paiticulier  ^  eux  feuls  font  nays  & 
naliîent  tous  les  iours.  Mais  noftre 
Pierre  que  i  ay  eue  par  fucceffion 
des  anciens  Philorophes.ell:  faite  &c 
compofee  de  deux  chofes,  &  d'vne^ 
efquelles  eft  la  troifiefme  cachée, 
&  telle  eft  la  vérité  vrayement  pu- 
bliée fans  aucune  ambiguité  &  frau- 
de^car  le  mary  &  la  femme  n'eftoiéc 
pris  par  les  anciens  Philo fophes  que 
pour  vn  mefme  corps  ,  non  pas  a 
çaufe  defes  accidens  externes  qu  ils 
euiTent ,  mais  à  caufe  de  leur  amour 
réciproque  y  &  la  vertu  vniforme 
prpdudtiue  de  leur  femblable.née  &ç 
inférée  ai'vne«5cà  Faurre  ,  dés  leur 
premiers  naiflance.  Et  tout  ainfi 
qu'ils  ont  vne  vertu  çonferuatiue  &c 
prppagaciue  de  leur  efpece  y  tout  dç 


Livre     î.  25 

inefme  la  matière  de  laquelle  eft 
produit  noltre  Pierre/e  peut  mul- 
tiplier &  eltendre  par  la  vertu  femi- 
naire  qu'elle  a  :C*cft  pourquoy  fi  tu 
es  vray  amateur  de  noftre  fcience^ 
tu  ne  feras  pas  peu  d'eftime  de  ce 
que  ic  te  viens  de  dire,  &  tu  le  con- 
fidereras  attentiuement^  de  peur  de 
te  laîfler  tirer  auec  les  autres  fophî- 
ftes ,  aueuglcz  en  cet  eridroicl  en  la 
foffe  d'ignorance ,  te  précipiter  cri 
ce  gouffre, &  enfin  n'en  pouuoir  ia- 
mais  reuenîr. 

Or,  mon  amy,  afin  que  îe  renleî- 
gne  d*oii  cette  feméce,  &c  cette  ma- 
tière eil:  puiféc/onge  en  toy  mefme 
à  quelle  fin  &vrage  tu  veux  faire  la 
Pierre  ,  alors  tu  içauras  qu'elle  ne 
ïi'extraidt  que  de  racine  metalique, 
ordonnée  du  Créateur  à  la  généra- 
tion feulement  des  Métaux  ;  Or 
comprends  en  peu  de  paroles  com- 


zè        Avant -PRopoSo 

ment  cela  fcfaid. 

Au  commencement,  lors  quel'el- 
prit  du  Seigneur  cftoit  porté  fur  les 
eaux  j  &  que  toutes  chofes  eftoient 
enueloppées  dans  les  obfcuritez  te- 
nebreufes  du  Chaos,alors  Dieu  tout 
pui{rant&  Eternel ,  conimenccmét 
fans  fin ,  la  fageffe  duquel  eft  dés  le 
commencement  ^  &  dés  rEternité^^ 
par  Ces  confeils  infcrutables  &c  pro- 
uldens,crea  de  rien  le  Ciel  &  la  ter- 
r V  ,  &  tout  ce  qui  eft  en  iceux  conte- 
nu vifible  &:,  inuîfible  ,  quel  nom 
que  tu  leur  baille  ouleur  puiflebail^ 
1er  ;  Car  Dieu  fit  toutes  chofes  de 
nen:Or  comment  fut  faîte  cette  ef- 
merueillable  création  >  i'eftîme  que 
ce  n'eft  icy  le  lieu  de  s'en  enquefter, 
car  telles  matières  doiuçnt  cftre  plu- 
ftcft  confirmées  par  lafoy  &  par  la 
iainde  Efcriture.  En  cette  création 
Dieu  donna  &  comme  verfa  à  cha- 


Livre     I.  47 

gue  nature ,  de  peur  qu  elles  ne  pe- 
rilTenC;,  eftâs  fubiedtes  à  corruption, 
à  chacune  fafemence ,  afin  que  par 
celle  vertu  feminalle  elles  fc  pcuf- 
fent  garentir  de  mort  ,  &c  que  les 
hommes  Jes  animaux ,  les  plantes  &c 
les  métaux,  peuffent  élire  perpé- 
tuellement conferuez ,  Se  ne  fut  pas 
donnée  à  l'homme  telle  vertu  ^  que 
de  pouuoir  à  fon  plaifir, contre  la  vo- 
lonté de  Dîeu^  faire  de  nouuelles  fe- 
mences^mais  feulement  luy  fut  per-- 
mis  de  pouuoir  eftendre  &  multi- 
plier fon  efpece:Et  Dieu  fe  referua 
la  puiffance  de  faire  de  nouuelles  fc- 
mences,  autrement  la  création  fe- 
roit  poiGTiblc  à  l'homme  ,  comme 
cftant  la  plus  noble  créature  ,  ce  qui 
ne  fe  peut  pas  faire ,  mais  doit  clîre 
referuée  au  fcul  Créateur  de  toutes 
chofes, 

î^and  à  la  verm  femînalc  des 


^8  Avant-propos. 
Métaux,  ie  veux  qu'aînfî  tukcon- 
noiffes  :  Premièrement  Tinfluence 
celefte  par  la  volonté  &  comman- 
dement de  DieUjdefcend  d^enhaut, 
&  femelle  auçc  les  vertus  &  pro- 
prietez  des  Aftres>  d*icellcs  mellées 
enfemble  ,  il  fe  forme  comme  vn 
tiers  cntre-terreftre  :  Ainfi  eft  faiâ: 
le  principe  de  noftre  femence,  Sctel- 
le  eft  fa  première  produdion  ,  pat 
laquelle  elle  peut  donner  aflez  fufE- 
fant  tefmoignage  de  fa  race  :  De  ces 
trois  fe  font  les  elemens ,  à  fçauoîr, 
l'Eau,  l'Air,  &c  la  Terre,  lefquels 
moyennant  Tayde  du  feu,  cotinuel- 
lemenr  appliqué,  l'on  regift  &  gou- 
uerne  iufques  à  ce  qu'ils  ayent  pro- 
duit vne  ame  qui  aye  moyenne  na-  | 
ture  entre  les  deux,  vn  efprit  în- 
comprehenfiWe  ,  $c  vn  corps  vifi- 
ble  &c  corporel  :  Quand  ces  trois 
principes  font  ioînts  enfemblç  paç 


Livre     I.  tp 

vrayevnion,  ils  font  par  continua- 
tion de  temps  3  &  par  le  moyen  du 
feu  deuëment  applique  ,  vnelub- 
ftance  fenfîble  j  fçauoir  ell ,  la  Mer- 
curîalUy  la  Sulfureufe  j  &  la  Saline^ 
que  Hermès  ôc  tous  les  autres  de- 
uant  moy ,  ne  pouuant  rien  par  delà 
dés  le  commencement  du  Magifte- 
re  ,  onrappellé  les  trois  principes, 
lefquels  s  y  eftans  mis  proportion- 
nément  ^  Ton  coagule ,  félon  les  dî-  ^^ 
uerfes  opérations  de  nature  ,  &  la 
difpofitiondelafemence  ,  ordon- 
née de  Dieu  à  cet  effccl. 

Quiconque  donc  fe  propofe  de 
chercher  la  fource  de  cette  falubre 
fontaine,&  efpere  de  remporter  par 
vn  combat  defiré ,  le  prix  de  ce  no- 
ble Art ,  qu'il  me  croye ,  atteftant  le 
SouuerainDieudc  cette  vérité,  que 
la  part  où  fe  trouuent  l'Ame  MetalU  — 
que ,  TEfprit  Metalique ,  &  le  corps 


o 


Avant-propos 


Mecalique^s'y  trouuent  auffi  infaiî- 
VibXcmtntyï  Argent  a}if, le  Soulfrey& 
le  Sel  Metaliaue  y  lefquels  necelTai- 
reinent  ne  fçauroient  faire  qu'vri 
corps  parfald  Metalique. 

Si  tu  ne  veux  pas  entendre  ce 
qu'il  te  faut  apprendre  ;  ou  tu  n'au« 
ras  îamaîs  efté  efleué  dans  l'efcolle 
de  fagefife ,  ou  tu  ne  feras  pas  enfant 
de  fcience ,  ou  bien  Dieu  t'eftimera 
indigne  &c  incapable  die  telle  do- 
ctrine, 

le  te  dits  donc  en  peu  de  mots 
qu'il  te  feraimpolTible  de  tirer  au- 
cun profit  oufœlicité  des  ^matières 
metalîquesjd  tu  naifembles  exacte- 
ment en  vnc  forme  metalique  ces 
trois  principes  ?  Auec  cela  il  faut  que 
tufçaches  que  non  feulement  l'ho- 
me ,  mais  mefmes  aufli  tous  les  au- 
tres animaux  terreftres ,  compofeï: 
de  chair  &c  de  fangXoht  douez  d  A- 


Livre    I.  51 

itic&d'efprkvital,  qu'ils  font  dcf^ 
pourueuz  neantmoins  d'entende- 
ment, -qui  eft  à  l'homme  feul  par- 
ticulier :  C'eft  pourquoy  quand  ils 
ne  font  plus  en  vie ,  Ion  n'en  fçau- 
roit  rien  tirer  de  bon  ,  tout  eftant 
mort  en  eux. 

Mais  quand  TÂmc  de  l'homme 
eft  contrainte  par  la  mort  &  par  h 
dif- jondlion  d'auec  le  corps^  de  re- 
tourner à  fon  Créateur  d'où  elle  eft 
venuii,  elle  vittoufiours^  &  en  fin 
retourne  habiter  auec  le  corps  puri- 
fie  &c  clarifié  par  le  feu  :,  de  telle  fa- 
çon que  TAme,  TEfprit  &  le  Corps, 
s'illuminentrvnTautre  dVne  certai- 
ne claîrtéceleftej  &c  s'embraffentdc 
tellcforte  que  iamaispuis  après  ils  ne 
peuuéteftredef-vnis  lynde  l'autre. 
Voyla  pourquoy  l'homme  doit 
cftre ,  à  caufe  de  fon  ame  ,  eftime 
créature  fixC;»  d'autant  que  (  bien 


32.  Avant-propos* 
qu  il  femble  mourir) il  viura  perpc- 
tuellemenc  ,  la  mor^  de  Ihomme  à 
caufcde  cela^neft  autre  chofe  qu'v- 
ne  clarification.par  laquelle  (deuât 
que  paffer  comme  par  certains  dc- 
grez  ordonez  de  Dieu  j  il  doit  après 
auoir  quitte  cette  vie  mortelle ,  vi- 
ure  plus  noblement^  &c  d\ne  vie 
immortelle  :  Ce  que  n  eftant  ainfî 
Acs  autres  animauxj'on  les  doit  efti- 
mer  créatures  non  fixe  ^  car  après  la 
mort  ils  n'ont  aucune  efperance  de 
refufciter  &  reuiure ,  pource  qu'ils 
fontdefpourucus  d'Ame  raifonna- 
blc,  pour  laquelle  a  enduré  &rcf- 
pandu  fon  précieux  fang,  Icvray 
médiateur  ôcvnique  fils  de  Dieu. 

A  la  vérité  fi  TeCprit  peut  habiter 
TAmc  &:  le  corps  ;  il  ne  s'enfuit  pas 
neantmoinsqu  ilsfoicntliezenfem- 
bîe  ,  bien  qu'ils  foicnt  en  paix  ,  & 
ne  foient  en  rien  difcordans  Tvnde 

l'autre^ 


L  I  V  R  E      I.  ^3 

r autre  ^  car  ils  ont  encorcs  befoing 
d  Vil  lien  plus  fort ,  à  fçauoir  de  l'A* 
me  pure ,  noble  S>c  incomprehcnfi- 
ble,  qui  les  puifle  tous  deux  lier  fer- 
mement ,  les  garantîiTe  de  tous  dan- 
gers^  ôc  deffende  contre  tous  les  en- 
îiemis  :  Car  où  l Ame  s'eft  départie 
&  eft  du  tout  efteinte ,  n  y  a  plus  dt 
vieencétendroidl,  &n  y  à  aucune 
cfperance  de  la  recouurer  ,  voyla 
pourquoy  vnc  chofé  fans  Ame  eft 
grandement  împarfàidé ,  &  voicy 
vn  grand  fccret ,  &  que  doit  ncccf- 
fairement  fçauoir  le  fagc  qui  cher- 
che noftre  Pierre  j  ma  corifcicncê 
m'a  obligé  à  ne  paflcr  foubs  filencè 
vn  tel  myfteré  ',  mais  les  defcouurir 
aux  amateurs  de  noftre  fciencèjPoi- 
fe  donc  diligemment  mes  paroles, 
&  apprends  que  les  cfprits  qui  font 
cachez  dans  les  métaux  différent 
beaucoup  IVn  de  l'autre ,  Tvn  eftant 


34  kwK^r  -  PROPOS. 

plus  volatil^  Tautrc  plus  fixe,  la  mef- 
mc  différence  fe  trouue  en  leur 
Ame ,  ôc  en  leur  corps.  Tout  metail 
donc  quieftcompoîédetelsefprîcs 
vrayemenc  fixes  (  ce  qui  eft  donne 
de  particulier  au  feul  Soleil  )  a  vnc 
grande  force  &  vertu^par  laquelle  il 
combat  mefme  contre  le  feu ,  &  par 
fa  puiflance  furmontc  tous  fes  en- 
nemis. 

La  Lune  a  en  foy  vn  Mercure  fi- 
te  y  par  lequel  elle  fouftient  plus 
îonguement  la  violence  du  feu  que 
les  autres  métaux  imparfàitts  y  &  la 
victoire  qu  elle  remporte ,  monftrc 
aflez  combien  elle  ell  fixe  >  veu  que 
le  rauiffant  Saturne  ne  luy  peut  rien 
©fter  ou  diminuer, 

La  lafciue  Venus  eft  bien  colorée, 
Sctout  fon  corps  n  eft  prefque  qu^ 
teinture  y  &  couleur  sébbble  à  celle 
qu  aie  Soleil,laquelle  à  caufe  de  fon 


Livre     L  a 

abondance ,  tire  grandement  fur  1© 
rouge ,  mais  d'aucant  que  fon  corps 
eft  lépreux  &  malade  ,  la  teinture 
fixe  n  y  peut  pas  faire  fa  demeure, 
mais  le  corps  s'enuolant,  necefTairc- 
ment  la  teinture  doit  fuiure  ,  car 
iceluy  periffant ,  l'Ame  ne  peut  pas 
demeurer,  fon  domicile  eftant  con- 
fomme  par  le  feu,  n'apparoîffant  & 
ne  luy  eltant  laiffé  aucun  fiege  ,  & 
refuge,  laquelle  au  contraire  accom- 
pagnée demeure  tout  auéc  vn  corpg 
fixe. 

Le  Sel  fixe  ,  fournît  au  guerrier 
Mars  vn  corps  dur,  fort,  iolidc  ^ 
robufte ,  d'où  prôuient  fa  magnani- 
mité &  grand  courage.  C'eftpour- 
quoyil  eft  grandement  diflScile  dé 
furmonter  ce  valeureux  Capitaine, 
car  fon  corps  eft  fi  dur,  qu'à  grand 
peine  peut  on  le  bleflcr  :  Mais 
ii  quelqu  vn  msflé  fa  force  &  durecl 

"       B  i; 


3^  Av  ANt^PROPOS. 

auec  la  conftance  de  la  Lune  &  la 
beauté  de  Venus ,  &  les  accorder 
par  vn  moyen  fpiritucljil  pourra  fai- 
re ,  non  point  tant  mal  à  propos  vnô 
douce  harmonie  5  par  le  moyen  de 
laquelle  le  pauure  homme  s*eftanc 
fcruy  à  cet  effet  de  quelques  clefs  de 
nollre  Art  ,  après  auoir  monté  au 
haut  de  cette  efchclle  ,  &  parucnu 
iuîques  a  la  fin  de  Tœuure ,  pourra 
pariiculieremcnt  gaigner  favie,  car 
îa  nature  phlegmatique  &  humide 
de  la  Lune  peut  eftre  efchaufféc  & 
defleîchée  par  le  fang  chaud  &  coie- 
rîque  de  Venus ,  &  la  grande  noir- 
ceur corrigée  par  le  Sel  de  Mars. 

Il  ne  faut  pas  que  tu  cherches  cet- 
te fcmence  dedans  les  clemens ,  car 
clic  n'eft  pas  fi  efloîgnée  de  nous^ 
mais  la  nature  nous  Ta  mife  bien 
plus  prés,  &  tu  robtîcndras.fi  ru  re- 
ctifies telleméc  le  Mercure  Je  Soûl- 


frc  Se  le  Sel  (  i*çnrends  des  Philofo- 
phes  j  que  l'Ame  ,  refpric  &  le  corps 
ioientfibienvnis  qu'ils  nefepuif- 
fenc  iamais  quittcr^alors  ferafaidllc 
vray  lien  d'amour,  &  fera  baftie  la 
maifon  de  gloire  &  d'honneur  :  Et 
fçachçs  que  t:out  cecy  n  eft  rien  au- 
tre chofe  que  la  clef  de  la  vraye  Phi- 
lofophic  y  femblable  aux  proprietcz 
celetles  ,  ôcTeau  fciche  CQniointc 
auec  vne  fubftance  tcrrcftre ,  toutes 
lefquelles  chofes  rcuiennenc  tou- 
jours à  mefmepoînd:^  comme  n'c- 
ftanc  qu'vne  mefme ,  qui  prend  fon 
origine  de  trois ,  de  deux ,  &ç  d  vne. 
Si  tu  frappes  ce  bue  &  paruiens  iuf- 
ques  là ,  fans  doubte  tu  as  accomply 
le  magifteretîoints  par  après  lepoux 
auec  Tefpoufe  ,  afin  qu'ils  foîent 
nourris  de  leur  chair  &  fang  propres^ 
&  foient  multipliez  par  leur  femen- 
ce  à  l'infiny  ,&  cncores  que  par  cha» 

B  iij 


^S  ÂV  ANT -PROPOS. 

rite  îe  voulufTe  bien  t'en  dire  daiian? 
tage  de  peur  ncantmoins  de  pafler 
les  bornes  que  Dieu  m*a  limitées.  le 
n  en  parleray  pas  dauantage,  ny  plus 
amplement^craîgnant  que  Ton  abu- 
fe  des  grands  dons  de  Dieu  j  &  que 
iefoisTautheurSc  caufc  de  tant  de 
iTîefchancetez  quîfc  commcttroiéc 
d'encourre  Tire  dîuîne  ,  &  ne  fois 
condarnné  auec  lesmcfchans^  aux 
peines  éternelles. 

Mon  amy,  il  ces  chofes  font  fi  ob- 
fcures  que  tu  n'y  puifTc  rien  com- 
prendre, ic  t'cnféigneray  encores 
ma  pratique,  par  le  moyen  de  la- 
quelle iayfaid^aucc  Tayde  de  Dieu 
la  pierre  occulte  ^  confidere  là  dili- 
gemment ,  prcns  bien  garde  aux 
douze  Clefs5&  les  lis  plus  dVne  fois, 
puis  trauaille  félon  que  ic  t'ay  în- 
îlruicfcj  à  la  vérité  elle  eft  vn  peu  ob- 
icure  y  mais  aureftc  fort  exade. 


I 


•        i/lVRB      ï.  35 

Prcns  de  bon  or^mcts  le  en  pièces, 
&  le  dilToults  comme  enfeigne  U 
nature  aux  amateurs  de  fciencc^  & 
le  réduits  en  fes  premiers  principes, 
romme  le  Médecin  a  de  couftumc 
de  faire  difTedtio  d  vn  corps  humain 
pour  connoiftre  fes  parties  intérieu- 
res, &  tu  trouueras  vne  femence  qui 
çft  le  commencement ,  le  milieu  &c 
lafinderoeuure,  de  laquelle  noftrc 
or  &  (a  femme  font  produits ,  fça- 
uoir  eft  vn  fubtil  &  pénétrant  ef- 
prit,vne  ame  delicate,nette  &  pure. 
Se  vn  Sel  &  baufme  des  Ailles ,  lef- 
quels  eftans  vnis  ne  font  qu'vne  li^ 
queur  &  eauëMercurialle, 

L'on  mena  cette  eau  au  Dieu  Mer- 
cure fon  père,  pour  eftre  examinée, 
&  la  voulut  efpoufer ,  &  de  fait  Tef- 
poufa,  &:  fe  fît  d'eux  deux  vne  huillc 
incobuftible  ,  puis  Mercure  deuint 
(i  orgueilleux  êc  fuperbe ,  qu  il  ne  fé 

B  iiij 


^b  Avant -PROPOS, 
reconnut  plus  pour  foy  viiefme;>n)aîs 
ayant  içtte  Tes  aifles  d*Aîgle,il deuo- 
rafa  queuç  glilïante  d'vn  dragon,  & 
déclara  la  guerre  à  Mars^  incontînéc 
Mars  ayant:  affemble  fa  compagnie 
de  cheuaux  legers^fit  prendre  Mer- 
cure, le  mit  prifonnicr  >  &  conftitua 
y  ulçan  pour  Geollîcr  de  la  prifon, 
îufcju'à  ce  qull  fuft  derechef  deliurc 
par  le  Sexe  féminin. 

Tout  auffi  toft  que  le  bruit  fut 
fceu  par  le  pays ,  les  autres  Planettes 
s'afïembjcrcnt  &  çonrultercnt  de  ce 
qui  çitoît  de  faire  dorefnauant,  afin 
que  tout  fu(l  gouuerne  aucc  prude- 
ce  &  niaturité  de  cpnfeil ,  alors  Sa,- 
turne  aueç  vne  grauité  nomparçille 
commença  en  cette  façon  a  dire  le 
prcmîer.fon  aduîs. 

Moy  Saturne  Je  plus  haut  des  Pla-' 
îiettçs,  cpnfefTe  &c  protefte  deuanc 
you$  que  ic  {ui$  le  moindre  de  tou- 


tes  y  aynnc  vn  corps  foiblc  &  corru- 
ptibîe,de  couleur  noire^fubjet  à  tou- 
tes les  aduerfitez  dç  ce  mlferable 
inonderCeft  moy  toutesfois  qui  ef- 
prouue  toutes  vos  forces  /  pourcç 
que  ie  ne  fçauroîs  demeurer  en  vnç 
place, &  m'enuoilant  l'emporte  tout 
ce  que  ie  trouue  de  femblable  à 
moy  :  le  ne  rejette  la  faute  de  cette 
mienne  calamité  fur  autre  que  fur 
Mercure  >  qui  par  fa  négligence  & 
peu  de  fQing,m'a  caufe  tous  ces  mal- 
îîeurs  :  C'elt  pourquoy  ie  vous  pric^ 
&  coniure  toutes,dc  prendre  fur  luy 
vengeance  de  cette  mienne  mifere> 
&  pource  qu'il  cft  defia  en  prifon^ 
que  vous  le  rnettiez  à  mort ,  &c  le 
laîfliez  tellemét  corrompre  &  pour- 
rir ,  qu  il  ne  luy  refte  aucune  goutte 
de  fang. 

Apres  Saturne  3  fc  vînt  à leucr  lu- 
J>ît.er  tout  chenu  SccajSc  de  vieillefr 


4^  Avant  -proposa 
fejequel  ayant  fait  la  rcuerencc ,  & 
cftcndu  fon  fccptre^falua  chacun  le- 
lon  fa  qualité  y  5c  ayant  faîâ:  vne  pe- 
tite prcface^louaVaduis  de  fon  com- 
pagnon Saturne ,  &  voulut  que  tous 
ceux  qui  ne  trouucroicnt  pas  bonne 
cette  opinion  fuflent  profcrîpts  &c 
cxilez>&:  ainfi  finit  fon  difcours. 

Par  après  s'aduança  Mars  aucc 
vue  efpee  nue  diuerfifiee  d'admira- 
bles couleurs  (  vous  culïiez  dit  qu  el- 
le eftoit  entrclaffée  comme  de  mi- 
roirs iectans  feu  ôc  flamme  3  à  caufc 
des  rayons  efpars  çà&là  fortante? 
dlcelle  )  &c  la  donna  à  Vulcan  Geol- 
lier  delaprifon  y  pour  exécuter  la 
,  fentence  prononcée  >  &  réduire  en 
poudre  ,  les  os  de  Mercure  ,  après 
qu'il  feroit  mort  :  Vulcan  luy  obéît 
încontinent  comme  exécuteur  de 
îufticc  ,  preft  à  faire  ce  qu  on  Inj 
commanderoîc. 


Livre     ï.  4-s 

Or  après  que  Vulcan  fe  fuft  ac- 
quis de  fon  deuoir ,  Ton  vcit  venir 
comme  vne  belle   femme   blan- 
che, ôcvcftuc  d'vnhabitàfemmej 
long  5  de  couleur  grife  &  argenti- 
ne ,  cilTu&cntrelafie  4e  beaucoup 
d  cau'és ,  &  aptes  Tauoirles  afliftans 
confiderée  de  plus  près ,  ils  connu- 
rent tous  que  c'eftoit  la  Lune  y  Ycù 
poufe  du  Soleil ,  laquelle  feietta  à 
leurs  pieds ,  &  après  plufieurs  fouf- 
pirs  accompagnez  de  larmes,  auec 
vne  voix  tremblante  Sccntrecoup- 
pee  de  beaucoup  de  fanglots  ,  pria 
înftamment  que  Ton  deliuraft  le 
Soleil  fon  mary ,  emprifonné  par  la 
fraude  &  tromperie   de  Mercure, 
qu'il  faudroit  autrement  qu*il  perift 
auec  Mercure ,  ja  condamne  à  mort 
parle  iugementdes  autres  planettes: 
Mais  Vulcan  fçachant  bien  ce  qu'il 
auoit  à  faire ,  &  ce  qui  luy  auoit  eftc 


4^  Avant-propos. 
ordonne.boucha  roreîlle  à  fcs  prie- 
rcs,  &  ne  cefTa  d'exécuter  la  fcnten- 
ce  {ur  Tes  pauurcs  crîminels^iufques 
à  ce  que  vint  Venus  vclluë  dVnc 
robbe  bien  rouge  ^  doublée  de  vert, 
extrêmement  belle  de  vifage ,  auec 
vnevoîx  douce  &  courtoife.,  vnc 
contenance  &  façon  de  faire  du  tout 
agréable  ,  portant  vn  bouquet  de 
fleurs  odoriférantes ,  qui  à  caufc  de 
l'admirable  diueriité  de  couleurs 
qu'elles  auoiét^apportolent  vnmer- 
ucilleux  contentement  aux  hom- 
mes :  Elle  pria  en  langue  Caldaïquc 
Vulcan,  qu'il deliuraft le  Soleil,  & 
îcuft  rcflpuucnir  qu'il  deuoiteftrc 
rachepté  ôcdeliuré  parle  Sexe  fémi- 
nin, mais  tout  cela  pourneant^car  il 
auoit  les  oreilles bouchéeso 

Comme  ils  parloient  enfemble,  le 
Ciel  s'cutirit  /  &  en  fortit  vn  grand 
anim^  suec  ,   &  vne  infinité  de 


L  IVRE      L  ^/ 

petits, lequel  tua  Vulcan,&  à  gueul- 
Ic  ouucrtc  deuora  la  noble  Venus 
qui  priokpour  luy  ,  &  cria  àliaute 
voix  ,  lesremmes  m'ont  engendre, 
les  femmes  ont  femc  &  cfpars  par 
tout  ma  femencc ,  Se  en  ont  rempljr 
le  monde ,  Se  leur  amc  eft  vnîe  auec 
moy  y  c'eft  pourquoy  aulTi  ie  viuray 
de  leur  fang  ;  ayant  diâ:  cela  à  haute 
voix,  il  fc  retire,  accopagne  de  tous 
fesperîts.&celafe  fit  par  tant  de  fois 
que  tout  le  monde  en  fut  remply. 

Tout  cecy  s'cftant  pafle  de  la  fa- 
çon, plufieurs  doues  gens  du  pays 
s'affemblerent  &  fc  mirent  cnfem^ 
ble  à  chercher  le  moyen  de  connoi- 
ftre  ce  myftcre,  pour  auoir  plus  par- 
faire connoiflance  de  ce  fait ,  maïs 
ne  s'accordant  point  enfcmblc^ils  fe 
trauailloient  pour  néant ,  iufques  à 
ce  que  Tonveit  venir  vn  vieillard, 
qui  augit  la  barbe  &  cheueux  aufïi 


4^  AvAKT-î>RO?OS. 

blancs  que  neige  ,  il  cftôit  veftti 
d'efcarlatte  depuis  les  pieds  iufque^ 
àlatefte/auec  vne  couronne  d'or, 
fentrelaffce  de  pierres  preciéufes  de 
grand  valeur.  En  outre  il  cftoit  ceint 
dVnc  ceinture  de  toute  gloire  &c 
bon--heur;,&  marchant  nuds  pieds,  il 
parloir  par  vn  fingulier  efprit  qui 
çlloît  en  luy.fes  paroles  penetroîcnc 
tout  fon  corps^  &  de  telle  façon  que 
fon  Ame  s'en  fenroit ,  cet  homme 
s'efleuoit  vn  peu  plus  haut  que  les 
autre  ,  Se  faifoit  faire  filence  aux 
aflîltls,&  pourcé  qu'il  eftoit  ènuoyé 
du  Ciel  pour  leur  déclarer  &  expli- 
quer par  difcours  phvfique  la  fuldî- 
îe  parabole  &  énigme  ,  il  les  admo- 
neftoit  de  prefter  les  oreil  les  ouuer- 
îcs ,  &  Tefcouter  patiemment. 

Ayant  donc  obtenu  filence  ,  îï 
commença  aînd  {on  difcours  >  Ef- 
usiiie coy peupU  mortel,  èc  regar* 


Livre    1.  ^^ 

èit  la  lumière ,  de  peur  que  les  ténè- 
bres &  obfcurkez  ne  te  trompent^ 
les  Dieux  du  bon  heur ,  &  les  grands 
Dieux  m'ont  reuelé  cecy  en  dormât? 
o  qu'heureux  eft  celuy  qui  a  les 
yeux  efclaîrez  pour  voir  la  lumière 
qui  luy  cftoit  cachée  auparauant ,  il 
s'cft  leue  par  la  bonté  des  Dieux 
deux  eftoilles  aux  hommes ,  pour 
chercher  la  vraye  &  profonde  fa- 
gefle:  regarde  les  &  marche  à  leur 
clarté ,  pource  que  l'on  y  trouue  la 
fagefTé. 

Vn  oyfcau  Méridional  vîfte  &  lé- 
ger arrache  le  cœur  du  corps  d'vn 
grand  animal  d'Orient,  Tayanr  arra- 
che le  deuore, baille  aufli  des  alfles  à 
l'animal  d'Orient  afin  qu  ils  foienc 
femblables  ^  car  il  faut  que  l'onoftê 
âla  befte  Orientale  fa  peau  de  Lyon, 
&  que  derechef  fcs  âiflcs  difparoif- 
ient ,  &  qu'ils  entrent  dans  la  grand 


4^3  AvA»T-pROî»OS. 

mer  faléc ,  &  en  forteni:  derechef, 
ayant  pareillebcaute  ;  alors iette  fcs 
cfprîts  remuans  dans  vn  puits  bien 
creux  ouTeau  ne  tariffe  iamais^  afin 
qu  ils  luy  foicnt  rendus  femblables, 
comme  leur  mère  qui  y  eft  cachée, 
&:  en  a  efté  composée,  &  pris  fa  naif- 
fance  des  trois. 

L^Hongrie  m'a  premièrement 
engendré  ,  le  Ciel  ôclesAftres  me 
nourrîffent,  la  terre  m*alai6tc  :  Et 
bien  que  ie  meure  &  fois  enterré ,  îc 
prens  ncantmoîns  vie  &c  naiffance 
parVulcan,  c'eftpourquoy  THon- 
gric  cft  monpays^&la  terre  qui  con- 
tient toutes  chofes  eft  ma  mere:Les 
alTiftans  ayans  entendu  cela,  il  com^ 
mença  cncores  à  parler. 

Faids  que  ce  qui  eft  deflfus  foît 
deflous^quc  le  vifible  foit  inuifible, 
le  corporel  incorporel ,  &  faiârs  de- 
rechef que  ce  qui  eft  deffous  foit 

dclTus, 


Livre     L  4.^ 

deflus ,  rinuifiblc  rendu  vîfibic ,  & 
1  incorporel  corporel?  &  de  cela  dé- 
pend entièrement  toute  la  pcrfc- 
élion  de  TArt ,  où  ncantmoins  ha- 
bite la  mort  &  la  vie ,  la  génération 
&  corruption  ;  c'cft  vne  bouUc  ron- 
de où  (c  tourne  Tinconftante  roue 
de  fortune ,  &  apporte  aux  hommes' 
diuins  toute  fagcfle  &  b6nhèur> 
l'on  rappelle  de  fon  propre  noiri 
toutes  chofes;  Dieufeul  toutesfoii 
èrtfounerain^St  afeul  commande- 
inent  fur  les  chofes  éternelles. 

Orccluy  qui  fera  curieux  de  fça- 
noir  ce  que  c'éft  que  toutes  cho- 
fes  dans  toutes  chofes ,  qu'il  face 
àla  terre  de  grades  aifles^&larenco- 
gne  &  prcfTe  tellement  quelle  mon- 
te en  haut  Se  vole  par  delTus  toutes 
les  montagnes ,  îùfquès  au  firma- 
ment, alors  qu'il  luy  couppeles  aif- 
ks  à  force  de  feu^afin  qu'elle  tombe 

C 


50  AVAKT-PRO^OS. 

dans  la  mer  rouge  &  s*y  n'oye,  puis 
faee  calmer  la  mer ,  ôc  delTeiche  Tes 
eauës  par  feu ,  &  par  air,  afin  que  la 
terre  renaiffe.&enveritë  il  aura  tout 
dans  toutes  chofes ,  &  s*il  ne  le  peut 
trouuer^,  cju*il  regarde  dans  fon  pro- 
pre {em,  &c  cherche  &  vifire  tout  ce 
qui  eft  alentour  de  luy ,  &  en  tout  le 
monde/il  trouueratouc  dans  tout  ce 
ce  qui  n  elt  rien  autre  chofc  quVne 
vertu  ftipiique  &  allringente  des 
métaux  &  minéraux ,  prouenans  du 
Sel  &  du  SouUre,  &c  deux  fois  née 
du  Mercure  :  le  te  iure  que  îe  ne 
fçaurois  te  déclarer  plus  amplemient 
toutes  chofes  dans  toutes  chofes, 
V€u  que  toutes  chofes  font  comprî- 
fes  en  toutes  chofes. 

Ayant  aeheué  ce  difcours ,  me^ 
amis  (  dît-il  )ie  croy  qu  enatrendât 
aînfi  lafagefle ,  vous  auev:  appris  &c 
coUige  de  cette  mienne  harangue  > 


Livre     L  /i 

Se  quelle  maticre,&par  quel  moyen 
vous  deuez  faire  la  Pierre  precîcufc 
des  anciens  Philorophes  :  Or  cette 
rioftre  Pierre  neguaritpasfeulemét 
les  Métaux  lépreux  &  imparfaits, 
ôc  par  régénération  les  reduidl  èc 
tonuertit  en  vne  nature  du  tout 
accomplie  j  mais  aufli  conferuant  la 
fante  des  hommes  ^^les  faiél  vîuré 
longuement  :  &par  fa  celeftc  ver- 
tu m*a  conduid:  à  telle  vieillelTe 

'  que  m'ennuyanr  de  viurc  (i  longue- 
ment ie  voudrois  def- ja  quitce'r  lé 
monde. 
ADieu  enfoitlaloiiano;e .  Thon- 

\  iieur,  la  vertu ,  la  gloire  ,  aux  liecles 
des  fiecles ,  pour  la  grâce  &  fagefle 
qu'ilyafi:  long-temps  quM  m'adc 
fa  libéralité  donnée.    Ainfi  foit-il. 

Ayant  dit  cela,  il  difparut  de  leurs 
I  yeux  Se  s*enuolla  en  l'air.  Ces  chofes 
cftanc  paffées  de  la  façon  /chacurï 


Sz        Avant -PROPOS, 
s'en  retourna  d  où  il  cftoît  venu ,  & 
banda  tout  chacun  fon  cfprît ,  & 
cpcra  félon  la  fagelTc  que  Dieu  \ay 
auoit  donnée. 

pin  de  l^Juam-frofos  & 
fremier  Liun. 


CLEF-I. 


LIVRE     SE- 

COND   CONTENANT 

LA       i^REMIERE     CLEF        DE 

l'œuurc  des  Philofophcs. 

CHAPITRE  L 

De  la  préparation  de  la  première 
matière. 

Caches  mon  amy  ,  que 
tous  corps  immondes  & 
lépreux  ne  font  propres  a 
noftrc  œuure,  car  leur  lè- 
pre &  impureté ,  non  feulement  ne 
peut  rien  produire  de  bon. mais  auf- 
fî  cmpefchc  que  ce  qui  eft  propre 
puifle  produire. 
Toute  marchandife  de  marchand 


jf-f  Lesdovze  Clefs 
tirée  des  minières  eft  vendue  chacu- 
ne à  fon  prix;  mais  lors  qu'elle  eft 
falfifiée,  ellecltréduëinutile^pour- 
cç  qu'elle  eft  gaftee  ,  &n  ellantpas 
femblable  à  la  naturelle, elle  ne  peuc 
faire  les  opérations  deues. 

Comme  le  Médecin  purge  le  de- 
dans du  corps&nectoye  de  toutes  les 
ordures ,  par  les  médicaments,  tout 
demefme  aulTi,  noscojps  doiuenc 
eftre  purgez  &  nettoyez  de  toutes 
leurs  impuritez,  afin  quen  noftre 
génération,  ce  qui  eft  parfaicl  puif- 
fe  exercer  des  operationsparfai6tes, 
car  les  iages  demandée  vn  corps  net^ 
point  fouillé  ny  contaminé  par  la 
prefence  d'vn  corps  impur ,  pource 
quelemeflange  des  chofcs  eftran- 
geseftlaleprcSc  la  ;deftruâ:ion  de 
nos  métaux. 

Que  la  couronne  du  Roy  foit  d'or 
?^ef-pur ,  ôc  q^ue  Ton  luy  ioigne  h 


Livre   IL  // 

ehaftc  erpoufe.Sidonc  tuveux opé- 
rer en  nos  matières, pré^  vnloupaf- 
ùmé  Se  raiûffant ,  lubjet  àcaufe  de 
recimologie  de  Ton  nom  au  guer- 
rier Mars^mais  de  race  tenant  de  Sa^ 
turne,  comme  eftant  fon  fils. 

L'on  le  trouue  dans  les  vallées  & 
montagnes  toufiours  mourant  de 
fin;  letceluy  le  corps  du  Roy  ^  afin 
qu'il  s'en  fouUe ,  après  qu'il  l'aura 
mangé  iettes  le  dans  vn  grand  feu 
pour  y  eftre  du  tout  confommé ,  &c 
le  Roy  fera  deliure*  Apres  que  tu  au- 
ras fait  cela  trois  fois  ^  le  Lyon  au- 
ra du  tout  furmonté  le  Loup,  èc  le 
Loup  ne  pourra  plus  rien  confumer 
du  Roy,  &  noftrc  matière  fera  pré- 
parée &c  prefte  à  commencer  Vein- 
ure. 

Et  apprends  que  ce  n'eft  que  par 
ce  chemin  là  que  l*on  peut  opérer 
ms  naatierçs  pures ,  car  ron  lauç  èq 


jfg  LES  DOVZte   CLEFS, 

f)urgc  le  Lyon  du  fang  du  loup ,  &: 
anaturedu  Lyon  fe  dcledle  mer- 
ucîUeuiemcnt  en  la  teinture  du 
Loup ,  poupcc  qu'il  y  a  vne  grande 
aâSnite  &  comme  parentage  entre 
le  Tang  de  lyn  &  de  l'autre  ;  Qiiand 
donc  le  Lyon  fe  fera  foullë  &  fon  ef- 
prit  forrific/esyeux  reluyrontôc  ef- 
daireront  comme  le  Soleil  <,  &  fera 
fa  force  intérieure  bien  grande  &de 
grand  profit  &c  ytilîté  à  tout  ce  que 
vous  voudrez,  &  après  qu'il  aura 
çfté  deuëment  préparé  ,  fçruirade 
grand  remède  aux  Epîleptiquçs ,  ôc 
autres  détenus  de  griefue  maladie  ; 
&dix  lépreux  le  fuiurotvoulant  boi- 
re de  fon  fang  y  &  tous  ceux  qui 
font  malades ,  quelque  mal  qu'ils 
ayent,  fe  plairont  grandement  en 
fon  efprît  :  Bref  tous  ceux  quibeu- 
rot  de  cette  fontaine  decoulate  d  or 
feront  rendus  ioyeux  de  coips  ôc 


L  1  y  R  E    1 1.  S7 

d'erprît/iouy  ront  d  vnc  fante  parfai- 
ile,  fentiront  vn  reftabUffemcnc  de 
leurs  forces ,  reftauratiô  de  fonfâo; 
contorcemenc  decœur,  &  entière 
dirporition  de  tous  leurs  membres, 
tant  au  dedans  qu'au  dehors^pourcç 
quelle  conforte  les  nerfs,  &ouure 
les  conduits  pour  chaffer  les  mala- 
dies ,  &  introduire  en  leur  place  la 
fanté. 

.  Mon  anay,  prens  garde  diligément 
à  ce  que  la  fontaine  de  vie  foit  tres- 
pure^&nefcmeflequ'elqu  autre  eau 
çftrangerc  aucc  icellc,  de  peur  qu*il 
ne  s'engendre  vn  monftre,  &  que  le 
falutaîre  poifTonne  fe  change  cnvc- 
nimeux  poifon ,  &  (iTon  a  adîouftc 
quelque  eau  forte  &  corofiuc  pour 
diiToudre  les  matières,  que  Ton  To- 
fte ,  &  que  Ion  Taue  diligemment 
toute  force  corrofiue^car  nulle  acri- 
înpnie  &  corrofion  neft  propre  à 


/8  LES    DO  VZE    CLEFS, 

donner  la  fuitte  aux  maladies,  pour- 
ec  qu'elle  pcnecre,mais  auec  deftru- 
(Stion  &  corruption  du  fubiet,&  en- 
gendre bien  dauatage  de  maladies^ 
&:  combien  que  Ton  puiiTe  pouffer 
vne  chcuille  par  vne  cheuille ,  de 
mefme  il  nous  faut  chaffer  le  poifon 
par  le  poifon ,  il  faut  neatmoins  que 
noftre  fontaine  en  foit  totalement 
purgée ,  &c  du  tout  rendue  exempte 
de  corroiion. 

L'on  couppe  tout  arbre  qui  n'ap- 
porte pas  de  bon&:  odorifcrâte  fruic 
&:  on  ente  fur  le  tronc  vne  meilleu- 
re greffe,  cela  faid'  le  tronc  produit 
vn  rameau  ,  &  de  ià  fe  fait  vn  arbre 
lru£tifîac/elon  le  dcfir  du  iardinier. 

Le  Souuerain^  vov.ige  par  fix  vil- 
les ceieites,  ilfaicbf^  i  jiidcareeala 
iepriefne,  pource  que  fon  paUis 
Royal  y  c'a  orné  &c  cin!-'''^  ^^-r  ^ 
dq  balViments  dorez. 


Livre.   IL  5^ 

Si  tu  entends  ce  que  îe  viens  de 
dire  5  tu  as  ouuert  la  première  porte 
de  la  prc\iilereClef,&  as  paffé  îapre- 
miere  barriere^mais  fitu  nyvoy  en- 
cores  n;outte»&  ne  vois  aucune  clar- 
téy  tu  auras  beau  manier  &  regarder 
le  verre,  celane  te  feruira  de  rien^ôc 
ne  t'aydcra  aucunemét  la  veue  cor- 
porelle ,  pour  trouuer  a  la  fin  ce  qui 
te  manque  au  commencement ,  car 
le  ne  parleray  pas  danantage  de  cet- 
te Clef,  comme  m'a  cnieigné  Luce 
Papir 


ms 


LIVRE     SEC  ON  D, 

contenant  la  féconde  Clef  de 
Iceuure  des  Philofophes. 

Chapitre  second 


L 


'Ontrouue  dans  les  Cours  des 
Princes  diuerfes  fortes  de  boi- 


éo  Les  dovze  clefs, 
ftcs  &  brcuuages,  &  ny  a  pas  vit 
fcmblable  à  l'autre ,  en  odeur ,  cou- 
leur&c  gouft,car  ils  {ont  préparez  cl<s 
dîuerfes  façons:  &toutcsfois  à  di- 
ucrfes  fins,&etl  necclTairc  pour  en- 
tretenir &c  bailler  à  diuerfes  fortes 
de  gens. 

Quand  le  Soleil  darde  &  efpand 
[es  rayons  par  entre  les  nues,  l  on  dit 
fommunement^le  Soleil  attire  à  foy 
Teau,  ceft  pourquoy  nous  aurons 
de  la  pluye,  &  fi  cela  fe  fait  fouuent, 
il  s'enfuit  prcfque  tpufiours  vne  an- 
née fertile. 

Pour  baftirvnfuperbc^  magni- 
fique logis  Ton  a  befoingde  beau- 
coup d'architc£tes  ^  &:  néant  moins 
deuant  qu'il  fpîtacheué  &  embelly 
comme  il  faut,  car  le  bois  ne  peut 
pasfuppleer  audeffautde  pierre. 

Les  pays  contîgus  &  proches  voi- 
sins de  la  Mer  font  enrichis  par  le 


Livre     IÎ.  6i 

flus5c  réflus  d'iccUc^caufé  par  la  fîm- 
pathie  Se  influence  des  corps  ccle- 
ttcs ,  car  à  chaque  rcflus  elle  ne  leur 
ameine  pas  peu  de  biens,  mais  gran- 
de quantité  de  pretieufes  richefles. 

L'on  habille  vne  fille  à  marier  de 
beaux  &  riches  veftemens,  afin  que 
fon  efpoux  la  trouue  belle ,  &  U 
voyant  ainfi  parée ,  en  deuienne  a- 
mourcux ,  mais  quand  ils  doiuenc 
coucher  enfemblc.l'onluy  ofte  tou- 
tes Tes  fortes  d'habits,&  ne  en  lailTe- 
on  pas  vn  que  celuy  qu'elle  a  appor- 
té de  fa  naiffancé,  &  du  ventre  de  fci 
merc. 

Tout  dé  mefmc  aufli  quand  on 
doit  marier  noftre  eipoux  Appollon 
à  fa  Diane;  l'on  leur  doit  faire  diuer- 
Tes  forces  de  veftcmens ,  leur  laucr 
diligemmét  la tefte ,  ôc  m.efme  tout 
le  corps  ,auecde  Teau  qvz'il  faudra 
|)reparc]r  au^  beaucoup  de  didil- 


(*%  LES   DfOV^tE  CLÉ  F  S, 

lacions ,  car  il  y  a  de  plufieurs  fortes 
d'eauës,  pource  que  les  vues  s5t  plus 
excellentes, Scies  autres  moins, ôcfe- 
lon  que  le  requiert  leurs  diuerfes  v- 
fages  prefque  tout  de  mefme,  com- 
me i'ay  dit  que  Ton  fe  fert  de  diuer- 
fes fortes  de  breuuagcs  es  Cours  àzs 
Princes  &  Seigneurs. 

Et  fçachc  que  fi  quelques  va- 
peurs &  nuages  s'efleuenc  de  la  ter-- 
rc>&  s'amatTent  en  l'Air, qu'elles  re- 
tombent à  cau(e  de  la  pefanteur  na- 
turelle de  1  eau,&  que  la  terre  reçoî-^ 
ue  derechef  fon  humidité  perdue^ 
de  laquelle  elle  fe  dclcdle  &  nour- 
rit ^&  par  laquelle  elle  eft  rendue 
plus  propre  à  produire  fon  fruidt  : 
c'eft  pourquoy  Ton  doit  réitérer  {zs 
préparations  d'eaues  par  beaucoup 
de  diftillatîons  \  de  façon  que  la  ter- 
re foît  fouuent  imbue  de  fon  hu- 
meur. Se  telle  humeur  autant  de  fois 


t  I  V  R  E    IL  6^ 

drec^comme  TEuripe  laîfTc  fouuent 
la  terre  à  fec,&puis  y  retourne  touf- 
îours  iufques  à  ce  qu  il  aye  achcué 
fon  cours  ordinaire. 

Quand  donc  le  palais  Royal  fera 
bafty  auec  bien  de  1  a  peine  ,  &  paré 
auec  grand  foing ,  &  que  la  mer  de 
verre  l'aura  par  fon  flux  &c  reflux  en- 
ricliy  de  beaucoup  de  richeflcs,  lë 
Roy  y  pourra  feurement  entrer  5£ 
loger. 

Mciis,  monamy^,  prends  garde 
que  ne  fe  face  la  coniondîon  du 
marié  auec  fon  efpoufc;»  qu'après 
auoirofté  tous  leurs  habits  &  orne- 
ments, tant  du  vifage  que  de  tout  lë 
refte  du  corps^afin  qu'ils  entrer  dans 
le  tombeau aufli  nudscomme  quand 
ils  font  venus  au  môde^  de  peur  que 
leur  demeure  ne  fe  rende  pire.ôc  ne 
fé  garte  par  le  meflange  de  quelque 
chofe  étrangère. 


64        Lés     DaVZE     CFEBSi 

le  te  veux  encore  apprendre  ce- 
cy  y  comme  par  deflfus ,  que  la  pre- 
cieufe  eau  de  laquelle  il  faut  lauer  le 
Roy>fe  doit  faire  kuec  grand  foîng 
&  induftrie ,  par  laluitce  &  combat 
de  deux  champions  (  l'entends  de 
deux  diuérfes  matières)  car  l'vn 
deux  doit  donner  lé  defE  à  Tautrc, 
pour  fcrendre  plus  prompts  &  en- 
couragez à  remporter  la  victoire, 
car  il  ne  faut  pas  que  1  Aigle  feul  fa- 
ce Ton  nid  au  fotnmet  des  Alpes  i 
pourcé  que  fes  petits  mouroient  à 
caufe  dés  Neiges  qui  couurent  le 
haut  d'icelles  :  Mais  li  tu  îoînds  vn' 
horrible  drago  qui  efi:  toufiours  dâs 
lés  cauernes  de  laTerre,&  a  efte  ho- 
fte  perpétuel  des  Montagnes  froi- 
des ^  &couuertes  de  neige ,  Plutort 
fouffiera  de  telle  forte ,  qu*cn  fin  il 
chaflfera  du  froid  dragon  vn  efpric 
Volant  &c  ignée  ^  qui  par  la-  violence 

de  fa 


I 


Livre     IL  6} 

de  fa  chaleur  bruflera  Ics-aiiles  de 
TAiglc  y  &c  ietcera  vne  chaleur  par 
fi  long  temps,  que  la  neige  qui  cft 
au  haut  des  montagnes  (oit  fondue 
&reduiâ:e  en  eau  ,  atindcbienôc: 
deuëment  préparer  vn  bain  mine- 
rai propre  &c  grandement  fain  au 
Roy. 


TROISIESME    CLEF    DE 

Tœuure  des  Philofophes. 

Chap.     II  L 

LE  feu  peut  cftre  cftouffe  Se 
eftrainâ:  par  l'eau,  &  beaucoup 
d'çau  verfce  fur  vn  peu  de  feufe  réd 
maiftreffe  dlcekiy^ainfinollre  Soûl- 
fre ignée  doit  eftre  fai£l,  modéré, 
vaincu  &  obtenu  par  Te  au  deuëmét, 
par  après  fa  force  ignée  furmonter 

D 


66        Les      DOVZE     CLEf5, 

&  dominer  les  cauësferetirantrMaîâ 
kon  ne  fçauroit  icy  remporter  la  vi- 
doîre^fi  le  Roy  n'a  empreint  fa  ver- 
tu &:  fa  force  à  fon  eau,  &  ne  luy  ayc 
baille  vne  clef  de  fa  liuree  &c  couleur 
Roy  aile, pour  par  elle  eftre  diifoultA 
&  rëdu  inuifible ,  il  doit  neantmoins 
derechef  paroiftre&  venir  à  veuërEc 
bien  que  cela  ne  fe  puiflTe  faire  qu  a- 
uec  dômage  &:  leziondefoncorps^ 
cela  fe  feratoutesfois  aucc  augmen- 
tation de  fa  nature  tSc  vertu. 

Vn  peintre  peut  mettre  vnc  au- 
tre couleur  fur  vn  blanc  iaulnaftre, 
vn  iaulne  rougeaftre  &  vn  vray  roua- 
ge &  bien  que  toutes  fes  autres  cou- 
leurs demeurent  enfemble  ^  la  der- 
nière neantmoin^  eft  ] a  plus  en  veuë, 
&  tient  le  premier  rang  par  deffus 
les  aiitres  :  Il  faut  faire  de  mefme  en 
noftre  magiftere ,  quand  tu  Tauras 
faid/çaches  qu'il  s'eft  Icué  la  luçaic- 


Livre     II  Sf 

ît  de  toute  fagcfle ,  qui  rcfplcndîc 
mcfme  dans  les  ténèbres ,  &c  toutes- 
fois  ne  brufle  pas  &  n  eft  pas  bruflée, 
car  noftre  foulfre  ne  brufle  pas  Se 
n'eft  pas  brufle,  encores  qu'il  efpan- 
de  &  darde  fa  lumière  bien  au  long^ 
&  ne  teint  point  s'iln'eftauparauanc 
préparé, &  teint  de  fa  propre  teintu- 
re, pour  par  après  pouuoir  teindrd 
les  métaux  malades  S<:imparfai(5ls  i 
Et  ce  foulfre  ne  peut  teindre  fi  Ion 
ne  luy  baille  &  empreint  viuemenc 
cette  couleur,  car  jamais  le  plus  foi- 
ble  ne  remporte  la  victoire ,  pourcc 
que  le  plus  fort  luy  ofte ,  &  le  plus 
foible  eft  contraind  de  la  quitter  au 
plus  fort. 

Parquoy ,  tire  de  ce  que  îc  t'ay 
dict ,  cette  confequenceque  le  foi- 
ble iamais  ne  peut  rien  forcer  nyay- 
i  der  le  foible ,  &  qii'vne  matière  cô- 
[  buftible  ne  peutprcfcruer  d  embrg- 


«?  Les  dovze  clefs, 
fement  vne  autre  comme  elle  corn- 
buftible  :  Si  Ton  a  donc  befoin  de 
prutefteur  pour  deffcndre  la  matiè- 
re combuftible  ^  tel  protefteur  doîc 
nccefiairemenc  auoir  plus  de  force 
&  de  vertu  que  fa  partie  qu'il  a  à 
defFédre,  &  eftant  hors  de  tout  dan- 
ger d'incombultion  doit  par  fa  ver- 
tu naturelle  viueméc  refifter  au  feu  : 
Quiconque  voudra  préparer  noftrc 
foulfre  incombulVible  qu  ille  cher- 
che dans  vne  matière  oùileft  în- 
combuillbîement  incombuftible  : 
Ce  qui  ne  fe  peut  faire  deuant  que 
la  mer  falee  aye  englouty  vn  corps. 
Se  îceluy  reietté ,  qui  foit  fublimé 
îufques  à  tel  degré  qu'il  furmontc 
de  beaucoup  en  fplendeur  les  autres 
Aftres ,  &  Ion  fang  foit  tellement 
augmété  &perfedionné,  qu'il  puif- 
fe>  comme  le  Pélican  bequetant  fa 
poidrine  fans  faire  aucun  tort  à  fa 


Livre    II.  69 

fante  ^  6c  fans  aucune  incommodi- 
té des  autres  parties  de  fon  corps* 
nourrir  de  (on  fang  propre  tous  fes 
petits  :  Cell  cette  Rofée  des  Philo- 
fophes^de  couleur  pourprine,  &c  ce 
fang  rouge  du  dragon ,  duquel  ont 
parle  &  efcrit  tous  les  Philofophes  2 
C'eft  cette  efcarlate  de  l'Empereur 
de  noftre  Art.de  laquelle  eft  couucr- 
te  la  Royne  de  falut  >  Se  ce  pourpre 
duquel  tous  les  métaux  froids  &  im- 
parfaids  font  cfchauffez  &  rendus 
du  tout  accomplis. 

C'cft  ce  fuperbe  manteau ,  aucc  le 
fel  des  Aftrcs  >  qui  fuit  ce  foulfrc  ce-- 
letle ,  garde  foigncufement  de  peur 
qu'il  ne  fe  gafte  y  &c  les  faid  voiler 
comme  vnoyfeau,  tant  qu'il  ferabc- 
foin3&  le  Cocq  mangera  le  Renardj 
&c  fe  noyera  Oc  eftouffera  dans  Teau, 
puis  reprenant  vie  par  le  feu  fera 

D  iij 


70       Les    dovze   clefs, 
(afin  de  îoiier  chacun  leur  tour  )  d^* 
ixoré  par  le  Renard. 

fiy  ATRlESMECLEfî 

de  l'ceuure  des  Philofophes. 

Chapitre     IIIL 

TOute  chaîr  née  de  la  terre  fers 
difloulte,  &C  retournera  en  tcr- 
rc,afin  que  ce  fçul  terrellre  ayde  par 
Tinflucnce  des  Cieux,  face  leuer  vn 
nouueau  germe  y  car  s  il  ne  fe  faiét 
aucune  terre  ,  il  ne  fe  pourra  aufïi 
faire  aucune  refurreétion  en  noftrc 
peuurc.pource  que  le  baulme  de  na- 
ture eft  cache  en  la  terre  ,  comme 
auiTi  le  Sel  de  ceux  qui  y  ont  cher- 
ché la  connoiflTance  de  toutes  chofeso 
Au  iour  du  iugement  le  monde 
fera  iugé  par  le  feu ,  ôccequiaefté 


ci.i;f.  iv 


J.SohilU.  fe. 


Livre     II.  71 

faîd  de  rien ,  fera  par  le  fcuicduiâ: 
en  cendre, de  cette  cendre  renaiftra 
vn  Phœnix,  car  en  icelle  efl  cacheie 
vray  tartre ,  duquel  eftanr  diflbuk 
Ton  peut  ouurir  les  plusfortes  ferru- 
res du  palais  Royal.  !  '^b  ^ 

Apres  rembrafement  gênerai,  il 
fc  fera  vne  nouuellc  terre  ,  ôc  de 
nouueaux  Cieux  ,  &  vn  homme 
nouueau  ,  bien  plus  fplendide  6c 
glorieux  qu'il  n'eftoit  lors  qu'il  vî- 
uoît  au  premier  mondc.pourcc  qu  il 
fera  clarifié. 

De  cendres  &  de  fable  dccuît  au 
feUjfe  fait  par  vn  verrier,  du  verre  à 
l'cfpreuue  du  feu,&  de  couleur  fem- 
blable  à  de  claires  pierreries ,  &  l'on 
ne  Teftime  plus  pour  cendres^l'igno- 
rant  attribue  cela  à  grade  perfcdio, 
mais  non  pas  Thomme  dode ,  d'au- 
tant que  cela  luy  eft  par  la  longue 
expérience  &c  connoiiTancc  quil  en 

P  iiij 


f2,  LEs'èoVZE     CLEF5, 

ri  rendu  trop  familier  &  couftumîer. 
L'onclia4açreles  pierres  en  chaulx 
propre  à  beaucoup  de  choies  ,  Se 
deuant  que  la  chaux  foit  faîce  par  le 
moyen  du  feu  3  ce  n'cft  autre  chofc 
que  pierre, de  laquelle  on  ne  fe  peut 
feruir  auiitfade  chaux  3  mais  elle  fe 
cuit  par  le  feu^  &receuant  de  luy  vn 
liaut  degré  de  chaleur ,  acquiert  vne 
telle  vertupropre  que  refprît  ignée 
de  la  chaux  eft  venu  à  fa  perfe  Aion, 
quil  n'y  arien  qui  luy  puiffe  eftre 


accomparé 


Toute  chofe  reduide  en  cendres 
monftre  vS^  met  en  veuë  fon  Sel  :  Si 
tu  fçais  enta  dilTolution  garder  fepa- 
rément  fonSoulrre  &fcn Mercure, 
&  d*icciix  redonner  auec  induftrie 
ce  qull  faut  donner  au  Sel, il  fe  pour- 
ra faire  le  mefme  corps  que  deuanc 
fa  diffoluticntCe  que  les  fages  de  ce 
monde  appellent  folie  ^  &  reputent^ 


L  I  V  R  E      1 1.  7J 

àmenfoBge  ,  &c  crient  qu'il  eft  îm- 
poflible  à  l'homme  pécheur  de  faire 
vne  nouuelle  créature ,  ne  prenant 
pas  garde  que  c'a  elle  auparauant 
vne  créature ,  &  que  Tartiftc  faifant 
demonftratîon  de  fa  fcicnce ,  a  feu- 
lement multiplie  la  femencc  de  la 
nature. 

Celuy  qui  n*a  point  de  cendres 
ne  peut  faire  de  Sel  propre  à  noftre 
œuure  ,  car  elle  ne  fçauroit  fe  faire 
fans  Sel ,  pource  qu'il  n  y  a  rien  que 
luy  qui  baille  de  la  force  à  toutes 
chofes. 

Tout  ainfi  que  le  Sel  conferue 
toutes  chofes,  ôc  les  contregarde  de 
pourriture^de  mcfme  le  Sel  desPhi- 
lofophes  deffçnd  &  preferue  tous  les 
métaux  quils  ne  puiiTent  eftre  du 
tout  delT:ruiâ:s  oureduids  rellemét 
à  néant ,  qu'ils  ne  fe  puîffent  dere- 
chef faire  quelque  chofe^fans  quefc 


74  Les  bovze  cle?s, 
meure  auffi  lebaulmc  &refpritcîu 
Sel  qu'ils  ont^car  en  ce  cas  il  demeu- 
reroic  feulement  vn  corps  mort  qui 
ne  pourroitplus  feruir  à  rien ,  pour- 
ce  que  les  elprits  mctaliques le  quit- 
teroient,lefquels  eftans  oftez  &  per- 
dus par  la  mort  naturelle ,  lairroient 
leur dom/icilevuldeôc mort,  &: au- 
quel Ion  ne  pourroit  plus  remettre 


de  vie. 


Mais^mon  amy/çaches  que  le  Sel 
prouenant  des  cendres  a  pour  le  plus 
louuent  vne  vertu  occulte ,il  ne  peut 
neantmoins  (eruir  de  rien  Çi  fon  de- 
dans n'ell  tourné  au  dehors^^car  il  n  y 
aquel'efprit  qui  donne  la  vie  &  la 
force  î  Le  corps  ne  peut  riçnfeul  :  Si 
tu  peux  trouuer  cet  efprit ,  tu  auras 
le  Sel  des  Philofophes  ,  Se  Thuil- 
le  vrayement  incombuftible  tant 
renommée  dans  les  liures  des  an-- 
cicns  f^ges. 


CLÏ^F.  V. 


Livre     II.  7/ 

Si  deuifansamoy  le  nombre  tudoU" 
Mois, 
Si  quauec  eux  m  emporter  tu  njoulujfe^ 
Peu  toutes jois  de  Sages  trouuerois 
êlui  ma  'vertH  &  ma  force  connujfe. 


CINQVIESME   CLEF    DE 

1  œuure  des  Philofophcs. 

Chapitre     V- 

LA  vîc  qui  cft  cachée  dans  la  ter- 
re produit  chofes  qui  prennent 
naiflance  d'icellc ,  quiconque  donc 
diA  que  la  terre  n'eft  point  animée, 
çft  menteur,  car  ce  qui  eftmortnc 
peut  rien  doner  à  vn  viuant ,  &  n'eft 
fufceptible  d'aucune  chofe ,  pourcc 
que  l'efprit  de  vie  s'en  eft  enuollé  Se 
diflipé  :  C'eft  pourquoy  Teiprît  cft 
la  vie  &c  Tamc  de  la  terre ,  où  il  de- 


I 

7(î      Les    dovze    clefs, 
ineure  &  acquiert  fes  vertus  em- 
praintes  à  la  nature  tcrreftrepar  Te- 
the  celefte  &  proprîetez  des  Aftres: 
Car  toutes  les  herbes,  arbres,  raci- 
nes ,  métaux  &:  minéraux  reçoiuenc 
leur  force  6c  nourriture  de  Tefprit 
de  la  terre  ,  pource  que  ceftlavie 
que  cet  efprit  qui  ell  nourry  des 
Aftres  ,&  fubftante  toutes  chofes  qui     I 
croiilent  fur  la  terre  :  Et  comme  la 
mère  nourrit  elle  mefme  Tcnfant 
qu'elle  porte  dans  fon  ventre  ,  de 
mefme  la  terre  produid  &  nourrit 
de  1  çfprit  dîlTolu  du  Ciel  les  mi- 
néraux qu'elle  porte  dans  fes  en-^  | 
trailles. 

C  e  n'eft  donc  pas  la  terre  quibaiî- 
le  les  formes  à  chaque  nature ,  mais 
Pefprit  de  vie  qu'elle  contient:  Et  fi 
elle  eftoic  vne  fois  deftituée  de  fon 
efprit, elle  feroit  m.orte^  &c  ne  pour- 
ront donner  aucun  aliment ,  pourcq 


Livre   IL  7/ 

qu  elle  manqueroic  de  Tefprit  de 
fon  Soulfre  qui  conferue  la  v  crtu  vi- 
tale j  &  qui  de  fa  vertu  fai6t  germer 
toutes  chofes. 

Deux  chofes  contraires  demeu- 
rent bien  enfemble,  ils  ne  fe  peuuéc 
neantmoins  bien  accorder ,  car  vous 
voyez  que  mettant  le  feu  dans  la 
poudre  à  canon^ce s  deux  efprits  def- 
quels  elle  eft  compofée  fe  feparent 
r vn  de  l'autre  auec  vn  grand  bruidt 
tSc  violence,  &  s'enuolant  en  l'air  ne 
peuuét  plus  cftre  veus  de  perfonne, 
&nefçait-on  ouils  font  allez,  &  ce 
qu'ils  font  deuenus^fi  l'on  n'a  appris 
quels  ils  font,  tSc  en  quelle  matière 
ils  eftoient  cachez. 

Par  là  tu  connoiftras  que  la  vie 
n  eft  qu  vn  pur  efprît  ,  c'eft  pour- 
quoy  tout  ce  que  l'ignorant  eftimc 
eftremort^,  doitvîured'vnevicin- 
comprehéfible  y  vifible  neantmoins 


7?  Lbs  dovze  clefs> 
Se  fpîrituelle,  &  eftrc  eniccllc  con- 
ferue  :  Si  tu  veux  que  la  vie  coopère 
auec  la  vie  ^  ces  efprits  font  alimen- 
tez &  nourris  de  rofee  du  Ciel ,  & 
prennent  leur  extradiond'vn  eftrc 
celefte  élémentaire  &c  terreftre,  que 
l'on  nomme  matière  fans  forme. 

Et  tout  ainfi  comme  le  fer  attire  à 
foy  faymât  par  la  fympathie  &  qua- 
lité occulte  qui  cft  entre  eux  deux, 
de  mefme  il  y  a  dans  noftrc  or  de 
Taymanc  qui  eft  la  première  matiè- 
re de  noftre  pierre  precieufc  :  Si  tu 
entends  cecy ,  te  voyla  alTez  richc^ 
&  heureux  pour  toute  ta  vie. 

le  te  veux  apporter  encorcsvne 
exemple  dans  ce  chapitre,regardans 
dans  vn  miroir  l'on  voit  la  refleition 
des  efpeccsja  mefme  relfemblance 
de  celuy  qui  regarde ,  &  fi  celuy  là 
veut  toucher  de  la  main  fon  image, 
il  ne  couche  que  le  miroir  qu'il  a  re- 


Livre     II.  ^^ 

garde,,  tout  de  mefmc  aufîi  l'on  doîc 
tirer  de  cette  matière  vn  efprit  vi- 
fiblc  quifoit  neantmoins  încomprc- 
hcnfiblc  :  Cet  efprit  cft  la  racine  de 
I  vie  de  nos  corps ,  &  le  Mercure  des 
Philofophcs  ,  duquel  l'on  prépare 
induftricufement  la  liqueur  de  no- 
ftre  artjque  tu  rendras  derechef  ma- 
térielle,.  &  feras  paruenir  par  cer- 
tains moyens  dVn  degré  tres-bas ,  à 
vnc  fouuerainc  perfection  d'vne 
plus  parfaire  médecine  :  Car  no- 
ftrc  commencement  cft  vn  corps 
bien  lie  ôcfolide  ,  le  milieu  eft  vn 
fuyant  efprit  &  vnc  eau  d'or  fans  au- 
cune corrofion^  par  le  moyen  de  la- 
Quelle  les  fages  iouiffentde  leurs  de- 
iirs  en  cette  vie  :  Et  la  fin  cft  vnc 
médecine  bien  fixe  ,  tant  pour  le 
corps  humain  que  pour  les  corps 
mctalîqucs ,  la  connoiflance  de  la- 
quelle a  efté  pluftoft  donnée  aux 


8o  Les  dovze  clefs^ 
Anges  qu'aux  homines ,  bien  que 
quelques  vns  l'ayenteuë,  qui  l'onc 
demandée  inftamnicnt  èc  auec  priè- 
res continuelles  à  Dieu,  &  n'vfenc 
cnuers  luy  &c  les  pauures  d'ingra- 
titude. 

Et  de  furcroift  îe  te  dits  cecy  auec 
vérité,  qu'vn  trauail  doit  fucceder  à 
vn  trauail ,  &:  vnc  opervUion  fuîurc 
Tautrc  ,  car  au  commencement  Ton 
doit  bien  purger  &c  nettoyer  noftrc 
matière  3  puis  la  difToudre,  mettre 
en  pièces  y  &  réduire  en  pouldrc ,  & 
en  cendreS;,  par  après  s'en  doit  faire 
vn  cfprit  volatil  aulTi  blanc  que  nei- 
ge,  &  vn  autre  auflî  volatil  &c  aulïi 
rouge  que  fang ,  ces  deux  là  en  con- 
tiennent vn  tiers  >  &c  ce  neft  tou- 
tesfois  qu  vn  feul  efprit ,  ôc  ce  fonc 
eux  trois  qui  conferuent  &  prolon- 
gent la  vie  :  Conjoindts  les  enfem- 
blc ,  ôc  leur  baille  vn  boire  ôc  man- 

crer 


Livre     IL .         gt 

ger  propre  à  leur  nature,  &  les  tiens 
en  vn  lit  de  rofee^  &  qu'il  foie  chaud 
iufques  au  terme  de  la  génération; 
Et  tu  verras  quelle  fciencet*a  don- 
ne Dieu  &  la  nature  :  Et  fçachcs  que 
iamais  ie  ne  me  fuis  t^nt  ouuert  ôc 
alleiiloing^que  de  defcouurîr  tels 
fecrets,&:  Dieu  a  plus  donne  de  for- 
ce &  de  miracles  à  la  nature  que  pas 
vn  des  hommes  à  peine  paiflTe  croi- 
re :Mais  il  m'a  efté  donne  certaines 
bornes  &  limites  pour  efcrire,  afin 
que  ceuxqui  viendroient^pres  moy 
peuflent  publier  les  effeds  admira- 
bles de  la  nature ,  Icfquels  bien  que 
Dieu  permette  d  en  traiâ:er  ^  foricf 
neantmoins/par  les  ignorans  &  în- 
fenfez ,  eftimez  illicites  &  fupe^ia- 
turels  :Mais  le  naturel  prend  fon  ori- 
gine du  fupernaturel ,  &toutesfoîs 
fi  tiiconioinâs  toutes  ceschofesta 


Si         Le».  DOVZE     CtEFS, 

ne  trouucras  rien  que  purement  na- 
turcL 


SIXIESME     CLEF     DE 
lœuurc  des  Phîlofophes» 

Chap.     VL 

LE  maflc  fans  femelle  n'cftqu'vii 
dcmy  corps  ,  comme  auffi  h 
femelle  fans  mafle  ,  car  eftanc  Tvii 
fans  l'autre ,  ils  ne  peuuent  pas  en- 
gendrer &c  multiplier  leurs  efpeccs, 
mais  quand  ils  font  mariez  &  mîg 
cnfcmblc ,  ils  font  vn  corps  parfaidt 
«5c  accomply ,  &c  propre  à  la  gênera- 
lioq^ 

Vn  champ  par  trop  cnfemcnfc  cft 
rédu  furchargc  &  intruftacux,  &  fes 
fruiéts  ne  peuuét  parucnir  à  maturi- 
té^ ne  l'eilât  pas  auiïi  aÛex^il  ne  yienif 


CLEF  VI 


Livre     IL  $^ 

qucbic  peu  de  graîn,&  cncorcs  méf- 
ie auec  beaucoup  d'yurayc  inutile. 

Le  marchand  qui  veut  acheptcr 
&c  débiter  fa  marchandife  aucc  con- 
icîcnce ,  la  baille  à  fon  prochain  fc  - 
Ion  le  eaux  de  iufticc ,  de  peur  d'en- 
courir la  malediâiion  ,  mais  pour 
fcmbler  faire  plaifir  aux  pàuures. 

Beaucoup  de  monde  fc  noyé  dans 
les  grandes  &  profondes  rîuiercs, 
mais  àufli  les  ruiueaux  fontaifcmcnt 
taris  ôcdelTeichez  par  la  chaleur  du 
Soleil  &  nousenfommes  aifemcnc 
priucz. 

Voyla  pourquoy  afin  d*auoîr 
bonne  îlfuc  de  ton  entrcprife  ^  t* 
prendras  garde  diligemment  à  choî- 
{îr  aucc  prudence ,  vn  certain  poids 
&mefurc  en  la  conion^tiondcsli- 
qucurs  Phifiques  ,  afin  que Icplus 
grand  ne  poife  pas  plus  que  le  moin- 
«rc^  &qucftantra(a:ion  dumoîun 


^f         L  E  s      D  O  V  Z  E     CLEFS, 

dre  débilitée  ou  em pe fchée ,  la  ge  - 
neratio/x  ije  fok  auffi  recardée  :,  car 
les  trôfv grandes  pluyes  ne  font  pas 
bonngjaux  truids  de  la  terre  ,  ôc  la 
trop  grande  feçherclTe  lesaduance 
par  troptolt ,  &:lesfai6t  mourir  de- 
uanc  le^temps;Puis le  bain  ctlant  en- 
tîereiiien^j  preparé,,\par  Neptune  i     I 
mefiu'e  auec^gra(Çide  înduftrie  &  di- 
ligencc:  ton  eau  permanente  y  &c 
prends  bien  garde  à  ne  faillir  ,  en 
donn^rifit  ou  trop  ou  trop  peu. 
...Lon- doit  bailler  à  manger  vn 
Cîgne    blanc  à   Ihomme   double 
igneciafin  qu*ils  fe  tuent  T  vn  l'autre, 
&refùfcitécl\n  quant  &:rautre,quc 
iVir  qui  vient  des.quatre  parties  du 
monde  occupe  les  trois  parts  du  lo- 
gis ferme  de  cet  homme  ignc  ,  afin 
que  l'on  puiffe  entendre  la  chair  du 
Cigne ,  dilantfon  dernier  adieu  y  Se    1 
IcCignc  rofty  fera  pour  la  table  du 


Livre  IL  "-^  S5 
Roy  :  Et  la  V0ix  melodîcûfc  de  la 
Pvoync  plaira  grandemét  aux  oreil- 
les du  Roy  igné  ,  il  rcmbràiTcfa 
amiablemcnc  pour  la  grande  affe- 
âîon  qu'il  lùy  porte  :,  &  fera  rcpeu 
d'icelle  iufqucs  a  ce  qu  ils  difparoif- 
fent  tous  deux ,  &  d'eux  deux  ne  foit 
fai(9:  qu'vn corps.  "'-  -'-" 

Vn  feul  eft  aifement  vaincu  &  fur- 
monte  par  deux  autres^  notamment 
s'ils  peuuent  exercer  leur  malice'; 
propofe  toy  donc  cela  comme  vnc 
chofc  du  tout  arreftée  ^  quileftbc-- 
foin  du  fouffle  dWn  double  vent 
que  l'on  appelle  Vultume  ou  Sud 
fudejl  y  puis  dVn  vent  fimple  qui  fe 
nomme  Eurus  ou  ^vent  de  Ltuant  & 
du  Adidy, aptes  qu'ils  fe  feront  rapai- 
fcz ,  &  l'air  conuerty  en  eau  tu  croi- 
ras àbo  droiâ:  qu'il  fe  feravne  cho- 
fe  corporelle  d'vne  incorporelle,  & 
que  le  nombre  prendra  la  domina- 

E  iij 


ta  Les  dovzk  ciep.s 
t?ion  furies  quatre  faifons  de  l'anne'c 
âuquatriefrneCiel  >  après  que  les 
fept  Plinçtces  auront  Vvnc  après 
l'autre  faiâ:  le  temps  de  Içur  domi- 
nation qu'il  açheuera  fon  cours  dans 
le  bas  du  Palais ,  &  fera  rîgoureufc- 
ment  examiné  ,  &  aînfi  les  deux 
auront  furmonté  &  mis  à  mort  le 
feul. 

Il  eft  icy  requis  vnc  grande  pru- 
dence &  doûrinc^fi  tu  defire  acqué- 
rir par  ton  art  de  grandes  richcUes, 
afin  que  fc  face  deuëment  la  dmi- 
fion  &  conîon£tion  ;  Ne  mets  pas 
vn  poids  faux  ,  S^îc  premier  qui  fc 
rencontreront  par  hazjird  deuant 
toy  :  Maïs  c'cll  icy  le  vray  pilier  & 
fondement  de  tout  le  magillere, 
que  tu  mettes  à  fm  &  perfection  ce 
chapître^parlcCiel  de  Tart^par  l'air, 
&:la  rcrre^vrayc  eau  &fcu  femblable 
jSf  par  cpniondtîon  Sca^imllïion  de 


^'    ipli 


If^ 


^u 


""..M^^ 


3 


'Xiju 


CLE.F.  VU. 


Ulh.-f^. 


poî(ls,mirc  comme  ic  t'ay  fiucc  tou* 
tcvcritccnfcigné. 


SEPTIESME     CLEF     DE 
roeuurc  des  Philofophes, 

Chap.    vil 

LA  chaleur  naturelle  confcrue  la 
vie  de  l'homme  ,  eftanc  iccllc 
diffipce  &  perdue ,  ileft  de  neceflitc 
qu  il  meure. 

L'vfagc  modère  du  feu  nous  def- 
fend  des  inlures  du  froid ,  mais  fi  tu 
en  veux  vfer  outre  raifon  &  plus 
qu'il  ne  faut ,  il  nuit  &  apporte  de  la 
corruption. 

II  n'eft  pas  bcfoin  que  le  Soleil 
touche  la  terre  de  près  de  fon  corps 
aç  fubftance  ,  mais  il  fuflSt  qui  luy 
communique  fa  vertu  &  luy  don- 

E  ai) 


il  Les  £)X)vzs  clefs, 
XK  dos  tVfes  ;  par  le  moyen  de  Tes 
rayons  dardez  en  terre  ^  car  par  leur 
refleûion,  il  a  aflczde  force  pour 
s'acqiiicterdefachargej&parlacon- 
tinuelle  conccûion  faitnieurir  tou-^ 
tes  chofes^pôurce  que  Tes  rayons  îet- 
tcnz  flammes  j  fe  difperfant  par  Taîr 
font:  par  îceluy  tempérez,  de  forte 
que  le  feu ,  moyennant  laîr  ^  &  l'air 
moyennant  le  feu  ,  s'entr'ayment 
l'vn  l'autre  produifant  leurs  effeds. 
La  terre  ne  peur  rien  produire 
fansfeau,  nyfcau  fans  la  terre  ne 
peut  rien  faire  germer:Or  tout  aînfi 
que  l'eau  &  la  terre  ne  s'cntr'aydant 
point  ne  peuuent  rien  engendrer  fe- 
parément  ,  demefme  le  feu  ne  fe 
peut  pnfTer  de  Tair ,  ny  l'air  du  feu, 
car  oftant  l'air  au  feu ,  vous  luy  oftez 
fa  viej  le  feu  auffi  eilant  efteint,  Pair 
ne  peut  faire  aucune  de  fes  funâ:îôs, 
r.y  par  fa  chaleur  viuifîerny  cpnfu- 


'  'Livre     IL  89 

mer  la  fuperfluc  humidité  de  Teau. 

Les  vignes  ont  befoin  d'vne  plus 
grande  chaleur  en  Auton^ne ,  pour 
aduancer  &  faire  parfaiébement 
meurirîes  rai  fins)  a  prefquenieurs, 
qu'au  commencement  du  Prin- 
temps ,  &  tant  plus  qu'il  a  fait  chaud 
en  Automne  ,  elles  rendent  par  ce 
moyen  de  m.eilleur  vin,&  plus  deli- 
èat,&  tant  moins  il  y  a  eu  de  chaleur 
auffi  rapportent  elles  vn  vin  qui  a 
moms  de  force  ^  &:  qui  fcnt  plus 
l'eau. 

En  Hyuer  le  commun  peu- 
ple voyant  la  terre  toute  gclee 
&  ne  pouuant  rien  produire  de 
verd,  ellîme  que  toureft  mort,  mais 
•venant  la  primcraîne  6c  le  froid  fe 
retirant, vaincu  par  la  chaleur  du  So- 
leil qui  monte  fur  noftre  horifon, 
toutes  chofes  femblét  reuiure^les  ar- 
très  &  herbes  commencent  à  pouf- 


90        LE5    DOVZE    CtEïS, 

fer  y  les  animaux  qui  fuyans  la  dure 
rigueur  de  THyucr ,  s'cftans  cachez 
dans  les  caucrncs  de  la  terre  forcent 
de  leurs  grottes ,  tout  fent  bon,  & 
Tagreablc  &  belle  diuerfitc  de  cou* 
leurs  &  de  fleurs  fai6l  prcuue  des 
vertus  &  forces  de  tout  ce  qui  com- 
mence à  reucrdir ,  venant  par  après 
TEfté ,  de  cette  varitc  de  fleurs  naîf- 
fent  toutes  fortes  de  fruids.puis  fuit 
l'Automne  abondant ,  qui  le  perfc* 
çtîonnc  &  meurit  :  C*eft  pourquoy 
nous  remercions  eterncllemenc 
Dieu ,  qui  a  confl:îtué  vnfi  bel  or- 
dre 3  &  vne  telle  fuicçe  es  chofes  na^- 
turelles. 

Ainfi  fe  fuiuent  &  coulent  toutes 
îcsfaîfons,  après  vne  année  vient 
Vautre, &  cela  fe  continuera  iufqucs 
à  ce  que  Dieu  face  pcrir  le  monde, 
&  que  ccu^  qui  poifedcnt  la  terre 
fpient gloricufcmenceflcucz  parle 


LlVRB      II.  91 

Dieu  de  gloire ,  &  mis  en  honneur; 
De  là  ccfl'era  toute  adtion de  créatu- 
re tcrreftrc  &  fublunairc ,  &  au  lieu 
d'îcelle  viendra  vne  créature  celeftc 
Se  infime. 

En  H)aier  le  Soleil  faifant  fa  cour- 
fe  bien  loing  de  nous ,-  ne  peut  pas 
traucrfcr  ny  fondre  les  grandes  nei- 
ges ,  mais  s'eftanr  au  Printemps  ap- 
proche ilefchaufte  l'air  ,&  fa  force 
cftant  augmentc'c  fond  la  neige ,  ôc 
la  refoult  en  eau ,  car  le  plus  foibic 
çft  contraind  de  quitter  au  plus 
fort. 

Il  faut  auffi  aduifcr  &  prudem- 
ment gouuerner  le  feu,  de  peur  que 
riiumcur  de  Rofcc  ne  loit  delïei- 
'  chee  pluftoft  qu'il  ne  faut  3  &  ne  fe 
"^face  vne  trop  haftiue  liquefadtîon, 
'  &  dîfTolution  de  la  terre  des  Sages  : 
"Si  tu  faids  autrement  tu  ne  peuple- 
ras ton  vîuicr  que  de  fcorpionsau 


^z  Les  dovze  clefs, 
lieu  de  bon  poifTon  :  Si  donc  tu  veux 
bien  mener  toutes  tes  opérations, 
prens  Teau  celeftc  fur  laquelle  eftoit 
porté  &  fc  mouuoit  au  commence - 
métrefprit  de  Dieu,&  ferme  la  por- 
te^u  Palais  Royal ,  car  par  après  tu 
verras  le  fiegc  mis  deuat  la  ville  ce- 
letle  par  les  ennemis  modaîns  \  C'eft 
pourquoy  il  faut  fortifier  &  entou- 
rer ton  ciel  de  triple  muraille  y  rem- 
part &  fofle,  &  ne  laiffe  qu*vnc  feu- 
le aduenuë  ouuertc  &:  libre  ^  bien 
munie  de  fortes  garnifons  :  Ayant 
mis  ordre  à  cela  ,  allume  la  lumière 
de  fagefTe  ^  &  cherche  la  dragmc 
perdue ,  &:  efclaîre  tant  qu  il  fera  de 
befoîn  :  Sçaches  que  les  animaux 
rampans  &  autres  imparfaits  habi- 
rcnt  la  terre  àcaufe  delafroidureufc 
difpofition  de  leur  nature  :  Maïs  a 
iliomme  cft  affisné  vn  domicile  au 
éeflus^a  caufe  de  l'excellent  tçmpç- 


L  l  V  RE       1 1.  ^j 

rament  de  fa naturcrEt  les  cfprîts  cc- 
leftes  n'cftans  compofczd'vn  corps 
terreftrc  ,  &  fubjcds  à  péchez  & 
<:orruptîon^comme  celuy  de  Thom- 
me^mais  d'vn  celcfte  &  incorruptU 
ble:>  ont  vn  tel  degré  de  perfedion, 
qu'ils  peuuent  fans  eftre  aucuneméc 
offencez ,  fupporter  le  chaud  &  le 
froid  y  tant  au  haut  qu'au  bas  :  Mais 
l'homme  clarifié  ne  fera  pas  moin- 
dre que  les  efprits  celeftes^ains  à  eux 
du  tout  femblable  :  Dieu  gouuernc 
le  Ciel  &  la  Terre^»  &  faiû  tout  dans 
toutes  chofes.      ;::^ijj.. 

Si  nous  gouuernoiisbîcn  nos  amis, 
tn  fin  nous  ferons  enfans  &  héritiers 
de  Dieu,  afin  de  mettre  en  executio 
ce  qui  nous  femble  maintenant  im- 
pofiible  ,  mais  cela  ne  fe  peut  faire 
deuant  que  toute  l'eau  foit  tarie  & 
deffeichéc&queleCiel  £claTerrc> 


P4-  Les  dovze  clefs,  1 
cnfcmblc  le  genre  humain  folcnt  iu-  1 
gez  &:  conlumcz  par  le  f  ciu 


HVICTiESME    CLEF   DE 
rœaurc  des  Philo fophcs. 


I 


Chap.     VUI 

L  ne  fe  peut  faire  aucune  gênera- 
.^  ji.  cion  ny  d'homme ,  ny  d'aucun  au- 

yj^^''"^  trc  animal  lans  la  putreraction:&  ne 
peut  germer  aucune  femence  iettcc 
ea  terre  y  ou  quelque  chofc  que  ce 
foir  de  vegetablc ,  fans  que  premiè- 
rement elle  fc  pourrifl'e  :  &:  mefmc 
que  beaucoup  d'animaux  impar- 
faîcls  prennent  leur  vie  &  origine 
de  la  feule  pourriture ,  ce  qu'à  bon 
droîd  Ton  doit  mettre  entre  les 
merueillcs  de  Nature ,  qui  fai6t  ce- 
€y ,  pourcc  qu  elle  a  cache  en  terre 


CLEF.  vin. 


3  Ç'^'U-  yi 


Livre     II.  ^/ 

vnc  grande  vcrcu  produdliuc  qui  fc 
Icuc  cxcitcc  par  les  autres  clcmens, 
&  par  Tinflucnce  delafcmenccce-* 
Icftc. 

Les  bonnes  femmes  des  champs 
en  fçauenc  bien  dôner  vn  exemple, 
car  elles  ne  peuuent  efleuer  vnc 
poulie  pour  leur  petit  mclîange, 
fans  putrefadion  de  l'œuf  duquel 
cft  efclos  le  petit  poulet. 

Du  pain  mis  dans  du  miel  naîflcni 
des  fourmis  par  la  pourriture  qu'ac- 
cueille le  miel ,  ce  qui  n  etl  pas  auflî 
petite  merueille  de  nature. 

Tout  le  monde  voit  tous  les  îours 
qu'il  s'engendre  des  vers  de  chair 
gaftce  &c  pourrie  dans  le  corps  des 
hommes  ^  des  chenaux  >  &c  d'autres 
beftes:  Comme  aufli  les  arraignes, 
des  vers  &  autres  vermines,  dans  les 
noix  pourries ,  poires  &  autres  fruits 
fcmblables  :  Bref  qui  eft  ce  qui  peut 


^6      Les    dovze    cLefs> 

nombrer  les  efpeces  infinies  des  ani- 
maux infedcs  &  imparfaits  :,  qui 
naiiTertc  de  pourriture  &:  corru- 
ption. 

Cela  fe  monftre  auffi  manifefte- 
ment  €s  plantes  ^  où  l*on  voit  qu'il 
croîft  beaucoup  de  fortes  d  herbes, 
comme  orties  &  autres  de.  la  feule 
pourriture  3  es  lieux  mefmies  ou  tel- 
les herbes  n'ont  iamais  elle  ny  fe- 
mees  3  ny  plantées  :  Laraifoncneft 
telle^pource  que  la  terre  de  tels  lieux 
avne  certaine  difpofition  a  produi- 
re ces  meichantesherbes,&eftgrof- 
fe  de  leurs  femécesinfufes  des  corps 
celeftes  dans  fes  entrailles ,  &  exci- 
tée par  leur  propre  pourriture  a  ger- 
mer &  reuerdir  Jefquelles  femenccs 
venant  à  ayder  le  concours  des  au- 
tres elemens^produifentvnefubfta- 
ce  corporelle  conuenate  en  leur  na- 
ture :  Ainfi  peuuent  les  Albes  faire 

leuer 


Livre     it.  ff 

ieucr,  par  le  moyen  des  Elctnensi, 
vne  nouuelle  femccc  que  l'onn'ayô 
point  cncoresveuc,  laquelle  eftànc 
plantée  dans  terre  &  pourrie ,  peut 
croiftre  &  multiplier^mais  Thommc 
n'a  pas  la  puiflanceSc  vertu  d'enpro- 
duire  vne  nouuelle, car  l'on  ne  luy  a 
pas  cômîs  le  gouuerncmét  des  ope- 
rations  élémentaires  &celcftès,  & 
s'engendre  diuerfes  fortes  d'herbes 
de  la  feule  pourriture  :Mais  d'autant 
que  cela  ell  rendu  trop  familier  au 
peuple  par lafrequente  expérience 
qu'il  en  a, il  ne  les  confideré  pas  plu? 
cxadement ,  &  ne  fe  pouuant  ima:- 
giner  aucunes  eaufes  de  telles  cho- 
Tes ,  il  penfe  que  cela  fe  fait  par  ac- 
couftumance  ,  mais  toy  qui  doibs 
fçauoir  vne  fciénce  plus  releuée^pc* 
îietre  plus  auant  que  le  vulgaire ,  & 
cherche  par  raifons  les  principes  &C 
les  caufés  d  ou  ^  movennant  la  puo:®-^ 


S>8  Les  dovze  clefs, 
taélîori)  fefak  telle  vertLivitalc,non 
pas  comme  la  connoift  le  fimplc 
peitple  par.  l'accouftumance ,  maïs 
coniœc  le  doit  içauoir  le  fage  &  di- 
ligent îuquiliteur  des  eftedts  de  la 
nature  >  vcLi  cjue  toute  vie  prouient 
de  pourriture. 

Chafque  Elément  eft  fubjet  àge- 
neration& corruption^  c'eft  pour- 
quoy  tàut  amateur  de  Tagcffe  doit 
içaupir,  qu'en  chacun  d'iccux  les 
troiî>  autres  font  occultement  conte- 
nus ^  car  Tair  contient  en  foy  le  feu, 
*  eau  &  la  terre ,  ce  qui  (  quoy  qu'il 
Semble  incroyable)  eftneantmoins 
tres-vray  :  Ainfi  le  feu  comprend 
Tainl'eau  &  la  terre  :  La  terre:,reau, 
l'air  &  le  feu;  Autrement  ne  fe  pour- 
roît  faire  aucune  génération  :  Bref 
Tcau  encloftenfoy laterrc^Taîr  ôc 
le  feu ,  autrement  elle  ne  feroit  pas 
propre  à  produire  chofe  aucune ,  &c 


Livre    II.  $9 

bien  que  chaque  Elément  foit  dî- 
iVingué  formellement  de  chacun  des 
autres;  cen  eft  pasàdire  que  pour 
-cela  ils  foîenc  feparez  d'enfcmble, 
:  comme  il  fe  voit  clairement  en  là 
feparationdes  Elemens  par  diftilla- 
tion. 

Or  afin  que  Tignorât  n'eftimc  mon 
difcours  friuol  &c  ne  feruant  àrien,îc 
te  le  veux  demonftrer  par  preuucs 
fuffifantes  :  Apprensdonc^toy  qui 
e^ curieux  de  {çauoirladi{re6lion& 
anatomie  de  la  nature ,  ôcla  fepara- 
liîon  des  Elemss,  qu'en  la  diftillation 
de;la  terre ,  Tair  comme  eftant  plus 
Jç|fer  que  les  deux  autres ,  fe  diftille 
le  premier^  puis  après  l*cau  ;  le  feu  a 
caufe  de  fa  nature  fpirituelle  com- 
mune à  Tvn  &  à  lautrc  ^  &  naturelle 
fympathie ,  eft  conjoinft  auec  l'air, 
la  terre  demeure  au  fonds  &c  con- 
tient le  Sel  de  doire  :  En  la  diftilla^ 


joo  Les  dovze  cleps^ 
non  de  l'cauje  feu  Se  l'air  lortent  les 
premiers,  puis  Teau ,  la  partie  terre- 
lire  demeure  toufiours  au  fondsiDc 
mefme  du  feureduid  enfubftance 
vifible  &c  plus  matérielle  que  de 
couftume ,  Ton  en  peut  tirer  le  feu, 
l'air  ^  leau  &  la  terre ,  &c  les  confer- 
ueràpart/Semblablement  l'air  cft 
es  trois  autres  y  pasvnd'iceuxnefc 
pouuant  paflfer  de  luy  ^  la  terre  n  eft 
tien  ,  &  ne  peut  rien  produire  fans 
raîr;Le  feu  ne  peutbrufler  &  n'y  vî» 
ure  fans  luy  :L'eau  manquant  de  Tair 
ne  caufc  aucune  génération  :  Outte 
plus  l'air  ne  confume  rien  &  ne  dcf- 
Teiche  aucune  humidité  fans  chaleur 
naturelle  :  Se  trouuat  donc  vne  cha- 
leur dans  fair  y  par  confequent  il  y 
<doît  auoir  du  feu ,  car  tout  ce  qui  eft 
de  nature  chaude  &  feichc  ,  doit 
aufîi  participer  de  la  nature  du  feuj 
C'eft  pourquoy  tous  les  quatre  clc- 


Livre     II.  loi 

mcnts  doiuent  cftrc  conjoints  cn- 
fcmble ,  &  ont  toufiours  le  foin  l'vn 
de  l'autre  :  AuiTi  voit- on  qu'ils  font 
mcflez  cnfemble  en  la  production 
de  toutes  chofcs  ;  Celuy  qui  contre- 
dit à  telle  do6trine ,  n  a  iamais  en- 
tré dans  le  cabinet  de  la  Nature  ,  & 
n'y  vifite  {es  plus  cachez  fecrets. 

Sçaches  que  ce  qui  naiftpar  pu- 
trefadlion  eft  ainfi  engendrc:La  ter- 
re fe  corrompt  aucunement  à  caufc 
de  rhumeur  qu  elle  a^  qui  eft  princi- 
pe de  putrefadîon ,  car  rien  ne  peut 
pourrir  fans  humeur  :  A  fçauoir  fans 
Telementhumide  de  l'eau  :  Orfila 
génération  doit  prouenir  de  pour- 
riture^ elle  doit  eftrc  excitée  par  la 
chaleur  qui  fe  rapporte  à  Telemcnc 
du  feu  ,  car  rien  ne  peut  venir  au 
monde  fans  chaleur  naturelle  :  pour 
conclufion  fi  lachofe  qui  doit  eftrc 
produire  a  bçfoin  d'efprit  vital  ^ 

F  nj 


TOI  Les.  DovzE-  clefs, 
de  mouuement ,  il  luy  faut  auiîi  de 
l'ait;,  car  s'il  ne  ccoperoit  point  auec 
les  autres ,  &  ne  fiiifolt  fa  fundion, 
la  génération  ou  pluftoft  la  matière 
delà  chofe  qui  doit  eftre  produite 
s'eftoufferoit  elle  mefme  par  faute 
d'aîr;&la  génération fe  feroit  de  re- 
chef corruption  ;,  en  fuitte  dequoy 
cela  eft  plus  clair  que  le  iour:,que  les 
quatre  elemens  font  grandement 
neceffaires  en  toute  génération  :  & 
dauantage  qu'vn  chacun  d  eux  fai^t 
voir  clairement  fes  forces  &  opéra- 
tions en  chacun  des  autres  ;,  mais 
principalement  en  la  corruption, 
car  fans  elle  rien  ne  peut  &  ne  pour- 
ra iamais  venir  au  monde  ;  &  tiens 
cela  pour  arreftc  que  les  quatre  ele- 
mens (ont  requis  àtoutc  production 
de  quelque  chofe  que  ce  foit. 

L  on  doitconnoiftreparlà  qu'A- 
dam que  Dieu  créa  du  limon  de  la 


Livre     II.  105 

tcrrc^n'exerça  aucune  adîon  vitale, 
&  ne  vefcut  point  iufqucs  à  ce  que 
Dieu  luy  euft  foufflé  le  Couffle  &  ef- 
prit  de  vie,&  qu  iccluy  infus  il  com- 
mença tout  auiTi  toft  à  viure:Le  Sel, 
c'eft  à  dire.fon  corps  fe  rapportoit  à 
la  terre, l'air  infpirc  eftoit  le  Mercu- 
re, c*eft  à  dire  l'efprit:,  &c  le  foufïïe  de 
rinfpiration  luy  donnoittoutaufTi* 
toft  vne  chaleur  vitale ,  &  s'eftoit  le 
foulfr e  y  c'eft  à  dire  le  feu ,  aufli-  toft 
Adam  commença  à  fe  mouuoir ,  &c 
donna  par  ce  mouuement  vn  affez 
fuffifante  preuue  d'vneameviuan- 
te ,  car  le  feu  ne  peut  pas  eftre  fans 
Tair^ny  au  contraire  l'air  fans  le  feu, 
l'eau  eftoit  meflee  à  tous  deux  ef- 
gallement  &  proportionnémenten- 
femble. 

Adam  fut  donc  premièrement 
compofc  de  terre ,  d'eau ,  d'air  &c  de 

fçujaprçs  d'ame,d'efprît&  de  corps, 

F» .  »  • 


504       Les    dovze   clefs, 
puis  de  Mercure,  de  Soulfre&  de 
SeL 

Eue  femblablement  la  première 
femme  ,  &  noftrc  première  mère 
participa  de  toutes  ces  chofcsj  car 
elle  fut  tirée  &  produîde  d'Adom 
qui  en  eftoit  compofe  :  Remarque 
cela  que  ic  viens  de  dire.  Or  afin  de 
retourner  à  mon  propos  de  la  putre- 
faâion  f  il  faut  que  tout  amateur  ôc 
inquifitcur  de  fageiGTe  tienne  cela 
pour  certain  ,  que  femblablement 
aucune  femenccmetalique  ne  peut 
operer,&nc  peut  eftre  aucunem^ent 
nraltlpliee  ,  fi  elle  n'a  efté  entière- 
ment pourrie  de  foy  mefme,  &c  fans 
îneflan^^e  d'aucune  chofeeftrange- 
rejSc  comme  nulle  femcnce  végéta- 
ble  ou  animale  ne  peut  (  comme  il  a 
elle  diâ:  cy  deflus  j  eftédre  &  multi- 
plier fonclpeceiansputrefa£tîô^de 
pnefmç  en  faut  il  iuger  des  métaux  i 


Livre     IL  105 

Et  cette  putrefadlîon  fc  doit  faire 
par  les  opérations  des  clcmens^  non 
pas  qu'ils  foient  (  comme  j'ay  def- ja 
cnreigné)leurfemcnce3 mais  pour- 
ce  que  lafemécc  metalique  prenant 
fa  naiffance  d*vn  cftre  celefte ,  aftral 
&  eletnétaire3&;  eftant  reduid  en  vn 
:orps  fenfiblc,doit  eftre  putrifié  par 
le  moyen  des  elemcns. 

Dauantage ,  remarque  que  le  vîn 
a  vn  efprit  volatil,  car  en  le  diftillant 
Tefprit  fort  le  premier ^le  phlegmelc' 
dernîer^mais  eftant  par  chaleur  con- 
tinue tourne  en  vinaigre  y  fon  efprîc 
n  eft  plus  {1  volatil,  car  en  la  diftilla- 
tiondu  vinaigre  Je  phlegme  aqueux 
monte  le  premier  au  haut  de  l'alem- 
bic,&  l'efprit  le  dernier^  Scbien  que 
ccfoitvne  mefme  matière  en  Ivn 
&  en  fautre  ;  il  y  a  bien  neantmoîns 
d^autresqualitez  au  vinaigre  qu'au 
vin^pource  que  le  vinaigre  n'eftplus 


\o6  Les  dovze  clefs, 
vin^^mais  vne  pourriture  du  vin,  qui 
parlacontînuellechaleurs'eft  chan- 
gé en  vinaigre^  &  tout  ce  qui  ell  tiré 
parle  vin  ou  par  fon  erprit^S:  redifié 
dans  vnvaiflTeau  circulatoire  à  bien 
d'autres  forces  &  opérations  que  ce 
qui  eft  tiré  par  le  vinaigre:  Car  fi  on 
tire  le  verre  de  l'Antimoine ,  par  le 
vin  ou  par  Ton  elpritiil  eft  trop  laxatif 
&  purge  auec  trop  de  véhémence 
par  en  haur,d'autant  que  fa  vertu  ve- 
neneufe  n  eftant  pas  furmontée  &c 
cftaintc/il  eft  encores  entre  les  bor- 
nes du  poifon  ;  mais  fi  en  le  tire  par 
vinaigre  diftillé  ^  ce  qui  en  viendra 
lera  de  belle  couleur, puis  (i  tirant  le 
vinaigre  parle  Bain  marie  Tolaue  la 
pouldre  iaune  qui  demeure  au  fods^ 
verfantbeaucoup  de  {ois  deleau  c6- 
munc  dedus.&autârde  fois  la  retirât 
&  que  Ion  ofte  toute  la  force  du  vi- 
naigre ,  il  fe  faiâ:  vne  poudre  douce 


Livre     II.  107 

quineiafche  pas  le  ventre  comme 
deuant:Maîs  qui  eft  vn  excellent  re- 
mède qui  guariflant  beaucoup  de 
maladies^eft  à  bon  droîâ:  repute  en- 
tre les  meruellles  de  la  Médecine. 

Cette  poudre  mife  en  lieu  humide 
ferefoult  en  liqueur,  qui  fans  faire 
douleur  aucune  confère  grandemét 
aux  maladies  externcsrcelafuffize. 
Bref  en  cecy  confiftc  tout  le  prin- 
cipal de  ce  chapitre,  fçauoir  eft  que 
vne  créature  cclefteja  vie  de  laquel- 
le eft  nourrie  des  Aftres ,  &  alimen- 
tée des  quatre  elemens  meure  :  puis 
feputrifie,  après  cela,  les  Aftres, 
moyennant  les  Elemens  qui  ont  cet- 
te charge ,  redonneront  derechef  la 
vie  à  ce  corps  pourry ,  afin  qu  il  s  en 
face  vn  celefte  qui  prendra  fa  plume 
en  la  plus  haute  ville  du  firmament: 
Ayant  faîd  cela  tu  verras  le  terreftre 
du  tout  confumé  par  le  celefte  >  ôc  le 


Vo8      Les    ©ovze    clefs, 
corps  tcrrcftrc  toufiours  en  celeltc 
Couronne  d'honneur  &  de  gloire. 


NEVFIESME       CLEF 

de  l'œuure  des  Philofophes. 

Chapitre     IX. 

SAtvrne  le  plus  haut  des  Pla- 
nectes.eft  le  plus  bas  &  abied  en 
nollre  magiftere,  il  tient  neâtmolns 
la  principale  Clef,  ôc  eftant  le  vil^Sc 
n'ayant  prefque  point  d'authorîte,  il 
tient  le  plus  beau  lieu  ;  &c  bien  que 
par  fa  volonté  il  fe  foit  acquis  le  plus 
haut  par  deflus  les  plus  hautes  Pla- 
nettes,  il  doit  toutesfoischeoirau 
plus  bas  3  en  luy  couppant  les  aifles, 
&  eftre  fa  lumière  obfcure ,  grande- 
ment diminuée  ,  &  par  fa  mort  ve- 
nir toute  la  perfection  defcEuurCj, 


CLEF.  IX. 


L  I V  R  E    1 1.  iqj> 

afin  que  le  noir  foit  change  en  blanc^ 
&  le  blanc  prenne  la  couleur  rouge: 
&c  doit  furmontcr  toutes  les  autres 
Planectespar  Tadueriement  de  tou- 
tes les  couleurs  qui  font  au  monde, 
que  1  on  verra  iufques  à  ceque  vien- 
ne la  couleur  furabondantc  du  Roy 
triomphant  ôc  comble  d'honneur, 
marque  trcs-certainc  de  la  victoires 
&encores  que  Saturne  femble  plus 

Ivll  &  moindre  de  toutes ,  il  ne  laîfTc 
pas  d'auoir  vne  (i  grande  vertu  & 
efficace  ,  qu  eftant  Ta  noble  eflencc 
(  qui  n'eft  autre  chofe  qu  vn  froid 
par  trop  excédant  )  conioindte  auec 
vn  corps  metaliq  volatil  &:  ignée ,  il 
Je  rend  fixe  ,  &  aulTi  folide  ^  voire 
mefme  meilleur  &  plus  ferme  & 
permanent  que  luy  mefme  n'eft. 
Cette  tranfm/atation prend  fon  ori- 
gine du  Mercure ,  du  Soulfre  &da  . 
Sel^ôcfefailantpareux^  on  prend 


no      Les    Dovze    qlevs^        | 
aiilTi  fa  fin  &  dernier  période:  Cela  /^' 
padera  la  portée  de  beaucoupjccm-  '^^ 
me  aufli  à  la  veritc  ce  myllere  eft  il 
haut  que  difficilement  le  peut-on 
comprendre:Mais  d'autant  plus  cpc 
lamatiere  eft  vile&abiede^  d'au- 
tant plus  doit  eftre  1  efprit  releue  & 
fubtil, afin  d  entretenir  rincgalité  du 
monde  ,  ôc  que  les  maiftrcs  puiffenc   l 
eftre  dilVmguez  des  feruiteurs^ôe  les 
feruiteurs  reconnus  à  leur  miniftere 
d'aueclesmaiftres. 

De  Saturne  préparé  auec  îndu- 
ftrk,  fortent  beaucoup  de  couleurs, 
comme  la  noire  >  la  grife  y  la  iaulnc 
&Ja  rouge,  &c  d'autres miOyennes 
entre  celles  cyide  mefine  la  matière 
iies  Philofophes  doltprendre  Sclaif- 
fer  beaucoup  de  couleurs ,  deuant 
qu'elle  paruienneàla  fia  &  perfe- 
(Stion  defiréc,  car  autant  de  fois  que 
Ton  ouure  vnc  nouuelle  porte  au 


Livre    IL  m 

ieu,  autant  de  fois  le  Roy  emprunte 
de  fes  créanciers  de  nouucauxha- 
bits/iufques  à  ce  que  fc  remettant  en 
crédit,  il  deuiennc riche,  ôcn'ayc 
plus  aHaire  d'aucun  créancier. 

Venus  tenant  en  main  le  gouuer- 
nementûu  Royaume,  ôcdiftribuant 
félon  la  couftume  les  offices  à  cha- 
cun^ npparoift  la  première^  brillante 
&efclatantc  d'vne  matière  Royal- 
1  le  :  La  Mufique  porte  deuant  elle  vn 
eltandart  rouge  ^  au  milieu  duquel 
ell:  artirtement  dépeinte  la  Charité 
veftuë  d'vn  habit  vert  :  Saturne  eft 
fonPreuoft  deThoftel  &  Intendant 
de  {a  maifon^&lors  qu'il  eft  en  quar- 
tier ,  l'Aftronomie  marche  deuant 
luy^porcanc  vne  enfeigne  qui  à  la  vé- 
rité eft  noire^mais  neantmoinseftle 
pourtraiâ:  de  la  foy  habillée  de  iaul- 
ne&  de  rouge, 
lupiter  auec  fon  fceptre  eft  en  qua- 


lit      Les    dovze    clefs^ 
lice  de  Viceroy  jLaretoriqueluyva 
portant  la  feience  de  couleur  blan- 
chcnftre  &  grife ,  oûell:  reprefentec 
rEfpcranceauec  de  fort  agréables 


couleurs. 


Mars  Capitaine  expérimente  au 
faid:  de  la  guerre  ,  règne  aufli  tout 
cfchauffc  &c  par  la  chaleur  ,  La  Géo- 
métrie le  deuance ,  luy  portant  fon 
guidon  enfanglâîé,  &  teint  de  fang, 
au  milieu  duquel  eft  empreint  l'effi- 
gie de  la  Force  vellue  d  vn  habît 
rougc^Mercure  eft  le  Chancelier  de 
tout ,  r Arithmétique  porte  fon  en- 
feignediuerfifieedc  toutes  les  cou- 
leurs  du  monde,  (  car  il  y  en  a  vne  va- 
riere  indicible  )  au  miheu  eft  la  tem- 
pérance dépeinte  d'vne  admirable 
diuerfit^, 

,  Le  Soleil  eftgouuerneur  du  Roy- 
aume ,  la  Grammaire  tient  fa  ban- 
iiiere  iaulne ,  en  laquelle  on  voit  la 

lufticc 


Livre     il  nj 

luftîcc  peinte  en  or ,  &:  bien  qu  vn 
tel  gouucrneur  deuft  auoir  plus  de 
puilTancc  &  authorité  en  fon  Roy- 
aume h  Venus  neantmoins  Ta  par  fa 
grande  fpkndeur  furmonte ,  &  luy 
a  fait  perdre  la  veuë. 

La  Lune  aulTi  eh  fin  apparoîft  ,  là 
Dialedique  luy  porté  la  fienne  de 
couleur  tres-blanchc  &  rèluifante^' 
en  laquelle  fe  voit  la  Prudence  pein- 
te de  bleu  :  &  pourcc  que  le  ma- 
ry  de  la  Lune  eft  mort,  elle  doibt 
luy  fuccedcr  au  Royaume  :   Ceft 
pourquoy  ayant  fait  rendre  le  com- 
pte a  Venus ,  elle  luy  recommande- 
ra Padminlrtration  &  fuperabondâ- 
ce  du  Royaume  3  &  par  Tayde  du 
Chancelier  reformera  l'eftat ,  &  y 
mettra  vne  nouuelle  polîce.Sc  pren- 
dront tous  deux  domination  fur  la 
noble  Royne  Venus  :  Remarque 
donc  qu'vnc  Planctte  doibt  faire 

G 


îi^  Les  dovze  clefs^ 
perdre  à  Vautre  ^  office ,  domination 
&  Royaume ,  &  luy  oller  toute  puif- 
fanceôc  majcHe  Royale,  iufques  à 
ce  que  les  principales  d'elles  tien- 
nent leRoyaume  en  mainje  confer- 
liant  ^&  par  leur  conftante  &  per- 
manente couleur,  remportans  la  vî- 
âoire  auec  leur  mère  ,  &  elle  des  le 
commencement  conioind:e ,  en 
iouiflent  d  vne  perpétuelle  &  natu- 
relle aflotîation  &  amour  :  Alors 
l'ancien  monde  ne  fera  plus  monde^ 
Et  en  fera  fait  vn  autre  nouueau  en 
fa  place ,  de  vne  Planette  aura  telle- 
ment confomme  fpirituellemenc 
Tautre,  que  les  plus  fortes  s'eftans 
nourries  des  autres ,  ferot  feule*  de- 
meurées de  refteA  deux  &c  trois  au- 
ront erté  vaincus  par  vn  feul. 
Remarque  en  fin  qu*il  te  faut  fouf- 
leuer  la  balance  cclefte  j  &  mettre 
dans  le  cofté  gauche  le  Bclicr,  le 


Livre     II.  îij 

Taureau , rEfcreuiiTe , le  Scorpion^ 
&  le  Capricorne ,  &c  au  collé  droi6t, 
les  Gémeaux,  le  Sagittaire,  l'Echan- 
fon,  les  PoiiTons  &  la  Vierge^&  faits 
cjueleLyon  portc-or/eietteaufcin 
de  la  Vierge,  &c  que  ce  cofté  là  de  la 
Balance  poife  le  plus  t  Bref  faits  que 
les  douze  fignes  du  Lyorl  Zodia- 
que faifant  leurs  conftellations  auec 
les  fept  gouuerneuts  de  rVniucrs  fe 
reg;ardent  tous  de  bon  œiL&  fe  face 
(  après  que  feront  palTées  toutes  les 
couleurs  )  la  vr aye  coniondion  & 
mariage  ,  afin  que  le  plus  haut  foîc 
rendu  le  plus  bas ,  &  le  plus  bas  le 
plus  haut. 

Si  de  l'J^muers  la  nature 
Adife  ejloitfoul?s  vne  figure^ 
!  Et  ne  pourvoit  ejlre  changée 
Ny  par  aucun  art  altérée. 
Perfonne  ne  la  cognoijiroit 


îié      Les    dovze    cIeîsJ 

TsTji  les  miracles  quelle  feroity 
Ceflfourcmoy  remercier  deuons 
Ce  grand  Dieu  qui  nous  a  faifi  tels 
dons. 


DIXIESME    CLEF    DE 

rœuure  des  Philofophes. 

Chap-     Xo 

Ans  noftre  Pierre  que  les  an- 
ciens fages  mes  predeceffeurs 
ont  faite  long-temps  deuant  moy^ 
font  contenus  tous  les  Elemens,tou- 
tesles  formes  &  proprierez  Miné- 
rales &  metaliques  ,  voire  mefmci 
toutes  lesqualitez  qui  font  au  mon- 
de ,  car  Ton  y  doittrouuer  vne  ex- 
trême chaleur  &:  de  grande  efEcace> 
pource  qae  le  corps  froid  de  Saturne 
doit  eftre  efchauffé  Se  conuerty  en 


CliEFX. 


J.     lE       SVIS   J^K     X)HEiR2VIOGmsril 

>0^  ''MiihiîliliiïïTiipTmiiiii^l'.ilinniTii 


y-SM^-t. 


■V 


Livre    II.  iî7 

pur  par  la  véhémence  cîe  fon  feu 
interne  :  Il  y  doit  auiTi  trouuer  vu 
extrcrme  froid  ,,  d* autant  qu'il  eu 
faut  tempérer  la  grand  Venus ,   qui 
brufle  Se  confumc  tout  &c  congelé 
le  Mercure  vif,  &  en  faire  vn  corps 
folîdc  :  La  çaufc  de  cecy  eft  telle, 
pourcc  que  la  nature  a  donne  à  la 
matière  de  noftre  diuine  Pierre  tou- 
tes fes  proprictcz,  qu'il  faut  par  cer- 
tains degrez  de  cha!eur,comme  cui- 
re, faire  meurirSc  mener  à  perfe- 
ctionnée qui  nefe  peut  exécuter  de- 
uant  que  le  mont  Gibel  de  Cicillc 
aye  mis  fin  à  fes  embrafemens,  &  ne 
fe  puifTe  plus  trouuer  aucune  froidu- 
re es  montagnes  Hiperborées ,  lef- 
quelles  tu  pourras  bien  aufTi  appel- 
ler  Fougerayc  ,  toufiours  gelées  de 
froid, 6ç  couuertes  de  neiges. 

Toutes  pommes  cueillies  deuant 
qu*cftremeuresfcfennét  &  ne  font 
■     '     ^  "       G  iij 


îi8      Les    dovze   clep5^ 
prefque  bonnes  à  rien,  il  cneftcle 
merme  des  vaiileaux  des  potiers  qui 
nepeuucc  feruir  s'ils  ne  lont  cuits  a 
affez  grand  feu;  pource  que  le  feu, 
ne  leur  a  pas  donné  leur  perfection: 
11  faut  prédre  garde  à  la  mefme  cho- 
fc  ennoftreElixir  5  queTonneluy 
face  tort  d'aucun  iour  dédié  &  con- 
façré  à  fa  génération  ,  de  peur  que 
nortre  fruidl  elliant  trop  tollcueilly 
des  pommes  des  Helperides  ,  ne 
puiflfent  venir  à  vne  maturité  extrê- 
mement parfaide ,  &  fa  faute  reiec- 
tée  fur  l'ouurîer  peu  fage.qui  fc  fera 
follement  hafté  ,  car  il  eft  notoire  à 
tout  le  monde  qu'il  ne  fe  peut  pro- 
duire aucun  frui£t  d'vne  fleur  arra- 
chée d  yn  arbre   5    Parquoy  tou- 
te haRiueié  fe  doit  éuiter  à  noftre 
art ,  comme  dangereufe  &c  nuifible, 
par  par  elle  peut  on  rarement  venir 
^u  bQut  de  fon  deifcia  ,  mais  on  y  a 


Livre     IL  119 

toufiours  de  mal  en  pis. 

Cefl:  pourquoy  que  le  diligent 
explorateur  des  effets  merueiileux 
de  Tare  &  de  la  nature  prenne  garde 
à  ce  que  pouffé  dVne  curiofiré  dom- 
mageable,&  d'vn  defir  par  trop  eu- 
rîeux.il  ne  cueille  rien  de  nortre  ar- 
bre deuant  le  temps,  &  que  la  pom - 
me  luy  tombant  des  mains ,  ne  luy 
en  laiffe  qu  vne  marque  &  veftigc 
miferablc,  car  fi  l'on  ne  laiffe  meu- 
nr  noftre  Pierre,  véritablement  elle 
ne  pourra  iamais  donner  maturité  à 
aucune  chofe. 

La  matière  s'ouure  &  dîffoult 
dans  l'eau,  fe  conioind  ,  ôc  eft  ren- 
due groffe  en  la  putrefadîon,  dans 
la  cendre  elle  acquiert  des  fleurs  di- 
gnes auant-couriers  du  faiid,  toute 
l'humidité  (uperflue  fe  deffeiche  das 
le  fableja  flambe  du  feu  larend  en- 
tièrement meure  >  &  fermement  fi- 

G  iiij 


îïo      Les    povzE   clefs^ 
xe ,  non  pas  qu'il  faille  aucir^  &  ne- 
ccfTairemét  fe  feruir  du  Bain- mari e^ 
du  fient  de  cheual ,  de  cendres  &  de 
fable:Maîs  pource  qu'il  faut  par  tels 
degrez  régir  &  gouuerner  fon  feu. 
Car  la  pierre  enfermée  dans  le  four- 
neau vuide,  &  munie  de  tri  pie  bou- 
îeuartfe  forme  &  cuittoufiours  iuf- 
quesàcequetous  les  nuages  &  va- 
peurs foient  dîfTîpees  &  difparoif- 
lent,  &qu'clle Toit  vcftue  &  orncc 
dliabits  de  triomphe  &  de  gloire, 
^  demeure  en  la  plus  balGTe  ville  des 
Cieux.&s'arrefte encourant  :  Car 
quand  le  Roy  ne  peut  plus  efleuer 
fes  mains  en  haut,  Ton  a  remporté  la 
vidtoire  de  toute  la  gloire  mondai- 
ne  5  pource  qu'eftant  alors  comblé 
de  tout  bon  heur,  &doiiédc  con~ 
ftance  &de  force/ilneferadorefna- 
uant  fubiecl  à  aucun  danger  :  le  t  e 
didsdoncquctudeifeiçhes  la  ter- 


Livre     II.  m 

re  cUfToulce  en  fa  propre  humeur, 
par  feu  dcuëment  applique  y  eftant 
delTeichee  fair  luy  dônera  vne  nou- 
uelle  vic^cctce  vie  infpirée  iera  vne 
matière  qui  à  bon  droid  ne  doibt 
point  eftre  appellée  que  la  grand' 
Pierre  des  Philofophes,  qui  comme 
vn  efpritjpenetre  les  corps  humains 
&  metaliques ,  &  eft  remède  gêne- 
rai à  toutes  maladies .  car  elle  chalfe 
cequieftnuifible  ,  &  conferue  ce 
qui  eft  vtile , &  donaiic  à  toutes  cho- 
ies vn  eftre  accomply  :  Accorde  & 
aflocîe  parfaitement  le  mauuais 
auec  le  bon  :  Sa  couleur  tire  du 
rouge  incarnat  fur  le  cramoify  ,  ou 
bien  de  couleur  de  rubis  fur  couleur 
de  grenade^,  quant  à  fa  pefantcur  el- 
le poife  beaucoup  plus  qu'elle  a  de 
quantité. 

Celuy  qui  aura  trouué  cette  Pier- 
re, qu'il  remercicDieu^pour  ce  baul- 


m  Les  dovze  clefs, 
me  celefte  ,  &  le  fupplie  de  luy 
odroyer  cette  grâce  qu'il  en  puiiTc 
heureufement  franchirla  carrierede 
cette  vie  miferable ,  &  en  fin  ioiiyr 
de  la  béatitude  éternelle. 

Louange  foit  à  Dieu  ,  pour  Tes 
dons  infinis&  finguliers  plaifirs  qu'il 
nous  a  fait ,  &  luy  en  rendons  grâces 
éternellement     Ainfî  foit-  il. 


VNZIESME     CLEF     DE 
Tœuuredes  Philofophcs, 


Chap.     XL 


IE  t'cxplîqueray  rvnzîefmc  Clef 
qui  fert  à  multiplier  nortre  celefte 
Pierre  par  cette  fimilitude. 

Il  y  auoit  es  pays  de  Leuant  vn  bra- 
ue  cheualier  nommé  Orphée ,  gran- 
dement rîche,car  il  auoit  des  riçhef- 


CLEF.Xr. 


I 


Livre     If. 


,fes  à  foîfon,  3c  ne  manquant  de  cho  - 
fc  aucune  ;  il  auoitefpoulé  fa  foeur 
propre  appellée  Euridice  :  Mais  ne 
pouuant  auolr  d  elle  aucuns  entans, 
&c  croyant  que  ce  mal- heur  luy  ell:oîc 
enuoye  pour  punition  dcfonince- 
rte  ,  prioic  Dieu  continuellement, 
efperanc  obtenir  de  luy  mife- 
rîcorde  ,  6c  entherinement  de  fa 
i^equefte. 

Vn  iourdorma^jt  profondement 
il  luy  fembla  veoir  vnhommx  voi- 
lant à  luy  nommé  Phoebus^qui  ayant 
touché  fes  pieds  grandement  chauds 
luy  parla  de  la  façon  :  Apres  auoir, 
courageux  cheualicr  ,  voyagé  par 
beaucoup  de  Royaumes,  de  pays,  de 
Prouînces^Sc  de  villesjt'ellre  hazar  - 
dé  fur  Mer  à  beaucoup  de  dangers, 
&auoîràlaguerre  rcnuerféde  ton 
bras  victorieux  ce  qui  te  faifoit  refi- 
ftancc.lon  t'a  à  bon  droid  donné  le 


U4      Les   dovze   clefs, 
colicr  de  chcualier.outre  plus  d  au- 
tant qu  es  jouftes  ôc  tournois  tu  as 

.  rompu  beaucoup  de  lances.&maîn- 
tefois  les  dames  t  ont  aucc  acclama- 
tion de  tous  les  affiftans  .  adiu^e  le 

.  prix  ôcrhonneur  de  la  victoire  ,  le 
père  celefte  ni  a  commande  de  te 
venir  annoncer  qu'il  a  exécuté  tes 
prières ,  &  c'eft  pourquoy  tu  pren- 
dras du  fane  de  ton  collé  droi  ,  de 
du  codé  gauche  de  ta  lemme  ,  aufïi 
le  fang  qui  eftoit  ali  cœur  de  ton  pè- 
re &  de  ta  mère,  ce  fang;  de  fa  nature 
ell  feulement  double,&  neantmoins 
feulement  (impie,  conioinds  les,  &c 
les  mets  dans  le  o-lobe  des  fept  faees 
bien  terme  ,  &  1  entant  nouueau  np 
trois  fois  grtd  fera nourry  de  fa  pro- 
pre chair ,  &c  fon  glorieux  fang  luy 
fcruira  de  brcuuagc  ;  Si  tu  faits  bie-a 
cela, il  te  viendra  de  grandes  richef- 
fes  &c  aurasbeaucQup  d'enfans:Mais 


Livre     I L  nj 

apprens  qu'il  faut  :,  pour  perfeûîon- 
ner  tadernîere  femence,lahuiâ:icf- 
rne  partie  du  temps  qu'a  mis  la  pre- 
mière, de  laquelle  tu  as  pris  naiflfan- 
ce  :  Si  tu  faits  cecy  fouuent  y  &  que 
toufiours  tu  recommences^tu  verras 
les  enfans  de  tes  enfans,&iVne  mul- 
tiplication de  ta  race  à  Tinfiny :&  fe- 
ra le  grand  monde  tellement  rem- 
ply  par  la  fertilité  &  fœcundité  du 
pecit^que  l'on  pourra  aifément  pof- 
feder  le  Royaume  celelte  du  Créa- 
teur de  Tvniuers. 

Apres  celafaid.Phœbus  s'enuola> 
&s'eftantau{ri  tcftrefucillé  leche- 
ualicr^il  fe  Icua  pour  exécuter  ce  qui 
luy  auoit  elle  commandé ,  ayant  mis 
tout  en  effeél ,  il  ne  f jt  pas  feulemec^ 
tôutauflltoft  affilié  ce  bon  heur  en 
toutes  fcs  cntreprifes,  mais  aufli  ap- 
puyé fur  labonté  de  Dieu^  il  cngen- 
îlraplufieursenfans^quiheritiersdes 


/2  6 

'i:é^      Les  dovze   clefs, 

biens  paternels  s'acquiientvnegraii.- 
de  renummce ,  &:  touliours  confer- 
uerent  Tordre  de  cheualeric  qu'ih 
auoicnteucdela  fuccellionde  leur 
pcre. 

Si  tu  es  fage  &  defireux  de  fagefTe^j 
ta  n'as  que  faire  de  plus  ample  de- 
monllrarion  >  finon ,  ta  n'en  dois  re  • 
îetter  la  foute  furrnoy ,  mais  fur  ton 
îgnorence,  car  ilnem'ellpas  permis 
d  en  déclarer  dauanrage,  ny  de  def-^ 
cacheter  ce  pacquct,  &  mettre  en 
vcuë  tous  les  tecrets  y  cela  fera  aflez 
clair  &  manifcrtc  à  ccluy  que  Dieu 
en  iugera  digne,  car  jay  tout  efcript 
plus  clairement  qu  il  ell  poflible  de 
croire  , &c ay  monftré toute  locuure 
en  figures,  félon  qu  ont  faid  les  an- 
ciens Philofophcs  auxMaiftresjmaîs 
bien  plus  clairement  (  car  ie  n*ay  rien 
caché  )  que  pas  vn  autre:Si  tu  chalfes 
de  toy  les  ténèbres  d'ignorence  y  ôc 


Livre   II.  izy 

es  clairvoyant  des  yeux  de  l'enten- 
dement, aflcurément  tu  trouueras 
vne  Pierre  pretieufe  qu'ont  cherché 
beaucoup,  &  que  peuonttrouuee, 
car  ie  t*ay  comme  entièrement 
nommé  la  matière ,  &  fufEfamment 
demonftré,  le  commencement,  le 
milieu  &:  la  fin  de  Tœuure. 


DOVZIESME     CLEF    DE 

rceuure  des  Philo fophes. 

Chapitre     XII 

L'Efpee  d'vn  efcrimeur  qui  ne 
fçait  pas  tirer,  ne  luy  peut  de 
rien  feruir,  pouf  ce  qu'il  n  en  a  pas  le 
maniement,  car  il  cft  aifément  mis  à 
bas  &  terrafTé  par  vn  autre  qui  fçau- 
ra  mieux  tit er  &:  porter  vn  coup  que 
/uy ,  mais  ccluy  qui  entend  parfai- 


riS      Lés    dovzé    clefs, 

étcmenc  refcrîme,  rauît  aifemcntia 
vidloire  d'entre  lesmaîns  de  tous  lès 
autres. 

'Ilenarrîuerademcfme  à  celuy 
qui  aura ,  auec  Tayde  de  Dieu^  ac- 
quis la  teinture  ^  &  ne  s'en  fçauroi: 
pas  feruir,  comme  au  gladiateur  qui 
ne  fçait  pas  Ion  meftier  ;  Mais  d  au- 
tant que  voicy  la  douziefme  &  der- 
nière Clef  qui  ferme  ce  Hure ,  le  ne 
parleray  plus  auec  ambiguïté  Philo- 
fophique  r  mais  i^cxpliqueray  nuë- 
ment  &:  clairement  cette  Clef  tou- 
chant la  teinture  ,  entendez  donc 
cette  doctrine  fuiuante. 

Prcnsvnc  partie  de  cette  médeci- 
ne Se  Pierre  des  Philofophes  deuë- 
ment  préparée ,  &  faite  du  laid  vir- 
ginal, &  trois  parties  de  tres^pur  or, 
pafle  par  la  coupelle  auec  de  l'Anti- 
moine, &  battu  en  lames  tres-mc- 
nuës^conioinds  les  dans  vn  creufec, 

ôcleur 


LivkB    ît.  ïi9 

èc  leur  donne  vn  feu  modère  aux 
douze  preniiercs  heures^  puis  fonds 
les,  &  le^  tiens  en  ce  feu  par  refpacc 
de  trois  iours  naturels  y  &  la  Pierre 
fera  changée  en  vraye  médecine; 
d  vne  hature  fubtile  ,  fpirituelle  &c 
pénétrante  :  Et  elle  ne  tiendrôît  paisf 
âifement  à  caufe  de  fa  grande  fubti- 
lite  fans  le  ferment  de  Ibr ,  maïs; 
quand  elle  eft  fermèntee  de  fon 
femblable,  la  teinture  entré  facilc- 
menttPrcns  puis  après  vne  partie  de 
cette  maflfe  fermentee>&la  îettc  fur 
mille  de  metailfondu,que  tu  Veu:^ 
fondre ,  5c  vrayement  le  tout  fera 
changé  en  très  -bon  or,  car  vn  corps 
prend  aifément  vn  autre  corps  ;  &t 
bien  qu'il  ne  luy  foit  pas  femblablc, 
îl  luy  doit  ncant-moins  eftre  con- 
iôint  :  Et  par  fa  grande  force  &  ver- 
tu rendu  férnblablc,  véu  que  le  fetn- 

H 


îjo      Les   dovze    clefs^ 
blable  a  efté  engendré  de  fon  fcm- 
blable. 

Celuy  qui  aura  mis  ce  moyen  en 
pratique  ,  fç^iura  toutes  les  autres 
circonrtances  :  Les  fortics  des  por- 
t-viux  du  Palais  Ployai  font  ouucrtes  à 
la  firi)  cette  fi  grande  fubtilité  ne 
peut  eftre  comparée  à  aucune  chofc 
crée  5  car  elle  feule  compred  &  pof- 
r^:dc  toutes  chofes  dans  toutes  cho- 
fes^que  l'on  peut  trouucr  par  raifons 
naturelles  contenues  &  cnclofes 
dans  la  circonférence  de  l'Vniucrs. 

O  commencement  du  commen- 
cement.'  ayefouuenancc  de  la  fin  / 
ôfin  dernierre  fin/fouuienne  toy  da 
commencement,  &  ayes  en  grande 
recommandation  le  mileudeTceu- 
ure  :  Et  Dieu  le  Père  ,  le  Fils  &c  le 
Saîn(£t  Efprit  vous  donnera  ce  qui 
eft  neceffaircàrcfprit,àrame&au 
corps. 


Livre    II.  151 

DE  LA    PREMIERE   MÂ^ 
tîere  delà  Pierre  des 
Philofophes.  : 

VNe  fierrefe  njoit  qui  a  "vil  frix 
fe  vend, 
D' elle  vn  feu  fugitif f on  origine  ^nnà^ 
Noflre  Pierre  de  luy  ejt faite  &  com^ 

fofeey 
£t  de  hUnche  couleur  O^  de  rouge  fa2 


recy 


Elle  ejl  fierre  &  non  pierre j  &  la  na^^ 

ture  en  elle^ 
Peut  feule  demonjler  fa  njertu  Horn^ 

pareille. 
Pour  d'elle  faire  vjjir  qjn  ruijfeau  clait 

coulant^ 
Dans  le  quel  elle  ira  fon  perefoujfo^ 

quanty 
Et  fuis  d'iceluy  mort ,  gourmande  elU 
fefaiftra, 

Hîj 


i^z     Les    dovze    ctEts^ 

lufquà  ce  que  fon  ame  en  fon  corp 

renaijira^ 
Et  [a  mère  qui  ejl  de  nature  njolante  ^ 
En^uijfance  liiy  foit y  &  en  tout  re/-    ji 

jemhlanty 
Et  a  la  'V évite  fon  père  renaijjant 
ji  bien  plus  de  njertu  quil'nauoit  par 

auant^ 
La  mère  du  Soleil  furpajje  hs  années 
En  adgCy  a  cet  e^e^t  par  toy  ojulcan    \ 
^     ayéeesy 

Son  père  neatrnoins  précède  en  origine 
Parfonjhirnuelejire  G^  ej^mce  dtutne^ 
jjefprit  y  l'ame  le  corps  font  contenus    \ 
en  deux.    ^  \ 

Le  magîjtere  "vient  d'vn  qui  feul  &    \ 

njH  ejiant^ 
Peut  enfernble  ajfemhler  le  fixe  &  h 

ftf-yanty 
Elle  efi  deux  y  elle  ejl  trois  j  &  toutes-- 

fois  nejtqu^ne^ 
Situ  nèsfage  en  cela j,n  entendras  chê^ 


Livre    II,  yj 

/<?  aucune^ 
faits    Uuer  dans  'vn  hain  Aàam  le 

premier  fere, 
Oàfe  haigne  Venus  des  ^olupe:^  la 
mère, 
\    D'njn  horrible  Dragon  ce  hain  Von 
tre^aroit, 
êluand  toutes f es  vertus  &  fes  forces 
^        ilferdoit 

Et  comme  dit  fort  lien  le  Genye  de 

Nature 
Jjon  ne  le  peut  nommer  que  le  double 

J4ercurey 
le  me  tais^  l'ayfinyj'ay  nommé  la  mai 

tfere. 
Heureux  trois  fois  heureux  qui  com^ 

prend  ce  myflere. 
^elefoucieux  ennuy  ne  te  Jurf  renne 

point, 
Viffue  te  fer  a  voir  ce  tant  dejtripoint,^ 

FIN 


LIVRE 

TROlSfESME 

'CONTEN  ANT  VNE 
abrégée  répétition  de  tout  ce 
qui  eft  contenu  dans  les  traîttcz 
des  douze  Clefs  de  la  Pierre  pre- 
cieufe  des  Philpfophes. 

Diins  laquelle  eji  par  le  mefme  Ju-- 
thetir  Fr.  Basile  Valentm  niifeen 
lumière:  La  lumière  des  Sages. 


OY  Bafile  Va- 
lentin  Religieux 
de  Tordre  de  S. 
Benoift  ,  ay  cpm- 
pofe  ces  traiâ:cz 
prccedens  3      par 


L  I V  R  E     1 1.  Ijf 

lefqucls  fuiuant  la  trace  des  anciens 
Philofophes  >  ay  déclaré  par  quelle 
voye  &  moyen  Ton  peut  chercher 
ôc  trouuer  ce  précieux  threfor  ^  du- 
quel les  fages  ont  conferuéleur  fan- 
té  &  prolongé  leur  vie  à  beaucoup 
d'années  :  Ec  bien  que  ie  ne  me  fois 
efloigné  en  aucun  point  de  la  véri- 
té, comme  ma  confcience  en  pour- 
ra rendre  tefmoignage  deuât  Dieu , 
qui  cognoill  le  de  dans  de  noscœurs, 
&  aye  toufiours  mis  en  veuë  la  véri- 
té qu'vn  moyennement  doite  n  au- 
roic  que  faire  d'autre  flambeau  pour 
cfclairer.  Car  la  théorie  que  ie  luy 
en  ay  baillée,coniointe  auec  lesdou- 
ze  Clefs  de  pradtique ,  feront  plus 
que  fuffifansdes  nuids  neantmoîns 
que  ie  palTois  à  veiller ,  &  le  peu  ag- 
greable  repos  que  îc  prenois  en  ne 
dormant  p^s,  mais  les  diuerfes  pen- 
fçes  qui  eftoient  pendantrobied  de 

H  ni) 


ij6  Les  dovze  çl:bfs, 
mon  îmagînatiuc  y  m*ont  perfuadç 
d'expliquer  plus  clairement,  meutât 
çn  aorege  le  liurc  que  i'auois  mis  en 
lumière  du  {l.imbeau  que  i'auoîs  al- 
lumé, plus  eiclatanre^afinde  mieux 
cfclaîrer^ppur  dcfcouurir  npftre  de- 
firee  Pierre  à  cçux  qui  font  ama- 
teurs de  l'art ,  &:  curieux  de  cognoi-^ 
ftre  la  NaturerEt  encorçs  que  ie  fça- 
fhe  bien  que  beaucoup  diront  qu^ 
i'ay  tout  plus  que  trop  enfeigné,&: 
qu'a  caufe  de  cela  i'ay  chargé  ma- 
çonfciencç  de  beaucoup  de  peche:ç, 
le  leur  refpondray  neantmoins  quq 
cela  encores  eft  affez  obfcure  aux 
îgnorans  &  gens  d^  peu  d'efprit^ 
;iiaîs  clair  &  manîfefte  aux  enfans 
de  fcience  :  C*eft  pourquoy  efcou- 
ït  ôç  poife  bien  mes  paroles,  &  fuits 
ce  qu'ils  t^enfeigneront ,  tu  paruîen- 
drasdroi£t  aux  plus  cachez  myfte- 
res  de  l'Art  &  de  la  Nature. 


1 


Livre     IL  .  137 

îe  n'ay  rien  efcnpt  que  îc  ne  doi- 

ue  approuuer  &  4u  quel  le  ne  fois 

preft  à  rendre  compte  au  iour  du  iu- 

gement. 

Or  tu  trouueras  cet  abreg;é  en 
vraycs  &  fimples  inftrudions  fuî^ 
liantes,  car  ie  ne  m'y  eftudie  pointa 
auoir  des  mots  affedez  &  falacieux, 
maisàfuiurenuëment  la  vérité. 

Tay  cnfeîgné  dans  le  précèdent 
traiâé  que  toutes  chofes  naiflent  & 
font  compofez  de  trois ,  fçauoir  eft, 
de  Mercure,  de  Soulfre&de  Sel,  & 
ç  eft  chofe  certaine. 

Mais  apprens  encores  que  noftre 
Pierre  ei^  copofee  de  deux ,  de  trois 
de  quatre  &:  de  cinq:  De  cinq  c*ell:  à 
dire,de  fa  quintefséce.de  quacrequi 
font  les  quatre  elemens  s  de  trois  af- 
fauoir  dcstrois  principes  de^  chofes 
naturelles,  de  deux  qui  fignificnt  le 
Mercure  double ,  ^  d\n  qui  cft  le 


i^S      Les  DovzE    cleps, 
premier  principe  de  toutes  chofes, 
qui  fut  produit  pur  &  net  de  la  crea^ 
tion  du  monde.^^r,  foit  faict. 

Afin  que  pprlonne  ne  fc  trauaîllç 
à  comprendre  des  chofes,  &  ne  fc 
peine  à  chercher  çn  vain  le  fens 
myftique,&  la  vraye  expUcation^ 
îetraideray  enpeude  mots;  Pre- 
mièrement du  Mercure^  puis  du 
Soulfre ,  &  après  du  Sel  de  noftrc 
Pierre^  qui  font  les  principes  maté- 
riels. 


DV    MERCVRE,     PREMIER, 

principe  de  l'œuure  desPhilo- 
fpphes. 

nRJEmarque  donc  premièrement 

lX^  que  nul  argent  vif  commun  ne 

fer t  à  noftre  ceaurc^jcar  noftre  argéc 

J^if  fc  cire  du  meilleur  mctail  par 


Livre     II.  ijp 

art  fpagirique  y  &c  cft  pur  fubtil ,  re  - 
luifanu ,  clair  comme  eau  de  roche , 
diaphane  comme    chrîftal ,  &  lan^^ 
î  au  cune  ordure  :  Re  Juidts  le  en  eau 
ou  huille   incombuftibie  y  pourcc 
que  félon  que  m'en  aduouent  les  fa- 
gcs, Mercure  a  elle  eau  au  commen- 
cement, d^iffbut  en  cefte  huille  in- 
combuftibie fon  propre  Mercure , 
duquel  a  efte  fait  cette  eau  ,  precî- 
pite-le  dans  fa  propre  huille  :  Ettu 
auras  le  Mercure  double  ;  Mais  no-  jij 
te  que  le  Soleil  après  auoir  efte  puri- 
fié félon  que  îe  t'ay  enfeigné  en  la 
premiereClef ,  doit  eftre  dilToult  ^j; 
par  vne  certaine  eau  particulière 
que  îe  t'ay  donnée  dans  la  féconde,  @ 
&  réduit  en  chaux  fubiile,  félon  que 
ie  t'ay  enfeigné  en  la  quatriefme:  [2> 
Cette  chaulx  doit  paiTer  par  l'alem- 
bic  aucc  efprit  de  S  e  L^  &  eftre  pré- 
cipité dans  ceft  efprit/&:  reduidà 


14©  Lesdovze  clefs^^ 
fçu  Je  reucrbcr^en  pouldre  fubtî- 
le,  &  que  fon  Soulfre  puifle  plus  fa- 
cilement entrer  en  fa  propre  nature^ 
&c  rembrafler  plus  eftroiàemét  par 
vn amour  réciproque,  &  tu  auras 
deux fubftances  dans  vne  que  loii 
appelle  leMer cure  des  Philofophes, 
&  n  eft  quVne  Naturels:  le  premier 
ferment. 


PV  SOVLFRE,  SECOND 

principe  de  l'oeuure  des  Ph^lp- 
fpphes. 

TV  chercheras  ton  Soulfre  dans 
le  mefme  metail ,  il  le  faut  ti- 
rer fans  aucune  corrofion  par  feu 
de  reuerbere ,  d*vn  corps  purifié  &c 
diffoult  ;  &  cornaient  cela  fé  peut- il 
faire  ?  ie  te  l'ay  déclaré  ne  rendifane 
mot;&te  Tay  ^ifez  clairement  mçn-; 


Livre     IÎ.  î^r 

ftré  dans  la  troîliefme  Clef:  Tu  dif-  3 
foudras  ce  Soulfre  dans  fon  propre 
fang,  du  quel  il  a  pris  naiflance,  ob- 
fcruant  le  poids  que  îd  t'ay  ordonné 
cnlafixîelmcClef,  Tayancfaiét^au-  ^if 
tas  diflbult  &  nourry  le  vray  Lyon 
du  fang  du  Lyon  vérd ,  car  le  fang 
fixe  du  Lyon  rouge  eft  faîÀ  du  fang 
Volatil  du  vérd^parquoy  ils  font  tous 
deux  d*vne  mefmt  naturelle  fang 
volatil  de  Tvn  rend  aufii  volatil  Id 
fang  fixe  de  rautrôr  Et  au  contraire 
le  fixe  rend  le  volatil  auffi  fixe  qu'il 
èftoit  auparauant  la  folution>  entrb 
tiens  les  en  chaleur  modérée,  iuf- 
qùes  à  ce  que  le  Soulfre  foitdutout 
diflbus  ^&  tu  autas  par  le  commun! 
accord  des  Phnofophes,  le  fécond 
ferment  &  le  Soulfre  fixe  nourry  ia 
volatîI,que  l'on  rire  enalembîc  par 
tfprit  de  vm ,  qui  eft  ro'jge  comme 
fang  :  &  cfl:  appelle  Ôr  pot  able^  que 


T-fi       Les     dovze   clefs, 

l'on  ne  peut  Gonlolider  ^  ny  réduire 
en  fubftance  corporeL 


DV     SEL     TROISIESME 

principe  de  l'oeuure  desPhilo- 
fophes. 

LE  Sel  félon  que  Ton  le  prépare  a 
des  effeâis  diucrs ,  rendant  le 
corps  fixe ,  tantolt  volatil ,  car  Tef- 
prit  du  Sel  de  Tartre  tire  fans  aucun 
ingrédient  rend  par  la  refolutionôc 
putréfaction  tous  les  Métaux  vola- 
tils^&lcs  reduiâ;  en  vn  Mercure  vif, 
corne  te  Tenfeignét  mes  Minéraux: 
Le  Sel  de  Tartre  auiTi  fixe  de  foy 
grandenaent ,  notamment  {i  Ton  y 
adioufte  de  la  chaux  viuc  auec  fa 
chaleur ,  car  eftant  iointe  en  femble 
ils  ont  vne  merueilleufe  vertu  fixa- 
tiueiSelon  donc  que  Ton  prépare  le 


Livre     ÎÎ.  i4j 

Sel  vegetable  de  Tartre ,  il  peut  Se 
fixer  &  rendre  volatil  y  ce  qui  eft  vn 
admirable  fecret de  nature^&vnef- 
fed  rnerueilleux  de  Tart  Philofo- 
phique- 

Il  fe  faîc  vn  Sel  volatil  &  bien 
clair  dVrine  d'vn  homme,  qui  par 
quelque  temps  n'aura  beu  que  du 
vin  pur  j&ce  Sel  difToult  toutes  clio- 
fes  fixes ,  &c  les  tire  auec  foy  par  l'a- 
lemblc^il  ne  fixe  pas  néantmoins ,  & 
bien  que  cet  homme  naye  beu  que 
du  vin>  duquel  par  fonvrine  eft  tiré 
ce  Sel  deTartre,  Car  il  s'eft  fait  dans 
le  corps  de  l'homme  vne  certaine 
tranfmutation  par  laquelle  la  partie 
vegetable,  c'eftà  dire  refprit  vege- 
table du  vin,  s*eft  chano-ce  enanî- 
maie,  c'eftà  dire  en  Telprit  animal 
du  Sel  de  Tvrine, comme  par  exen\- 
ple  /les  cheuaux  fe  fai(£t  tranimuta- 
tion  d*auoinc,  foiii  Se  autres  telles \ 


î^4  Les  dovze  clefs, 
nourritures ,  les  changeant  en  leur 
propre  fubrtance ,  aflaaoir  en  chair^ 
&  autres  p^irties  de  leurs  corps. 
Les  Abeilles  auffi  font  du  miel  des 
meilleurs  particules ,  &  fur  des  her- 
bes &  fleurs;  ôcainii  des  autres  cho- 
fcs,  defquelles  la  Clef  &c  principale 
caufe  girt  en  la  putrefacStioii  d  où 
j)rouîennét toutes  ces  fortes  de  fe- 
parations  &tranfmutations. 

L'efprit  de  Sel  commun  tiré  par 
certain  moven  eue  ie  t'av  monftré 
en  ma  dernier-e  intlruétion^misauec 
vn  peu  de  l'efprit  du  dragon,  dif-- 
fout  l'or  &  l'argent ,  &  les  tait  mon- 
ter au  haut  de  rÂlembic  ^  tout  de: 
meffrié  comme  TA^slc  îoînt  auèc 
1  efprit  du  Dragon>  holxc  perpétuel 
des  rochers  &  montacrnes ,  Maîsfî 
Ton  fend  quelque  choie  auec  le  Sel 
dcuan:  la  fenaration  de  VeTprit  d  a- 
ûeclc  corps,  il  eil  pluftoft  rendu  fixe 
quedîiToulc.  lé  te 


Livre     II.  ï^/ 

îe  te  dicts  dauantage ,  qucTcrprît 
de  Sel  commun  conioinc  aueclcf- 
prît  de  vin ,  &  d  ilVille  par  trois  fois 
auec  luy  ^  dêuient  doux  &c  perd  tou- 
te corrofioii  &c  accrimonie ,  cet  ef- 
prime  combat  plus  corporellcmenc 
contre  l'Or,  mais  fi  Ton  le  fond  fur 
la  chaulx  de  l'Or  deuement  prepa- 
iré^il  tire  fa  grande  rougeur^ôcfi  1*011 
procede^^  com.è  il  faut  y  !a  chaulx 
donne  &  empreint  à  la  Lune  puri- 
fiée vne  couleur  femblable  à  celle 
qua  eu  premièrement  le  corps  d'où 
elle  a  pris  fon  origine. 

Ce  corps  peut  receuoîr  fa  premiè- 
re couleur ,  fe  mcflant  &  ioignant  à 
la  lafçiue  Venus ,  d* autant  qu  il  adu 
commencement  pris  auec  elle  fai 
haiflanccdefon  fang,  ou  du  moins 
de  femblable  au  fien.ôdienc  t'en  di- 
fây  pas  dauantage. 

Nette  que  leiprit  de  Sel  d^îffouk 


1^6     Les    dovze   glêfs, 
aufli  la  Lune  préparée ,  &  la  reduîdï: 
(  corne  t'cnfeignét  mes  inftruâiôsj 
cnvne  nature  fpîrituelle.de  laquelle     , 
fc  peut  faire  la  Lune  potable^ces  ef- . 
pries  du  Soleil  &  de  la  Lune  doiuent 
eftre  .c6lcînâ:s  comme  le  mary  àla 
iemmc ,  par  rentremife  de  refpric 
du  Mercure ,  ou  de  fonhuille. 

L'efpric  cft  dans  le  Mercure /la 
couleur  dans  le  Soulfre^Sc  la  congé- 
lation dans  le  Sel,&  ce  font  ces  trois 
qui  peuuenc  reproduire  le  corpspar- 
faî^  3  c  etl  à  dire  ,  i'efprit  du  Soleil 
fermenté  de  fa  propre  huille:  Le 
Soulfrc  que  Ion  trouue  abondam* 
ment  dans  la  nature  de  Venus  en- 
flambé  de  fang  fixe  par  elle  engen- 
dré,  Pefprit  prouenant  du  Sel  Phifi- 
que  donné, enfortifiant&endurcîf- 
fant  la  vidoire  entiere.encorcs  que 
Teiprit  de  Tarie  ,  d'vrine  &  de 
chaulx  viuc ,  auec  du  vray  vinaigre    i- 


Livre     II.  10 

àye  bien  de  la  vertu  ^  car  l'cfprîc  dé 
vinaigre  eft  froid ,  &  ccluy  dé  la 
ehaulx  vlue  eft  chaud  y  c*eft  pbur- 
quoyl'onle  iugcàbondroid:  cftrc 
de  nature  contraire  ^  comme  auiîî 
Toil  le  voit  par  expérience  :  le  viens 
de  parler  en  Philofophe,  &  ne  m'eft 
pas  permis  de  pafTcr  outre  ,  &c  mon- 
îker  à  aucun  comment  les  portes 
font  fermées  &c  répartes  au  dedans, 
lé  te  donne  encorescecy,  pour 
dire  adieu  :  Cherche  tamatiere  dans 
la  nature  mcthalique ,  faids  en  va 
Mercure  ,  &  le  fermente  d' vn  Mer- 
cure >  puis  d*vn  Soulfrc^  &le  fer- 
mente pareillement  de  fôn  propre 
Soulfrc ,  difpofe  &  mets  tout  en  or- 
dre parle  SeU  tire  le  vne  fois  par  Pa- 
lembic  y  ôc  mcfle  le  tout  par  îuftc 
poids,&:  il  viendra  vn  qui  aprîs  âuffi 
auparauantion  origme  d  vn^hxe  le, 
&le  coaç^ule  par  chaleur  continu e^ 

i  n 


1^8.  Les  dovzë  cleîs, 
puis  le  .raultipUc  ,  comme  ie  t*ay  ap- 
-um  ptis  ésdcux  dernières  Clefs.Scle  fer- 
mente pour  latroiriefmcfois;,  &ta 
viëdras  à  bout  de  ton  deflein, quand 
àrvfage  de  la  teindure ,  la  douzief- 
me  Clef  t'en  a  affezinftruid. 


PREK4ÏERE    ADDITION 

continuant  les  enfeignemens  de 
i'ceuure  fufdite. 

POur  le  pardelTus ,  îc  te  veux  ap- 
prendre que  du  noir  Saturne 
Se  du  doux  lupiter  fepeut  aufTi  ti- 
rer vn  efpritjqui  par  après  fc  réduit 
cnhuille  douce  comme  en  fa  plus 
grade  pcrfedion,  qui  peut  parricu- 
lieremcnt  &c  fermement  ofter  la  vie 
au  Mercure  ,  Scie  rendre  beaucoup 
m^eilleur,  comme  ie  tel  ay  cnfeigné 
en  mes  minéraux, 


Livre    II.  x^^ 


SEC  O  NDE  AD  ITION 

des  oeuures  fufdidtes. 

Ayant  aînfi  prépare  ta  matière 
fois  (eulernent  foigneux  à  gou- 
verner ton  feu,  car  toute  1  œuure  en 
defpend,  depuis  le  commencement 
îufquesa  la  fin. 

Noftre  feu  n'eft  que  commun  & 
naturel ,  &  le  fourneau  vulgaire  y  & 
bien  que  les  anciens  fages  &  mes 
predecefleurs  ayent  cfcript  que  no- 
ftre feu  n'cft  feu  commun  :  le  te  dits 
neâtmoins  enverîte.que  c'eft  qu'ils 
ont  tous  cache  félon  leur  couftume;» 
car  noftre  matière  eft  vile ,  &c  Toeu- 
ure  que  Ton  conduit  feulement  par 
le  régime  du  feu,  eft  aifé  àfaîrc. 

Le  feu  de  lampe  auecefprîtdc 
vin  n'y  eft  pas  propre ,  car  il  s'y  fai£t 


ijo  Les  doyze  clefs^ 
de  trop  grands  courts  &dcrpcnres  3 
Le  fient  de  chcual  n^eft  que  perte  &c 
jdeflrudion  ,  Ôcn'ortre  matière  n^ 
peut  iamaîs  par  fon  moyen  venir  à 
perfe6lion. 

La  mukitiide  &  variété  de  four- 
nCfiux  n'cft  qu'inutilité  fupcrfluié3& 
fupcrfluité  inutile ,  car  il  ne  faut  en 
noftre  triple  vaifTeau  que  varier  &: 
changer  les  degrez  du  feu. 

Pren^  donc  garde  que  les  trom- 
peurs ne  te  deçoiuentenla  variété 
des  fourneaux^  car  le  nortre  eft  vul- 
gaire rie  feu  commun  &.  la  matière 
çrt  abîeéle  à  Le  matras  reflemble  en 
figure  au  contour  &  rotondité  de  la 
tcrre^  tu  n'as  que  faire  d^auoir  dauà- 
tage  d'intkudllons ,  àfçauoir  gou- 
verner ton  feu  ,  ôc  baftir  ton  four- 
neau,  car  qui  a  la  matière  trouuera 
bien  tort  vn  fourneau  ^  &  qui  a  de  la 
farine  ne  r^içt  o;ueres  à  trouucr  vu 


Livre     IL  i/i 

four  y  &  ne  fe  doibc  pas  beaucoup 
foucler  défaire  cuire  du  pain. 

Il  n  eft  pasbefoin  d'efcrire  ample- 
ment de  ce  point ,  prends  feulement 
garde  àlachaleur,  &c  faidis  que  tu 
puifle  difcerner  le  chaud  d'aucc  le 
froid,  fitufrappissle  but,  tu  auras 
tout  fai£t ,  &c  feras  paruenu  à  la  fin 
defiree  de  Vart,  pour  recognoiffan- 
ce  de  laquelle  foit  perpetuellemen  t 
loue  Dieu  ,  autheur  de  toute  la  Na- 
ture. Ainfi  foit- il 

COLLOQVE     DE     L'ESPRIT 

de  Mercure  à  Frère  Albert. 

ÏEf^rit. 

Velle  eftroccafion.Albert, 
que  tu  m'as  tant  faîtde  con- 
iuratiôspourme  faire  venir 
Albert. 
ïç  te  la  veux  dire ,  moyennant  que 

I  iiij 


|p  COLLOQVE, 

tumcdonnes^alTeurance  pour  mon 
corps  ^  ma  vie  &  mon  Am.e ,  &  que 
îe  n'auray  aucun  defplaifir  de  toy. 
l'Es  PRIT. 
II  n'eft  pas  en  mon  pouuoîr  de  te 
faire  du  derplaifir.n'y  ne  fuis  pasve- 
nu  auprès  de  toy  pour  cela  y  mais  fi 
tu  ne  quittes  ton  appellation  ^  tu  es 
des-ja  recommande  à  vn  autre  qui 
te  chaftîeratoy  &  tes  femblables,  & 
iouërabien  fon  içu  au  falut  de  ton 
amc^icne  puist'auanccrny  reculer, 
fi  i'eftoisvn  homme  îevoudrois  bien 
eftre  fauue  ,  &  pource  refpond  moy 
a  mes  demandes. 

Albert- 
ïe  te  prie  ne  fois  fafche  cotre  rnoy^ 
car  ie  fuis  vn  bom.me  debile^&  tu  es 
vn  efprit  puiiTant  &  fubtil  3  &  pour- 
ce  dy  moy  premièrement  fi  tu  es    r 
bon  ou  mauuais  :,  ou  qui  tu  es, 
L  Esprit. 


CGLLQQ.VE  Ifj 

le  ne  fuis  nybon  ny  raauuais.mais 
ie  fuis  yn  des  efprits  des  feptPlancc- 
tes  qui  gouuerne  la  moyenne  nata- 
re,  ils  ont  le  commandement  de 
gouuerner  les  quatre  differétes  par- 
ties du  monde,  fçauoir  le  Firmamét, 
les  animaux,  les  végétaux,  &  partie 
des  minéraux ,  &  nous  fommes  fept 
qui  par  noftre  agilité  conduifons  dâs 
les  trois  parties  inférieures  Jes  af cé- 
dans&  defcendans3&;  opérons  ct\ 
eux^car  les  planettes  ne  peuuctpas 
defcendre  corporellement  icy  bas , 
mais  leur  efprit.lequel  ayde  les  cho- 
fes  qui  font  difpofées  à  engendrer 
par  lavertu  des  quarreElemens.Ce- 
luy  qui  a  cefte  in  telligence  fe  poura 
difpoferàTœuure. 

Albert. 
le  fuis  grandement  ioycux  que  tu 
me  donncsvne  fi belle  intelligence, 
&;que  i'ay  coprîs  par  toy  plus  que  îc 


U4-  C  O  L  L  O  QV  E 

n'ay  îamaîs  fait  d'aucun  Philofopîie^, 
mais  îe  teprie  accorde  moy  encore 
vne  demande,  &  îe  te  dîray  le  fujet 
pour  lequel  ie  D  ay  appelle ,  &  te  le 
declareray  par  ordre  fi  tu  me  veur 
dire  ton  nom. 

lEfprh. 
Mon  nom  ie  fuis  rEfprît  des  Pla- 
nettes,  non  pas  le  Dieu  du  Mercure^ 
côme  tu  me  qualifies  par  tes  appel- 
lations,&ne  fuis  pas  venu  par  la  for- 
ce d'icelle,mais  par  la  permîffion  de 
Dieu ,  ie  fuis  venu  fans  contraîndte^ 
aufïi  qu*il  a  elte  donc  à  chacun  hom- 
me vn  efprit  feruiable  deDieu,  mais 
il  s'eq  trouue  peu  qui  s'en  rédent  di» 
gnes^pource  n'aye  point  peur  de  ma 
noirceur.car  elle  fera  pour  le  cômé- 
cernent  de  ta  richefle  :  Car  au  com- 
msncemÊt  de  la  création  tout  eftoîc 
en  ténèbres, &apresraggreable  rou- 
geur du  n^atiu ,  le  Soleil  fcleue  tpu's: 


C  O  L  L  O  Q^  Ey  ï  C/ 

en  fâg&  feu,{i  tu  crois  à  cefte  heure 
îxies  paroles  qui  ne  font  pas  humai- 
nes.mais  vne  voix  raifonnante  félon 
ma  naturelle  te  veux  efcouter  amia- 
blement  &:  te  donner  bonne  addrcf- 
fe.fors  donc  hors  de  ton  appellation 
6-:  m'y  laifTe  entrer ,  affis  toy  à  table 
&quei'efcrîue  auecfoingcc  que  îe 
te  diray  ^  mais  dis  moy  premîereméc 
le  fuieit  pour  quoy  tu  m'as  fait  ve- 
pir,  &  ne  fois  point  cauteleux ,  mais 
fimple  5c  fuccint  à  tes  demandes. 

Au  nom  du  Père  ,  du  Fils  &  du  S. 
Efprlt,  Amen.  La  tres-faindeSc 
yne  infeparable  Trinite.&infepara- 
bie  Deité  vnlque  :  Mercure  ie  te  de- 
mande que  tu  medie  la  vérité  ^  fi  ce 
que  les  anciens  ont  efcrit  de  la  Pier- 
re desPhîlofopheSjOu  de  fa  tein£lu- 
re  eft  véritablement  en  la  naturc.oii 
(iç'çft  vne  fubtile  fpeculatipn. 


56  COLLOQVE 

l'Esprit. 

Sçachcs  que  les  philofophcs  pat 
preuoyance  6t  cfcript  diuerfes  cho- 
ies afin  que  les  îgnpraîiis  qui  ne  ten- 
dent qu'a  Tor  &  à  l'argent  fuflcnt 
abufez>  ainfi  le  plus  grand  fecret  de 
lanaturc,  &  les  vertus  naturelles  qui 
font  à  touschercher  laverite/e  trou- 
uera  que  Dieu  à  mis  dâs  la  nature,& 
que  rhomme  ne  peut  pas  cognoi- 
ftre.fi  on  ne  luy  monftre  clairement^  ^ 
&c  encore  ne  le  peut-il  çoprendre,  ai 
caufe  de  fon  aueuglemét^  &  qu  il  ne 
peut  pas  fc  cognoiftre  foy-mefme. 
Albert* 

Pentends  par  tes  paroles ,  &  bien 
qu  elles  foient  obfcures  ;,  que  tu  en- 
tends Tor  très- fin. 

l'Esprit. 

En  partie  tu  as  bien  entëdu^  mais  il 
y  a  encore  vne  nuée  trouble  deuant 
tes  yeux,  c*cîl  le  plus  fin  or^mais  noq 


C  O  t  L  o  Civ^E.  1S7 

pas  celuy  qui  eft  affiné  dans  la  four- 
naife ,  mais  ccluy  que  la  nature  mef- 
tîie  parfonférultcur  Vulcan  a  affiné 
fans  fcîence,  à  la  mode  de  luy  eft  tiré 
le  double  Mercure ,  &  quand  tu  au- 
ras iceluy  tu  pourras  dîfpuier  anec 
ton  Abbé,  &  luy  dire  At^oî  &  i^nis 
'tibifujjîcmnt  y  II  eft  donemanifeftc 
;  qu'il  eft  plus  que  le  fin  or?  auquel 
Dieu  en  la  création  luy  a  donné  cet- 
te vertu  pour  eftre  manifefteé  aux 
hommeS;,  afin  que  chacun  1^  puifTe 
auoir^  s'il  eft  bien  illuminé  de  Dieu 
Albert. 

Ouy,  où  fepeut  trouuerceftor^ 
L'esprit. 

AudefTous  du  Ciel,  en  plufîeurs 
montagnes  &  valees  y  tous  lés  hom- 
mes Tont  deuant  les  yeux  Se  ne  lé 
cognoifTcnt  pas. 

Albert. 

Combien  en  faut-ilpour  roeuurc. 


i/8  COLLOQVE' 

l'£fprn. 
Sîca  en  as  deux  onces  tu  peux  à- 
chepter  la  courône  du  plusgrâdmo . 
narque  du  monde,  &  garde  le  refte. 

AuecVayde  de  Dieu  nouscntrou- 
ueros  bien  autant,&;  quâdon  en  au- 
ra acheué  deux  onces ,  c'eft  alTez 
pour  le  commencement  comme  îc 
croy  que  vous  dicles. 
l'Efprit. 

Mais  tft  ne  feay  pas  le  corps  comme 
moy  qui  fuis  efprit ,  ie  ne  parle  pas 
du  corps ,  mais  bien  plus  de  l'erprlt, 
comment  veux  tu  pefer  refprit,  qui 
cil:  en  fi  petite  quantité^au  prix  de  ce 
qui  eft  tire  de  fon  curps ,  mais  après 
envertu  fur  paiTant  en  grade  quatite 
ledit  corps,  i\  tu  veux  rendre  ceft  ef-  - 
prit  net  de  fon  corps  corporel ,  ôcle 
tranfmuer  en  vn  corps  fpirltuel ,  tu 
pourras  dire  apes  à  ton  Abbé,  Ignis 


COLLOQVÈ  ij^ 

&  J^iottihifujjiciunt. 

Mhert. 
Occlcfte  parole,  comment  doy- je 
faire  cela. 

VEffrit. 
Solue  O^  coàcula  j  diflbuks  &  coa-^^ 
gule. 

Jllpen. 
I  Que  tes  paroles  font  fuccînétes  & 
difficiles  a  entendre,  &  mal-aifees  à 
comprendre  j  mais  toute  la  fciencc 
cft  làdedâs.ie  doy  dîfloudre  le  corps 
de  Tor.&par  fa  diffolution  tirer  Tef- 

Êrîtteingent:c'eft  fans  doute  le  dou.-; 
le  Mercure  de  Bernard^d'ou  eft  ti- 
re ce  corps  ce  n  ell  pas  le  fin  or^mais 
la  teinture  qui  eft  cachée  en  luy ,  de 
ce  la  on  tire  le  double  Mercure. 
l  Effrit. 
Maintenant  le  voile  cft  partie 
oftédedeuanctes  yeux,  tu  as  bien 
entendu ,  entends  maintenaïit  quel 


i^o  CôLLoqvÊ, 

corps  c  ert. 

Albert. 
Alice  qiioy  dois  je  difloudrelë 
corps  de  lorj 

L'esprit. 
Par  foy-mefmc ,  &  ce  qui  eft  le 
plus    proche  de  luy. 

Albert. 
Cette  parole  ett  pefante^voîre  plus 
pefante  que  la  fcience  mefme  ;  ie  te 
prie  monftre  moy  cela  &  me  dis  le 
iiioyen&  le  tour  de  main  de  la  vrayé 
difTolution. 

L'esprit. 
^  Moy  tout  efprit^  maintenant  îc  né 
le  puis  monftrer,  car  ic  n'ay  point  de 
main,  mais  fi  i'auois  vn  corps  com- 
me toy  5  ie  voudrois  faire  toute  rceU'- 
ûre  ,  cherche  foigneurement  dans 
ton  Bernard,  tu  trouueras  là  dedans 
le  moyen  &c  le  tour  de  main  de  là  i 
vraye  diflolution^auec  toutes  les  cir- i 

conllances 


conftances  efcrites  trois  fois ,  deux 
fois  vray^  &:vne  fois  faux,  à  caufe 
des  îgnorans. 

JUen. 

O  moy  miferablc  1  i'ay  tant  vcu 
Bernard  que  l'en  fuis  quafi  au  mou- 
rir^j&n  ay  peu  comprendre  cela.en- 
I  corc  que  parfon  cnfeignemcnt  îe 
cognois  le  Roy ,  mais  la  Fontaine 
m'cft  incogneuë.&partant  ie  te  prie 
monftre  moy  qui  cil  la  fontaine. 
UEffrtt. 

Tu  veux  eftre  trop  fçauant  bien 
toft,  îe  ne  te  le  peux  pas  montrer,  il 
faut  que  tu  aye  leRoy  premiereméc, 
car  on  n'efchauffe  pas  le  bain,que  le 
Roy  n  y  foit  ;  mais  toy  va  chercher 
ton  Abbé  &dis  luy  qu'il  te  face  pro- 
uifio  de  dix  liur  es  du  meilleur  5;  %  'f6 
M^M  d'Orient ,  tout  ainfi  qu'il  vient 
du  ventre  de  fa  mère  fans  feu  , après 
ie  te  veux  déclarer  tout  ce  que  tu 

K 


t6t  COLLOQVE 

n'entend  pas.fois  fecrec^&nc  mon- 
lire  point  tonefcrit  à  ton  Abbc  fur 
peine  de  lavie.ny  que  tu  m'aye  veu, 
ofte  de  toy  toutes  tes  appellations  èc 
conîurations,  &c  demeure  toufiours 
en  bonne  volonté^  priant  Dieu  qu  il 
te  donne  vn  boneîprît,  autrement 
îe  n  oferois  plus  retourner  vers  toy, 
aînfi  ieveux  eftre  ton  bon  amy,  &c 
autant  de  Fois  que  tu  auras  be  foin  de 
mon  confeil  ^  ie  me  trouueray  au- 
près de  toy. 

Jlhert. 
Ha  /  demeure  encore  vn  peu ,  dis 
moy  fi  îe  viuray  allez  long  temps 
pour  faire  la  teinture. 
L'  £fprit. 
Ouy  tuTacheueras^  mais  ton  Ab- 
bc ne  viura  pas  tant ,  tu  l'auras  après 
fa  mort   &:{î  tune  te  gouuernes  fa- 
gement,  elle  te  caufera  de  grâds  in- 
côucniens^&partant  prés  biengarde 


CoLLOQVË  î6^ 

\  àtoy  ,&:àquimla  rnonftreras,  car 
celle  teîndure  t\imenerade  grands 
aueuglemens ,  garde  bien  tonliurc 
&  ta  teindure^afin  qu  ô  ne  les  trou- 
i  lie  point  fur  toy ,  autrement  tu  cou- 
:  feras  grande  fortune^Sc  feras  mis  en 
prifon,  voire  mefmes  à  la  mort ,  fois 
icloncbienfage&:  te  tiens  ioyeux,caif 
I  plufieurs  de  grande  &  bafle  qualité 
:  s'efforcent  que  lefecrct  ne  toit  point 
;  manifefté ,  car  ils  ne  peuuent  en  au- 
tre corps  direverité  qu'é  vnevnique 
chofe,  qui  ell  tout  en  tout  pour  dire 
la  vérité,  le  refte  nefertque  pour 
abulerles  îgnorans,  &te  diray  en 
peu  de  paroles  la  pure  vérité ,  qui  ell 
ce  que  tous  lesPhilofophes  par  leurs 
efcrîpts  font  demeurez  d  accord,dc 
cette  pierre  Se  teinture  contenus  en 
la  nature, 

Alhert. 
Drs  m.oy  qui  eft  cefts.  vnique  chofc. 

Kij 


1(54  CoLLOqVE 

Toy  qui  eft  bon  artifte  &  vérita- 
ble ^  tu  dois  auoir  appris  de  ton  Ber- 
nard, que  c  eft  que  i'efprit  de  foa 
double  Mercure,  &tu  es  quafide- 
iienu  fol  en  ta  première  matière  & 
Azot,  ru  es  encore  bien  loing  du 
vray  centre  ,  car  tu  cherches  la  vie 
auec  les  morts  &  la  plus  parfaidc 
&  incorruptible  force  detoutesles 
forces  naturelles ,  dans  des  matiè- 
res îmj  arf aides  &:  dans  des  chofes 
corruptibles,  fçaches  en  vérité  que 
noftre  rouge  tein£ture  eft  tirée  pure 
&nette  de  la  plusparfaiârc  créature^ 
fur  laquelle  le  Soleil  aye  iamais  ietté 
fes  y^ux  h  laquelle  vnique  chofe  par 
les  elpnts  plus  parfaits  eft  de  la  cô- 
porition  des  infeparables  qualitez 
des  quiitre  Elcmxs  &  par  la  concor- 
dance des  fept  Planettes  ont  efté 
ioincts  enfemble  A  fans  aucune  ay- 


CoLLOQVE;  1/5/ 

de  oufciencedhommc  3  a  efté  par- 
faite en  Ton  degré  de  perfeâ:lon:>le  - 
quel  aufTi  par  vn  incroyable  aug- 
mentation de  fa  propre  femence  a 
crté  douée  naturellement, &  fes  par- 
ties {i  bien  liée  enfemble  ,  qu'il  ne 
peut  eftre  deftruit  par  aucun  Eleméi: 
fans  Tayde  de  l'art ,  &c  lors  cette  vni- 
quechofe  eftfujcûe  à  corruption: 
îe  t'ay  affez  déclaré  pour  ce  coup  de 
quelle  matière  lesPhilofophes  ont 
tiré  leur  tein6ture,{i  tu  entéds  &  co- 
gnoiscequieftcoprisen  cette  vni- 
que  parole,tu  entédras  toute  la  fcié- 
cc^  c'eft  afTez  dit  â  celuy  à  qui  Dieu 
ouure  les  yeux,  on  pourroitbien  îcy 
comprendre  ToriMaîs  on  ne  Fenté-^ 
drapasbîen^  car  il  y  a  des  créatures 
crées  plus  nobles  que  Torilerquelles 
il  faut  chercher  où  la  vérité  fe  tro  u- 
uera,  que  Dieu  à  mis  en  la  nature, ôc 
que  rhommc  ne  peut  pas  connoij 

Kiij 


lié  Exl^Ll  CATION 

ftre.fi  on  ne  luy  monftre  tout  claire- 
ment ,  &  encores  ne  le  peut- il  pas 
comprendre  à  caufe  de  (on  aueugle  - 
ment^ôc  qu'il  ne  peut  pas  fe  connoi- 
ftrefoymerme 

Louange  à  Dieu. 


EXPLICATION      DE 

rEfprit  fur  les  quaîîtez  de  la  pre- 
rnîçre  matière» 

L 'Humidité  efl:  la  première  chofe 
qui  anime  le  compofé  ,  la  cho- 
fe naturelle  ou  Thumidite  viuifiante 
ouviuificatiue,  ou  TAmcou  l'Air^ 
par  vne  diiToUution  de  la  terre  &: 
congélation  de  refprît. 

Car  nqllre  magiftcre  n  efl:  que 
arfaiftement  congeler ,  diiToudrc 
le  corps  §c  congeler  fefpric. 
Et  celles  opérations  ont  tçUç  ^U 


i 


DE  L  Esprit^  1^7 

lîance  enfemble  que  iamaîs  le  corps 
ne  fe  diffoult  que  1  eCpricne  le  con  - 
gcle^  &  l'efprit  ne  fe  congelé  point, 
que  le  corps  ne  fc  dillolue ,  ce  qui 
s'accorde  à  ce  que  dit  Raymond 
LuUc  y  &c  autres  Philofophes ,  que 
tout  le  magiftere  Se  rœuure  d'icellc 
'  n'eft  que  difToudre  &  congeler  y  Se 
ceft  toute  la  circulation  &c  imbibi- 
tîon  de  noftre  Eau  Mercuriale  la- 
quelle les  Philofophes  commadent. 
Car  fi  de  matière  de  terre  doit 
cftre  fait  le  feu,  il  faut  qu'elle  foie 
fubtiliee  &  préparée. 
Par  laquelle  Eau  les  corps  font  fub- 
tîliez&  ramenez  enla  première  ma- 
tîcre,&  prochaine  à  la  pierre  ou  Eli- 
xîr  des  Philofophes. 

Car  comme  1  enfant  eft  nourry  au 
ventre  de  la  mcre  par  fon  nourriffe- 
ment  naturel ,  par  fon  fang  men- 
ftrual^aufli  noftre  Pierre  doit  eftrc 

Kmj 


î6i  Explication 

multipliée  &croiftre  en  quantité  8c 
qualitcz  plus  fortes^,  parce  qu'il  faut 
qu'elle  (oit  nourrie  de  fa  graille  & 
propre  nature  de  (ubftance  :  C'eft  ce 
que  les  philofophes  ont  totalement 
celé  &  tenu  cache ,  comme  le  plus 
grand  fecret. 

Ceftehumîdkeoitafle,  les  Philo- 
fophes  1  ont  appelléefau  Mercuria- 
le/Eau  permanente  ou  demeuran- 
te au  feu^&aufll  eaudiuinC;,  c'cftla 
def  de  toute  l'oenure. 

Cette  eauneftpascauderiuîerc 
au  de  fontaine  ,  comme  eft  aduîs 
aux  ignorans  ou  falfificateurs. 

Noilre  eau  n'eft  que  vapeur  Se 
eau  qui  cft  dite  mondifiant ,  ou  net- 
toyant, blanchllTant  ôc  reuiuifiant, 
èç  rejettant  la  noirceur  des  corps  Ja- 
quelleeftappellec  eaapUvinte. 

Cette  eau  Mercuriale  n  eft  autre 
thofe  quç  1  efpîit  àçs  çprps  cpn- 


DE  L'Esprit.  i(^ 

uertîs  en  nature  de  quînt-eflencc. 

Cette  eau  eft  appclléc  vinaigre 
très- fort,  ôceftcogueue  de  peu  de 
gens  :  en  noftre  pierre  eft  contenu 
deux  fubftances  dVne  nature ,  Tvnc 
volatilleôc  Tautre  fixe,  Icfquellcs 
&  chacune  d'icelles  eft  appellée  ar-; 
gentvif. 

Et  c'cft  d'oiî  naîft  la  pierre,  après  la 
première  coniondion  d'iceux  ,  & 
non  pas  deuant,&:  faut  que  les  corps 
foient  tournez  en  nos  corps,  ôci- 
ceuxenefprît, 

FIN, 


LES   DOVZE   SIGNES 

du  Zodiac  qui  font  cites  en  cet 
ceuure  des  douze  Clefs. 


Aquarîus 
Pifces 

i^ 

lanuîer. 

X 

Fcurler. 

Aries 

V. 

Mars. 

Taurus 

tr 

Auril. 

'    Gemini 

n 

May. 

Cancer 

^ 

luin. 

Léo 

<fi 

Juillet. 

Virgo 

iip 

Aouft. 

Libra 

£l 

Septembre, 

Scorpius 

W> 

Odobrc. 

Sagittarlus 

+> 

Noucmbrc. 

Capricornus     >     Decembre< 


Stances  171 

STANXES  A   L'AVTHEVR. 

I. 

D'f^nc  jtdjlance  feule  on  njoitnai' 
Jire  trois  chofeSy 
£^t  trois  njnis  enfemhle  il  en  naijl  Foj  - 

nitèy 
Dieu  ayant  tout  reduit^arfa  diuinitè. 
Fit  les  diuerfite^  que  nature  a  defclofe 
II. 
yne  Effence  defoy  de  nature  femhla-^ 
hle  y 
Vne  chère  licteur  tirée  defon  compofly 
Dont  l*artijiea  le  f oing  y  laquelle  nom 
p      forclofty 
De  tout  foing  de  trauail  &  de  toute 
mifere  : 

îiu 
Mais  far  cefeul  moyen  dejt  faincle 
entre  f  ri fe , 
faut  regarder  le  teps  lors  quelle  n)eut 


i^i  Stance^. 

àoYmÏY 
Et  dans  fon  temple  fainB  luy  hailler\ 

&  fournir 
VAir  5  le  Feu  gracieux  ^  &  ^^JPf^ 

chemife: 

IV. 

Deux  fpermes  nous  aurons  enn)n 

compop  remis. 

Reunis  y  adapte:^  au  iardin  d'excellece. 

Ou  les  oy féaux  feront  qui  auront  /^ 

puijfance 
De  refueiller  ceux  la  qui  ejloient  en- 
dormis. 

V, 

Vous  qui  voule:^  feruir  au  temple  de 

Afemoirey 
Aye^  efgardau  teps  àexcellete  heauti^ 
Car  le  Ciel  Crijtalin  de  très -grande 

clarté^ 
Nous  fera  voir'vniourle  pourpre  fan^^ 

guinaire. 

Comme  ï enfant  qui  ejl  nourry  -de  la 


Stances.  //j 

mammelhy 
'^1  fions  aurons  mefmefoingàe  ce  qjiieji 

procreéy 
^   Itifc^îiati  ternes  que  le  lai&  luy  ait  fîus 

auance\ 
,    Son  corps  y  pour  luy  donner  ^viande  qui 

l'excellé. 

VIT. 

Lors  rohujle  en  naijfance  >  &  plein  de 
rnajejièj 
!    Nous  aurons  "vn  grand  Koy  qui  aura 
la  pînjfance 
Degouu'srner  lesjiens  ^  &  par  fa  pre^ 

uoyanc€y 
Les  paume:  &cheîifs  il  mettra  enfant 


¥ 


174 

AVTRES   STANCES    EN 

forme  de  vœu. 


u 


'AinEle  Flamme  du  Ciel^fage 
&  fainte  conduite  y 
^ élut  d'un  rien  tout  de  tout  as 
f  • .     fait  de  fuite  en  fuite  y 
Difvofant  les  humains  far  njn  ejlroit 

dehuoir, 
Collauder  ton  fainci  nom  ,  ton  facré 
faincl 'Vouloir. 
II 
U ordre  c^ue  tu  as  mis  en  l'Jrt  &  la 

Nature, 
NousfaiEl  ^oir  en  tesfai^s  irne  riche 

firuBurCy 
Que  la  Terre  &  les  deux  qui  font 


Stances  175 

D'^vn  fufrefme  'vouloir  ta  main  a  or^ 
III.  (  donne  :^,) 

Et  fuis  ap  res  ce  corp  ou  tu  as  mis 
nojlre  ame^ 
Efi  agittie  toufiours  de  ta  àmineflame] 
Laquelle  njn  temps  "viuam  recherche  le 
mourir. 
Pour  le  mortel furuiure  en  linmor^ 
tel  defir. 

IV. 
Car  la  njie  &  la  mort  gijl  en  ta  CO'* 
gnoiffanccy 
§lue  l  immortalité furuit  par  fa  naif-^^ 

fanccy 
Pourfuiure  lesfmtiers  de  la  njie  ad-- 
ueniry 
Tu  'yeux  que  lien  Ifiuant  foyons  preji 
a  mourir. 

V. 

Et  ïhomme  ayant  "vefcu  félon  ta 
fain^egrace^' 


i/'ô  s  l'ANC  ES 

Mourant  il  furuiura  te  voyant  fac    ' 

à  face, 
£  fiant  receu  de  toy  four  fa  dernier 

fin. 
Ou  efi  tonfainEl  Soleil  &  le  lieu  Cri 

fialin. 

FIN. 


A  Z  O  t  Hv 

IV  LE  MOYEN  DE  FAIRE 
'^    l*Or  caché  des  Philofophcs. 
De  Frère  Baltle  Valentm. 

!acu>corrigc&  augmenté  par  Mr.  L'agneau  Medecia. 


'/I 


hez  P  I  E  R  B.  1  M  o  E  T,  Libraire  la rc,  proche  le 
Poni  S.  Michel  a  llmacre  S.  Alexis. 


M.     DQ.    L  1  X. 


A  Z  O  T  H, 

OV  LE  MOYEN  DE  FAIRE 

l'Or  caché  des  Philofophes, 

de  Frc  re  Bafilc  Valcntin, 

Vremiére  Tdrtie. 

Adolphe,  leVieillare. 

Enerable  Vîéillarcljbîcri 
j^  vous  (oit ,  vous  appèr- 
^  çeuant  il  y  a  ja  loiig« 
temps  y  de  loing  ,  feul,  proche 
de  cet  arbre ,  pcnfant  îc  ne  fçay 
qudy  en  vous  -mefmc  ,  ie  ne  puis 
plus  tarder  que  iene  inaprochc 
de  vous  y  pour  fn  informel'  du 
fujct  de  eefte  mcdîtation. 
le  Vieillard. 
Pour  vrajr  (ô  îeune  Adolefceni; 

A  îj 


A 


4  A  Z  O  T  H 

maintenant  îl  m'eft  permis  dé 
cognoiftre  les  chofes  qui  me 
fcmbloîent  en  mon  îeunc  aagé 
încroyablcs,&  hors  de  raifon,  car 
lorsque  i'cftudiois,  bouffi  d*or- 
gueil  y  îe  me  prefumois  fçauoîr 
toutes  chofes  ^  &  maintenant  à  la 
fin  de  monaage,  îe  prensplaifir 
de  rechercher  auec  grandfoin^cê 
grand  liurc  plein  de  difficulté  dé 
la  nature,  encore  que  ie  voy  tou- 
tesfois  toute  occafion  &  lôgucur 
du  temps,  palier  comm^  vnc  eau 
coulante^  &  dcquo}  grandement 
ie  me  plains. 

Adolphe. 
C  eft  à  la  vérité  ce  que  i'admî^ 
re  entoy  (ô  Vieillard  )  quand  ié 
confidere  les  affedîons  (i  con- 
traires  entre  nous  :  car  i)  tcfcm- 
ble  que  le  temps  s'enuole  deuant 
h  faifon ,  &  les  iours  me  fembiét 


DES  Philosophes^  / 
aller  trop  lentement ,  pour  ccfte 
f  au(e  il  y  a  long-temps  que  îc  de- 
ilre  monter  a  cheual  &  trouuer 
compagnie  plaifante  qui  me 
puifïe  olter  la  fardierie  que  m'a- 
porte  le  temps  coulant  (i  lente- 
ment. 

Le  F^ieillard. 
Certainement ,  o  amy ,  îe  vous 
P  yoy  en  la  fleur  de  voftre  aage^ 
d'vne  face  libérale,  partant  îele- 
rois  tres-aife  de  fçaupir  vpftrc 
nom,&  voftre  race,  eftîmant  que 
n'aurez  de  s- agréable  ^ fi  tout  fou- 
pçon  de  fraude  ofté ,  îe  demande 
voftre  nom ,  &  la  condition  de 
voftre  vie. 

Aàolfhe. 

Mon  nomeft  Adolphe,  &mâ 

Patrie  Haflie,  Taquellc  m'a  en- 

feigne  les  lettres  dés  mon  bas 

aagc  ^  Se  a^uancç  en  aage  ,  Vajr 

Aiij 


^  A  Z  O  T  H 

jaifTe  les  eftudes ,  &z  ay  appris  la 
marchandife ,  &  n  ayant  nyTu- 
çeur  ,  ny  Guuuerneur  :,  mefmes 
admîniftrant  mes  biens  pater- 
nels.i'ay  eu  enuic  d'aller  voiagcr, 
t&ç  YQÎr  les  terres  les  plus  efloî- 
gnces  ,  &  certainement  deuant 
toutes  chofes ,  il  me  plairoît  aller 
à  Rome  ^  maiitrefle  de  T  Vniuers, 
auec  compagnie^toutesfois  ie  de- 
fire  auaut  entendre  voftre  con- 
ieil  3  comme  homme  bien  verfe  à 
Vvfagedes  chofes, &:  expérience. 
le  f^ieilUrd 
Mon  confeil  ne  vous  manquera 
pas ,  pourueu  que  vous  ne  refu- 
fiez  d'obeyr  aux  bons  aduis  que 
îevous  donneray  ,  pourcc  que 
î'ay  moyen  de  vous  en  ayder  plus 
facilement  payant  lacog-noiiTan-: 
çg  de  ces  lieux. 


DES  Philosophes.  7 
retVimc  qu'il  me  fera  loifiblc 
de  vous  obeyr  à  vous  principale^ 
ment  qui  eftes  vieil ,  &  auezTcx- 
perience  des  chofes  :  de  grâce 
monftrez  à  celuy  qui  erre ,  &  fuit 
les  chemins  obfcurs }  vous  iuo-c- 
rez  auoirtrouuévn  auditeur  do- 
cile &c  attentif. 

le  Vieillarà . 
Vous  dites ,  mon  fils  :,  que  vous 
auez  defir  de  voirRome^maîs  te- 
nez- vous  pour  perfuadé  que  Tay 
veu  véritablement  cefte  telle  de 
rVniuers,  mais  eftant  maintenât 
fait  plus  fage  par  Taage  ^  îc  fuis 
plus  aduifç  &:  attentif  aux  périls 
&  dangers.  Or  fuiuant  mon  ad- 
uîs  ^  ne  veiiillex  conuerferlong- 
tëps  en  ces  lieux,  car  ce  lieu  là  eft 
à  la  vérité ,  ce  que  ie  vous  diray 
plus  amplement  cy-aprcs.  Mais 
il  me  dcfplaift  grandement  que 


^  A  Z  O  T  H 

îe  vous  voy  acculer  la  longueur 
du  temps  en  {i  parfakte  lante, 
bien  que  vous  n'ayez  endure  la 
violance  d'aucune  maladie  ^ellac 
en  ccftç  fleur  d'aage.  le  fouhaittç 
donc  que  vous  eftimiez  ces  cho- 
fes  deuoir  eftre  prifées  auec  plus 
de  confideration,  car  vous  voyez 
que  i'ay  pluftoft  acquis  ces  cho- 
fes  en  moins  de  temps  y  que  ic 
n'ay  paiTé  celle  longueur  de  ma 
vie  :  il  n'eft  licite  de  pafTer  le  téps 
en  oyfiuete  ,  mais  pluftoft  foî- 
gneufement ,  &  auec  diligence^ 
s'addonner  à  la  cognpiflance  de 
pieu  &  de  fes  œuures ,  &  y  em- 
ployer les  forces  de  nos  fens  ^  car 
nous  fommps  crée  à  limage  de 
Dieu ,  à  cefte  fin  et  non  pas  à  la 
femblance  des  beftçs  ,  qui  ont 
cfte  produites  pour  noftre  vfa- 
gc.  Nos  yeux  donc  foiçnt  ou«; 


desPhilosophes.    ^ 

uerts,  &  nos  oreilles  attendues 
pour  louer  Dieu  5  fuyr  Poyfiueté;, 
&  employer  le  temps  aux  eftu- 
des.  Adolphe. 

Verîtabiement.mon  Vieillard^ 
il  me  femble  auolr  defia  com- 
pris les  choies  qui  me  font  necef- 
faires  ^  car  i'ay  acquis  la  cognoif- 
fance  de  la  langue  latine, &lano- 
tice^recueillie  de  la  dodrine  Arî- 
ftotelique.  l'appercoybien  qu'il 
n'eft  de  befoîn  de  fe  trauailler 
tant  en  ces  eftudes  principale- 
ment  quand  ie  recognois  que 
toutes  chofes  font  imparfaites  &c 
vaines^  ôcqu'ihVy  aaucunMai- 
ftre  ou  dofteur  de  l'arc ,  qui  con- 
duife  les  adions  en  telle  forte^ 
fans  fraude  Ôc  tromperie^  qu'il 
puifTc  acquérir  dextrement  la  fia 
defiree.  L'eftude  de  l'aftrono- 
înie ,  qui  deburoit  cftre  deuanc 


70  A  Z  O  T   H 

tous  autres  Arts  très -certain,  &c 
indubitable  ,  eft  du  tout  incer- 
tain y  trompeur  &:  inconftant ,  on 
fait  pareil  iugementdelaMede- 
cînc.  Quieftceluyquiconfiderc 
les  mauualfes  couttumcs  &  er- 
reurs qui  fe  glifentés  efprits  fa- 
crçzdes  Théologiens,  veu  que 
Ton  ne  doit  douter  delaSainAe 
Efcriturc,  de  fa  fermeté  &  con- 
i^ance  ,  &  neantmoins  elle  eft 
prefque  prife  en  diuers  fcns  de 
tous ,  &n'y  a  fin  aucune  des  con- 
trouerfes^par  icelle  les  vns  erpiët 
la  vie  d'autruy  ,  les  autres  tuent 
Tame ,  les  autres  pourchaiTcnt  les 
biens ,  &  n'y  a  fin  aucune  de  lar- 
cins,de  rapinesjde  debats^&  que- 
relles ,&  chacun  a  couftume  de 
lolier,  ôc  dire  ces  œuures  eftrCjOU 
de  grande  doûrînCj^  ou  de  pru- 
dence ,  ou  de  force.  Mais  encore 


DES    PhiLOSOPHPS.         Îî 

que  ieune  ^  ie  ne  puis  confentir  à 
ces  chofes,  bien  que  îeneftudie 
plus  principailen^ent  à  caufe  que 
ie  voy  que  le  vray  but  ert  de  cha- 
cun prefque  delaifTe,  &  que  ces 
îours  paffez  il  me  [ut  reproche 
par  vn  certain  Villageoîs.que  les 
plus  doftes  font  les  plus  mef- 
cbans,  S<:  les  plus  pernicieux  ;  & 
aucuns  craignent  (non  fans  raisoj 
que  les  docles  porteront  la  pei- 
ne de  cefte  chofe  par  leur  propre 
meTait  -  Et  n'y  a  raifon  aucune 
pour  laquelle  nous  nous  recirons 
de  la  vraye  &  celefte  doctrine/ 
veu  qu  elle  nous  a  efté  diuine- 
rnent  delailTée  par  le  Verbe  In- 
carné, comme  ie  Tay  cydeuant 
entendu  de  vous.  Mais  pour 
mieux  dire,  la  fagelTe  humainc& 
le  cercle  inconftant  des  dodrl- 
ms  eft  imparfait ,  pc  çroy  que 


Zt  A  Z  O  T  H 

VOUS  ferez  de  mon  opînîoncn  ce, 
LE  Vieillard. 
Il  cftbîcn  vray-femblabic,  & 
ie  nV attribue  la  cognoîfTance  de 
la  langue  latine  ^  mais  la  notice 
des  langues  eftrangeres  n'a  point 
de  lieu  propre^  ny  peculier.ôc  ne 
femblent  nçceiTaires  aucuncmét: 
comme  eft  la  langue  HcbraïquC;» 
&  Grecque;,  par  lefquelles  laçp- 
gnoiflance  de  tous  les  Arts  nous 
a  çfte  anciennement  enfeignéc;» 
&  nous  vpyons  aulTi  que  ces  lan- 
gues étrangères  font  principale  - 
ment  necelTaires  aux  maifons  des 
Princes,  à  caufedes  affaires  di- 
uers ,  &  eft  vn  excellent  don  de 
Dieu, lequel  pavoift àVexemple 
de  ceux  qui  édifioient  la  Tour  de 
BabeKentre  lefquels  y  eut  confu- 
fion  merueilleufe  des  langues ,  à 
celle  firxqu  efpars  par  tputçs  Içs 


DES  Philosophes.  i^ 
contrées  ^  &  parties  du  monde^îls 
ne  fc  peuflent  accorder.  Toutes- 
fois  ces  chofes  eftoient  tellemenc 
gouuernées  de^Dieu,treS'bon^& 
tres-grandiqu'ilsfeferulrent,  &c 
par  la  force  du  Saind  Efprit  (les 
deuots  de  tous  les  Gentils  araaf- 
fez j  cefte  Tour,  baftiment  fol,  a 
èfté  conuertîe  par  le  niinifterè 
desApoftrcs.cnTemple  dcDieu, 
faind  &:  facré ,  dans  lequel  font 
entendues  lesloiianèes  de  Dieu- 
car  la  confufion  ne  plaift  à  Dieu, 
comme  au  contraire  leDiab;e  eft 
Authéur  de  difcordes  ^  &  querel- 
les,  &DieucaTrinicé  nous  de- 
mande la  paix ,  &  la  concorde, 
mefme  de  toutes  chofes  ;  Cette 
cft  la  paiX;»apparoîlTanc  par  deffus 
tous,  enlaque'Je  le  monde  a  elle 
fait,  &  reluifent  les  Gouuerne- 
mens  des  Royaumes  en  laquelle 


î4  A   Z  O  T  tt 

lefus-Chrift  noftrc  Sauueur,  & 
fes  Difciplcs ,  nous  ont  laiiTé  vn 
exemple  qu'il  faut  imiter  auec 
foing.Lt  cerces.cesdiores  fufErôc 
de  la  cognolffauce  des  kngues 
diuerfes ,  mais  quandau  falut  des 
ames/il  n'eft  pas  ncccfTaire  d'em- 
ployer fonaage  pour  acquérir  la 
cognoiflance  des  langucs^mais  il 
eft  expédient  que  nous  enten- 
dions les  fermons  facrezdes  Pré- 
dicateurs ,  &  que  nous  lifions  les 
Efcritures  Saindes  auec  diligen- 
ce,comm.e  ilsfont^és  princîpalles 
trois  langues ,  la  langue:  naturelle 
eft  propofee  à  tous  y  de  mefme  la 
r4iilofophie  naturelle  ,  &lc  foin 
d  acquérir  des  biens  de  fortune. 
Mais  les  fages  mondains  ^  &les 
rufez  de  ce  fiecle  prennent  che- 
min diuers^non  contents  du  gou- 
uernement  ordonne   de  DieUi 


Des  Philosophes,  ij 
ccrchcnt  les  eftrangeres  &  con- 
traires: De  là  le  précieux  threfor 
du  temps  eft  diflipe  ^  &les  Ames 
en  grand  danger  de  fuccomber 
à  la  fin  du  fiecle,  que  Dieu  vifite- 
râla  dernière  Ville  de  Hierufa- 
lem,c'eftàdire,le  mondevniuer^ 
fel^  &lc  iugera.-Auffi  femblable- 
ment  paroiftront  les  trois  enne- 
mis capitaux  ^  &  principaux  y  les 
fpîrituels  comme  ils  eftoientde- 
uantlavenuëde  lefus-Chrift,  &c 
faPaflfion,  mais  à  fon  dernier  ad- 
uenement  leur  confeils  feronc 
vains  &:  ridicules  deuant  le  Tri- 
bunal de  lefus-Chrift.  Si  donc  il 
arrîue  que  ceux-là  viennent  par 
cy-apres  ;,  nous  cognoiftrons  là 
fin  du  monde  approcher  ;  car  en 
mefme  temps  lesdinerfesTeéles 
des  Pharifîens^  Sadducecs,&  Ef- 
feens  fe  Icueront  ;  fçauoir  û  les 


x6  Àz  O  T  H 

Pharîfiens  Operateurs  neftoîcn't 
pas  arrêtiez  a  la  terre ,  occupez 
aux  ceuures  externes ,  n'ayant  co- 
gnoidance  de  lEfprit  ;>  ny  delà 
venue  du  Meflîe.Lés  Sadducecns 
ne  nioîent-ils  pas  la  réfurredtion 
des  morts  ?  Les  Efleens  réplis  de 
l'Efprît  Anabaptîrte  ne  combat- 
roîcnt-ils  pas  contre  la  Sain£tc 
Trinité  ?  le  premier  bbfpherac 
contre  la  puiflance  de  Dieu  ,  le 
fécond  contre  la  mifericorde,  & 
le  troifiefme  plein  d*iniure  con- 
tre le  iiille  &  vray  Efprit  deDieu, 
Oncognoift  delà  que  les  hom- 
mes font  toufiours  contraires  à 
la  loy  de  Dieu ,  &:  bien  qu'ils  fuf- 
fent  plufieurs  en  nombre  Se  dî- 
uerfité  de  fe6les  ,  toutesfois  e- 
ftoient  nommées  les  principa- 
les y  lefquelles tafchoîent  de  nui- 
re en  la  dodrine  de  la  Sainde 

Trinité: 


Des  Philosophes         {y 

Trinité:  car  les  vns  d'Orient,  lés 
autres  d'Occident  ,  changcanc 
ieuleaienc  leurs  noms ,  multU 
plloicnc  de  iour  en  îour  en  mali- 
ce ,  &  les  lulfs  eftoient  en  petit- 
nombre,  &  y  auoit  peu  de  luifs 
qui  fulîent  addonnez  au  virây 
cuit,  lefquels  menans  vne  vie  fe- 
crettté^auec  grand  foin,  ils  fuyoient 
les  emburches  de  ce  monde*  Il 
faut  donc  efproaucr  tout  efprît  y 
mais  qu'vrl  chacun  de  nous  s'ef- 
prouue  foy-mefme  par  le  Verbe 
diuin  ,  comme  par  la  pierre  de 
touche  ;  que  fi  ainfî  eft ,  cet  Efprit: 
enefpluchant  d\n  chacun  la  con- 
fcicnce  ,  de  meurera  à  toute  cf- 
prouuéc  :  Ces  chofcs  Toîent  dîtteâ 
de  là  cognoiflTancè  des  langues  : 
&  tenez  pour  certain  que  la  con- 
fcruatlon  naturelle  ;,  iournaliere, 
&  éternelle  de  ThommepSc  fâco- 

B 


i^  A  2  o  T  il 

gtioiflance  ne  corififte    feulement 
à  la  recherche  du  corps  animal, 
(car  il  n'appartient  qu'aux    hom- 
mes d'errer  J  mais  plultortenlac- 
quifition  de  la  perfection  de  Tv- 
ne  &  l'autre  partie  ,  c'eft  a  dire ,  tant 
du  corps  que  de  Tefprit^  au  Verbe 
Diuîn,  laquelle  conferuation  fin- 
iieftîgcition  de  natute  doit  fuiure  3 
car  nous  prenons  de  Dieu  noftre 
origine,    nous    retournons  à  luy 
melme^&en  iceluy  nous  nous  ar- 
rêtons, car  le  Verbe  eft  la  feule 
règle  &  le  fceptre ,  &  la  namre  la 
règle  de  toutes  créatures ,  prépa- 
rant la  voye  pour  Thabitation  de 
î'ame  &c  du  corps ,  par  lefquelles 
chofes  on  cognoift  certainement 
lcÇ?€rc,  aymantDieu.  Ariftote  n'a 
pas  eu  vraye  cognoiffance  de  tou- 
tes ces  chofes ,  encore  qu'il  fut  de 
grande  dodtrine ,  &  excellent  par 


DES  PHI  LOSÔPHES  ïp 

deffus  tous,  cil  fubcilicé  de  raifoii 
humaine ,  car  il  eft  permis  dé  le 
voir  aucucrle  aux  chofes  de  ce 
monde.  Il  en  faut  autant  dire  de 
fes  fcdtateurs,  encore  que  leurnom 
foie  en  grande  eftime  &  authori- 
té  cnuers  plufieurs.  Or  deuanc 
toutes  cliofcs  il  faut  exadlement 
confidererle  temps,  6c  fuîure  l'c- 
ftude  de  vérité  &:  iuftice  de  tou- 
te noftre  force  5  &  implorer  Taidé 
du  Saind  E(prit ,  qui  nous  eflargill 
la  cognoitîance  des  chofes  fpirituel- 
les ,  &  virilement  prendre  garde 
que  par  les  vices  nous  ne  tom- 
bions dans  le  labyrinte  de  ce  mon- 
de mais  fuiuans  le  bien  &  équité, 
&  ne  permettans  écouler  vn  iour 
ny  heure  fans  trauailler ,  toutes 
nos  actions  conduirons  à  la  gloi- 
re du  nom  de  Dieu,  &:  au  proffic 
du  prochain. 

Bi; 


ZO  A  Z  O  T  H 

Vous  auex  fi  amplement  par- 
le de  toutes  ces  chofes^  mon  Vieil- 
lard, qu'à  peine  en  ay-je  retenu 
quelque  parcie ,  dont  ie  vous  puif- 
ferefpondre  Jevoybien  qu'il  faut 
fuîure  le  bien  en  toute  diligence 
&  foin  3  èc  n'eftîmc  pas  qu'il  foie 
bon  fe  hafter  de  rcfpondrc  à  tous 
ks  points  cnfemble,  mais  lente- 
ment:, Se  après  y  auoir  bien  fon- 

LeVieillari. 
Il  faut  apprendre  ,  mon  amy, 
les  chofcs  que  vous  confeifez 
ignorer  encore  ,  car  le  confeffc 
que  par  le  moyen  dcsfages  &  an- 
ciens ^  îe  fçay  le  chemin  facile  & 
defiré,  lequel  ne  defefpercs  pou- 
uoir  atteindre,  pourueu  que  vous 
y  apportiez  la  volonté  &  diligen- 
ce rcquife» 


DES  Philosophes         li 

Adolfhe 
Certes  i'ay  grand  defir  d'en- 
tendre de  vous  toutes  ces  cho fes, 
&c  employeray  tout  mon  eltudc 
&  labeur  pour  fatisfairc  âmondc'^ 
iir,  principalement  quand  ie  co- 
gnois  que  toutes  ces  choies  fon  v el- 
les &  honneftes. 

Le  ï^ieillarà. 
Deuant  toutes  choies  cftâcon- 
fiderer  auec  beaucoup  de  raifon 
la  noblcffe  &:excellence  des  fept  di- 
gnitez,  lefquellcs  ie  vous  mettray 
par  ordre  maintenant  ,  qui  font, 
la  fante  heureufe  ,  &  la  charge  foi- 
gneufe  du  temps  j  laquelle  ell  tri- 
ple y  maïs  cft  à  rc  jetter  le  foin  de 
la  bonne  grâce,  de  Tauthorité  ôc 
eftîmatîon  humaine  ,  comme 
auffi  de  la  force  ,  &  de  lapuiflance, 
&  des  richeflfes  ,  &  de  fa  propre 
commodité,  car   ces  quatre  fonç 


%p  A    Z    O   T   H 

dons  defquels  ont  accouftume 
les  hommes  d'abufer  ,  fans  y  pren- 
dre garde.  Q.ie  fi  Dieu  tres-puif- 
fanr,  &  trcs-grand^,  ne  nous  vîfi- 
toit  à  caufe  d  iceux  dons  par  af- 
flidlions  &:  tentacîons,  ôe  qu'el- 
ques  fois  par  mort  foudaîne ,  auf- 
fi  ne  pâtientoît  (  comme  par  ma- 
nière de  dire  )  de  chaftlcr  leshu-- 
îiîaîns  (  car  deuant  luy  il  n'y  à  point 
çfgard  des  perfonnes,  confîdera- 
tion  de  dignité,  ariftarque  refpric 
de  l'homme ,  ignore  ce  qui  eft  ,  & 
le  fait  foir  &  matin  )  nous  paruien- 
drons  facilement  à  la  contem- 
plation Se  çognoiffance  de  ces 
biens.  Mais  vn  chacun  de  nous  a 
auiTi  foin,  après  le  falut  del'ame, 
de  i'eterneî  &  pe^-petuelle  fan- 
té,  de  la  paix  durable  ,  de  Tangelî- 
que  beauté  ,  de  la  force  &  celefte 
fâpîence  ^  &  d€§  direfors   de   la 


DES    Philosophes        z$ 
j  gloire  ,    lefquelles    cliofcs    nous 
lonc  proQVires,.&  en  attendons  le 
fruiâ:  &  cotnmanication  par  no- 
ftre    Sauiicur    lefus-Chrlft ,  mais 
non  pas  en  ce  corps  corrompu  & 
galti.  Si  nous  perfeuerons  iufqucs 
à  la  fin  de  cheminer  en  fes  voyes 
&   eafeigacmens  ,    &  îufques  à 
l'arche    vraye    de    confideration. 
Car  qui  obeyra  à  la  volonté    Dî- 
uinc ,    defcouuerte  &  demonftrée 
au  Uure  de  vie ,  fon  nom  ne  fera 
efface  de  ce  liure  de  vie ,  car  nous 
fommes    tous    appeliez.    Encore 
que     véritablement    îe    deburoîs 
dire  quelque  chofc   de  la  gloire 
de  ce  monde,  laquelle  eft  vraye, 
toutes  fois    eft  nulle  ,    &  du    tout 
morte ,  comparée  à  la  gloire  cele- 
fte,  encore  qu  elle  foit  vn  threfor 

trcs-precieux  ,    car  îe  la  recognois 

Bt  ••  • 
UIJ 


14-  A  Z  O  T  H. 

telle  y  finon  qu'elle  eft  caduque  & 
vaine, non  pas  perpétuelle  &  im- 
morcelle comme  la  gloire  celc- 
ftc,  lefus-Chrift.    Or  heureux  & 
vrayemcnt  heureux  ceux ,  refprît 
defquels  Dieu  illumine  par  les  af- 
fliârons,  Ôc  les  conduit  iufques  là 
où  il  femblc  que  les  chofes  tem- 
porelles   n'ont   point    d^efEcace, 
car  alors  le  débat  fpirituel,  la  lut- 
te &  les  armes ,  paroiflbient  à  ceux 
quienvfent:  Maisic  fuis  d'accord 
que  ceftc  force  defpçnd  du  feul 
Verbe  de  Dieu,  &  eft  concédée 
aux  hommes  à  Tarticle  de  la  mort, 
mais  non  pas  à  cous  :  de  la  aulli 
prenans     les     chofes   au    rebours 
qu'elles  ne  font ,  &  falfanc  peu  de 
conte  de  la  vie  celefte ,  nous  me- 
nons vne  vie  du   tout  pyfeufe  &c 
voluptueufe  j  eftimans   que    nous 
muons  qu'à  combatte  la  natu- 


DES  Philosophes.  s^y 
re, bien  qu'il  en  aille  autrennenc, 
d'od  vient  la  fcuerité  en  toute  la 
vie  de  l'homme  ,  qqi  fait  office  de 
tyrai.  Ds  là  eft  euldent  que  Tef- 
prit  de  l'homme  eft  aflujetty  aux 
pafTions  &c  tourmens ,  auiîi  comme 
leTprit  a  le  premier  pechc  ,  il  a 
confommé  les  péchez  en  fécond 
lieu  par  fon  corps.  En  la  mefme 
façon  le  chagrin  perp  etuele  &  Taf- 
flidion  précèdent  la  mort ,  &  la 
fait  paroiftre  à  l'homme  plus  hor- 
rible que  toutes  les  chofes,  ôc 
principalement  à  ceux  qui  ont 
mené  vne  vie  fale  ,  vilaine ^  &  des- 
honneftc,  alofsle  remords  de  con- 
fciencetrauerfe  les  âmes  des  hom- 
mes de  mille  tentations.  Pleuft  à 
Dieu  que  nous  congneuflions 
vrayement  la  gloire  diceluy  au 
tcm.ps  de  la  grâce  offerte  ,  &  que  la 
peuflions  comprendre  des  yeux^ 


%i  A  Z  O  T  H. 

&  des  oreilles,  comme  conllîtueTS 
au  précèdent,  &:  a  Taducnir  ,  par 
fon  verbe ,  dans  le  quel  font  cachez 
les  threfors  celeftes  &  éternels ,  hç 
qui  demeurent  après  la  fin  S^de-- 
folation  de  toutes  chofes ,  bien 
que  toutes  chofes  foient  remplies 
de  la  Majefte  Diuine,  &  que  d*i- 
celle  toutes  les  créatures  &  œu- 
ures  de  fes  mains  portent  témoi- 
gnage au  Ciel ,  foubs  le  Ciel ,  en 
terre  ,  &:  fous  la  terre.  Car  en  tou- 
tes ces  chofes  ,  il  eftoît  Toifible  de 
contempler  Dieu  fouuerain^  &:  mai- 
lire  en  la  puitTance  de  fa  vertu  ,  & 
en  fa  borné  :  Que  fi  nous  confidc- 
rons  cela  auec  dilicrence,  nous 
trouucrons  qu'il  nous  conuient 
contempler  les  çrrands  threfors 
de  la  fageiTe,  affin  que  outre  la 
cognoilTance  de  Ion  verbe  ,  trem- 
blons deuant  fa  face  >  à  caufc  de 


I 


DES  Philosophes.  27 
iltiibcciricé  de  noftre  eTprit,  nous 
puilîions  acquérir  iceux  threfors 
(  qu'à  grand  peine  pouuions  nous 
jamais  efpererj  quand  nous  confi- 
dcrons  Dieu  très  grande:  tresbon, 
auoir  crcc toutes chofes  par  ordre, 
bon,  &  décent  en  noftre  confidera- 
tion.Carl  homme  cocemple  vraye- 
ment  Dieu  en  Erprit,&  peut  fe  ref- 
ioiir  en  iceluy^quand  il  fçaît  qu'il  eft 
en  Efprit  l'Image  de  D!eu,  & 
flu'il  veut  conduire  les  actions  de 
fa  vie  félon  laloy  de  lelus-Chrift, 
premder  Adam^,  &  precmTeur  des 
actions  ,  à  Pvtilite  du  prochain. 
Or  en  la  vie  future  &  parfaîdle , 
nous  aurons  cpgnoiffance  entie» 
re  de  la  gloire  diuine,  fans  aucun 
trauail  &c  peine  nous  appren- 
drons ce  que  en  ceftc  vie  nous- 
fommes  contrain£ts  de  deuorer: 
en  cefte  vie  là,  Vhonncur  &   la 


tS  AzOTH 

gloire  du  nom  de  Dieu  fera  par- 
iaidt ,  &c  demeurera  à  perpétuité, 
car  nousauons  apperçeu  fa  miferi- 
corde  rcnouueler  tous  les  iours, 
&  fa  gloire  ne  pourroit  eftre  af- 
fez  cliantée  p^r  la  voix  des  Anges , 
êc  ne  pouuons  nous  autre  liom- 
mes  aiïez  diligemment  rechercher 
êc  loiier  les  diuins  myfteres,  fi  le 
Saind:  Efpritnenousaflfifte.  Or  les 
melchans  qui  ne  regardent  qu'à 
leur  profit  particulier  ,  ont  touf- 
jours  deuant  les  yeux  l'afflidion 
perpétuelle  de  ce  feu  éternel  ;  la 
faim  &  la  foif  les  accompagne^  la 
vifion  des  Diables ,  la  froideur  & 
chaleur  intolérable  qui  mefmc 
affligent  &:  tourmentent  les  Dé- 
mons ,  encore  qu'ils  ne  puiffent 
fentir  les  palTions  élémentaires 
mais  feulement  fentiront  les  peî- 
îles  éternelles  &:  fpiritue  les  ^  def- 


Desphilosophes  ip 
quelles  chofcs  nous  ne  pouuons 
rien  dite  de  certain,  finon  ce  que 
nous  auons  efpuifé  dans  les  my- 
ftcresdu  Verbe  Diuin.  Auflî  que 
nous  deuons  confiderer  &c  exami- 
ner leternite ,  6c  la  durée  du  temps, 
qui  fera  à  iamals,  &  prier  Dieu 
tous  les  iours ,  &  à  tous  momens , 
alEn  qu'il  nous  deliure  de  |^ennc- 
my  y  qui  tafchc  de  nous  opprimer 
par  infinies  tentations  &  maux, 
en  toutes  nos  voyes  ôc  fentîers 
comme  aufli  les  autres  créatures 
&c  leselemens ,  les  corps  celelles  &c 
les  efprits  qui  s'efforcent  de  nous 
nuire ,  fi  Dieu  en  cefte  partie  ne 
nous  aydoît.  Oc  fur  toutes  chofes 
eft  necetfalre  la  prière  feruentc, 
par  laqu  elle  nous  demandions  l'ai- 
de &fecours  du  Saind  Efprit,  af^ 
fin  qu'aydez  de  fa  grâce  ,  nous 
entendions    &c    apprenions    fans 


/©  Â  Z  O  T  H 

relafche  la  parole  de  Dieu,  paria- 
quelle  parole  nous  auons  con- 
fiance en  Dieu,  qiii  eftla  règle  & 
la  pierre  de  touche  de  noftre  vîe^ 
quand  luy  mefme  dit  ;  faites  cela  , 
&c  vous  viurez.  Et  en  autre  iieu^ 
qui  a  pcchc  fatle  pénitence,  &nc 
pèche  plus?  car  il  ne  fe  ref-jouyrt 
pas  de  la  mort  du  pécheur,  maïs 
veut  (a  conuerfîon,  &  quil  vîue. 
Mais  pour  ce  qui  touche  la  co- 
gnoiffance  de  noftre  chair,  ils  en- 
bleroit  de  prime  face  qu'il  n'y  a 
aucune  puiifance  celefte,  la  colè- 
re de  laquelle,  &c  Ces  peines,  fe- 
roîent  à  craindre ,  quand  nous  ne 
pouuoDs  voir  de  nos  yeux,  &c  en- 
tendre autre  chofc,  flnon  chofc.^ 
caducques,  mortelles,  &  terre- 
ftres,  &  non  pas  la  volonté  Diul-- 
ne.  Mais  les  chofes  font  bien  au- 
trement, car  nous  auons  Moyfc^, 


tJEs  Philosophes.  5/ 
&  les  Prophètes,  &c  la  voix  qui 
crie  aa  delert,  qui  annoncent  la 
parole  de  Dieu^  Ôc  fa  volonté^  &c 
préparent  la  voye  ,  de  laquelle 
nous*  foyons  cftimez  dignes  en 
ce  grand  lour  de  noftre  mort,  Se 
vniuerfel  iugement  5  quand  tou- 
tes les  allions  des  hommes  feront 
examinez  félon  la  reigîe  du  liurc 
de  vie ,  &  !e  tefmoignag;e  de  l'ef- 
prit,  &c  la  fentence  fera  donnée 
contre  toute  chair  viuanre ,  car  à 
lors  les  Infidèles  verront  celuy,  du- 
quel Ils  ont  perce  le  collé,  quand 
ils  ne  lont  voulu  vo^r  inuliiblc^ 
ment  en  efpric,  &  par  foy,  s'ils 
n  ont  mis  les  doigts  aux  playesa 
.  luy  faites  par  !es  Lufs ,  confideranc 
^pluftoll:  les  chofes  qui  conuiea- 
nentà  la  nature  de<:e  monde,  que 
celles  qui  font  attribuées  au  Roy 
Celcfte 


jt  A  Z  O  t  H 

Adolphe. 
il  me  fembioit  certainement 
entendre  la  predicatlôh  de  quel- 
que pafteur ,  bien  que  ie  ne  puis 
nier  que  ces  chofes  fpirituelles 
me  font  à  charge,  &  quil  n'eft 
pas  permis  ordonner  les  actions 
de  ma  vie  félon  celle  reigle,  mais 
paraduenture  &  aucunes -fois  on 
fe  plaift  d'auoir  appris  ôc  parfaiéfe 
ces  chofes.  Cependant  toutesfoîs 
îe  m*esforceray  faire  toutes  ces 
chofes  diligemment ,  &  autant 
quil  me  fera  poflible,  &  que  les 
forces  de  noftre  imbecilite  hu- 
maine le  permettront^  &  d'autant 
que  vous  auez  fait  mention  du 
threfor  de  ce  monde  i  ay  grand 
defir  de  fçauoir  de  vous  qui  cft 
ce  threfor  m-ondain  jcar  il  me  fen- 
ble  f  auoir  il  y  à  Tong- temps  con- 
gneu,  &  qu'il  n*y  en  ait  autre  quei 

les 


DÈS  Philosophes.  Jj 
lesbiensôcricheflesde  ce  mon- 
de ,  que  s'il  y  en  à  vn  autre  con- 
traire a  mon  opinion  ie  fouliaî-- 
te  grandement  en  fçauoir  dcvous 
la  defcription  &  entière  cognoif- 
fance. 

Le  V^ieilUrâ. 
Sçauoîr  fi  i  eftime  que  tu  de- 
flre  la  cognoiiTance  entière  de 
Ce  ;  quand  tout  le  monde  bruflc 
•  de  le  fçauoir;  Mais  ayes  cela  pour 
aiTeuré,  que  ce  trefor  eft  l'éflence 
fpirituelle  &  plaine  de  vertu  non! 
feulement  abondante  en  richcf- 
fes  mais  aufli  en  fience  de  méde- 
cine; &certesd  vn  telbreuuage 
médicinal ,  par  lequel  les  hom- 
mes font  deliurez  de  maladies  in- 
fuportables  par  la  faueur  &  grâ- 
ce diuine  ;  Aufquelles  maladies 
mefmc  vn   autre  médecin    ne 
peut  donner  foulagement.  Or  ce 


a 


3^  A  2   O  T  Ht 

myftere  furpafle  de  beaucoup 
toute  l'excellence  de  l'or  &  de 
rargcntj&efguillonnela  raifon 
humame^&  elt  plein  de  myltcres 
qui  femblent  aux  autres  incroya- 
bles :  de  toutes  ces  chofes  vous 
pouuez  lire  lareuelatiôHermetî- 
que  deTheofrafte/ie  ne  vo^vcux 
pas  dire  maintenant  quel  il  cft^ 
car  ce  miftere  eft  vn  fecret  caché 
dés  le  commencement  du  mon- 
de, iufques  icy  >  &  eft  telle  la  vo- 
lonté de  Dieu,  &  ne  vous  reuo- 
Icr^y  plus  amplement  ce  fceau 
de  Nature,  à  la  façon  des  anciens 
Philofophes  ;  &:  Tes  fecrets  font 
afTczappertemcnt  &:  au  longdc-^  | 
clarez  par  les  authcurs,  mais  par 
prouidcnce  diuine  il  a  cfté  con-  .^ 
cédé  que  ce  myftere  foit  rcucle  I 
aux  pieux  &  deuots  fedtateurs  de 
ceft  arc ,  car  des  le  commence- 


DES  Philosophes      ^/ 
ment  il  cognolft  toutes  les  cho-^ 
fes  futures  ,  &c  telle  eft  la  prouU 
déce  diuine  ,  aux  pieds  de  laqueU 
le  les  hommes  doiuent  ietter  les 
faifleaux  d'oro;ueiK 
Adol^hco 
Encore  que  vous  vous  fôyèi 
efforce  iufques  îcy  de  cacher  cc^ 
choies  par  vne  couuerture  pur$ 
fpirituelle,  toute-fois  cognoiflez 
êcentédezinaintenât  ce  que  vous 
voulez  inférer  de  là,  car  ce  mifté- 
re  etVla  vérité  &  la  pierre  des 
Philofophes  mentionnée  en léiirs 
efcrits,  compofée  de  la  première 
matieretfçauoir  eft^deSel^Sôufre 
&  Mercure.  Tous  les  liures  font 
mention  de  cefte  pierre  Philofo- 
phique  &c  tous  les  iours  ont  efté 
mis  en  lumière  plufieurs  écrits  ^5e: 
mefmes  ay  cogneu  quelques  vns 
dui  addonnez  à  ceft  art ,  &  m'^tt 

Ci) 


se  A20TH. 

ont  confcré,&:ont  accouftumé  de 
môftrcr  des  efcrits,  lefqucls  moy 
mcfmeay  changez  en  quelques 
lieux.  Et  encore  qu'à  la  vérité  ils 
foient  roigneufenient&artificîel . 
lement  trauailiez  y  toutefois  font 
corrôpus^&malicieufemét  chan- 
gez d'iceux  Délàllmprimeur  &: 
le  vulgaire,  i^rnorant,  le  font  tro- 
pez&  le  guain  eft  pour  et  feul 
rapetâceur ,  d'où  le  rccognoîs  vn 
grand  fcandale.  Outre  ces  chofes 
BOUS  ne  voyons  d  aucuns  la  fin  &c 
Veffctt  de  l'arc.  Et  les  artillcs  font 
femblables  au  rare  &  noir  Cîgne, 
qui  ont  trouué  fon  vray  vlage, 
aujGfj  qu*à  plufieursés  efcolesles 
préceptes  de  l'art  fonttenuspour 
fable^ôc  fornettes:»  ce  que  i'ay  en- 
tendu des  plus  docleS;»  qui  difpu- 
tzi  auec  les  artiftes,  les  ont  appel- 
iez rapperaifeurs,  impofteurs ,  &c 
raipudens^  à  caufe  du  peu  de  cer- 


Des  Philosophes  5/ 
ticude  &de  côllance  qu  ils  ont  en 
leur  art,  &c  iamais  ie  ne  croîray 
que  CCS  excradteurs  de  lart  puif- 
fent  produire  de  l'or  &c  de  l'argéc 
des  autres  métaux  inférieurs^  ou 
bié  ie  penfe  qu  ils  les  font»  ou  par 
la  vertu  diuine,  ou  par  enchantc- 
mens ,  ou  par  le  myftere  des  dé- 
mons ,  principalem.cnt  quad  i'ay 
entendu  que  plufieurs  eftoient 
foupçonnez,  nô  fans  caufe,  auoîr 
familiarité  auec  les  démons. Mais 
ie  defîre  entendre  devons  (  home 
vénérable  ;  plus  foîgneufement,a 
caufe  que  ievoy  quevQUs  en  aues 
la  certitude  jbîé  quevous  refufiez 
de  me reueler  les  mifteres  orînci- 
paux  de  l'art  :  Mais  ordonnez  de 
cet  art ,  &  donnez  plus  faîn  iugc- 
ment  de  la  transformation  des  fc- 
crcts  de  nature ,  fç^uoîr  fi  ce  don 
cft  concédé  aux  hommes  de 
Piçu^  trcs-hon^&  très  grand;  c^x 


X 


jSi  Â  Z  O  T  H 

quand  l'y  penfe  ;  ie  luis  grande 
Rient  eftonné  quand  principal- 
lenientil  me  fouuient  auolr  leu 
quelques  chofes  fur  ce  fubie6t,& 
mç  fcmbloit  moins  pouuoir  en- 
tendre leur  fens,  &  que  les  trom- 
peurs de  l'art  ont  acoutlumé  dV- 
fer  de  manière  de  parler, caché  <Sc 
différant  des  autres ,  de  là  procè- 
dent les  defpences  yaines  de  taiiL 
d'anées^de  fraîs&  de  labeurs  îm- 
mefes,  qu'il  n'eft  loifible  de  crie 
que  Tefperance  eftdutoutdou- 
teufç  incertaine  &  tfompeufo 
qui  nourrit  les  enfans  de  Tarr, 
prîncipallement  quand  le  vray 
çffedtdeceftartiVellveu  en  au-- 
cane  part.  Le  Vieillard, 

Mais,  ô  amy  ,  îe  vous  monftre- 
ray  ia  fin  &  le  vray  effed  de  cell^ 
art.affin  que  vous  fçachiez  la  cer- 
titude d'iceluy,  &  que  ie  la  polTe- 
^c  Yrayement,  mais  que  cela  faiç 


DES  Philosophes.  5^ 
ék  de  lapierre^&vous  perfuadez 
que  i  ay  vrayccognoillancc  de  la 
racine  de  cell  arbre  ^  enfemblc 
auec  les  chofes  neceiTaires  à  ccft 
çftude, laquelle  racine  toutesfoîs 
eft  încogneuë  de  tous  les  autres, 
&  du  vulgaire. Ne  vous  laflez  pas 
quand  vous  verrez  que  ic  feray 
plus  long  que  de  couftumc  quâd 
ie  difputeray  de  ces  chofes:car  la 
raifon  de  ceft  art  le  requîert,&le§ 
chofes  principalles  prcnaicrcs  & 
excellentes  doiuent  procéder  en 
après  les  terreftres.  Or  îe  repon- 
dray  cy  après  auec  plus  de  lon- 
gueur &c  auec  queftions  que  vous 
m'auez  propofées  demonllreray 
éuidemment  auolr  dit  chofes 
vrayes.  Aàol^he. 

le  defireroîs  dcuât  toutes  cho- 
fes fçauoir  l'a  raifo  pour  laquelle 
nous  nç  cosîioiffons  aucuns  ar -^ 


4P  A  Z  O  T  H. 

tiftcs  qui  ait  acquis  la  perfection, 
&:fçacheexaâ:cmcntjatranfmu-  ! 
cation  des  métaux  ^  au  contraire 
cet  an  eftmefprire  des  plusdo- 
â:es,  qui  toutefois  àbon  droit  eri 
deburoient  îiuoîr  l'entière  co- 
gnotfîancc  ,  quand  principalle- 
ment  iln'eft  fans  frui£t  &  vtilité,  | 
bien  que  le  n  aye  entëdu  y  ny  veu 
enaucuniieu,  aucun  qui  ait  ac- 
quis par  ce  moyé  les  richeffes  de 
Crefus.  Et  encores  veu  que  vous 
vous  attribuez  la  cognoilTace  de 
cet  art  ^  vous  eftes  pauuremët  vc- 
ftuenHermite!  Maisfii'auois  la 
cognoiflance  de  la  procédure  de 
cet  art  excellentôc  porte  richefle, 
ramafferois  de  grands  trefors,  &- 
les  rîchcires  du  monde,  &  achep- 
terois  des  eftats  &  dignîtezfigra- 
ocs.que  les  pluspuiiTans  Roysda 
monde  s  en  efpouaantercisnt,  èc 


DE3  Philosophes,     ^r 
en  auroient  enuîe,  car  les  artîftes 
faux  en  promettéc  de  mcfme  aux 
autres, tputesfois  ic  délire  enten- 
dre voftre  opinion  de  ces  chofcs. 
Le  y  leiliarà. 
Il  femble  que  voftre  opînio  foît 
fcmblable  à  celle  duvulo-aîrede 
ce  monde ,  &  de  tous  les  fols  qui 
cherchée  auec  foin  les  trefors  des 
rîcheffes  corruptibles, 6c  les  alle- 
chemens  des  volupter,  rintentio 
des  philofophes  &  leur  aduis  eft 
blé  aucre^car  ceux  ne  font  dignes 
du  no  de  philofophes,  qui  cour  et 
après  telles  folies,  mais  ceux  qui 
s'adonnent  foigneufemét  à  la  co- 
gnolifance  entière  des  myftercs 
diuins ,  &  employent  leur  eftude 
&  labeur  au  feruice  de  Dieu,  très 
bon  &  tres-grandj  chaflans  d'eux 
la  vanterie,  l'ambition ,  ôcle  foin 
d'amaffer  dcsrichcfles  tcrreftres, 
encore  que  neceffaircs ,  &  que 


4-  A  Z  O  T  H 

Dieu  nous  les  eflargiffe  mîfcrî^ 
cordleufcmcntpour  cette  vie, les 
çftudesdccefecret  font  bien  au- 
tres, Pintentlon  eftbien  différen- 
te qui  s'occupe  en  la  feule  acqui- 
fitîoa  laborieufe  de  l'argent  & 
rîchefTes,  &  au  fuperbe  faftdes 
dîgnitez  en  haine  defquels  les 
Pliilofophes  ont  de  couftume 
voiler  ces  myfteres  de  Tare ,  de 
peur  d*encourir  la  violacé, &:op- 
preffion  de  la  famille  de  Nem- 
broc.  Et  ett  mefme  raifon  pour- 
quoy  ces  fecrets  font  cachez  iccs 
bafteleurs,  &  joueurs  de  paiTe- 
palTe ,  car  ils'enfuiuroit  en  la  pu-, 
blicarion  de  ce  myfterç  vne  gra- 
de confufion  &  trouble  de  cha- 
que ordre  de  ce  monde,  veu  quq^ 
toutesfois  la  dillUiitioa  des  or- 
dres a  efte  eftablie  de  Dieu  ^  & 
qu'elle  foiç  çrcs-necçlTairc  pour 


D  ES  PHILOSOPHES,       -^| 

entretenir  les  hommes  en  paix 
(?s:concorc}e:carDieutres-bon& 
cres -grand  a  tellement  efpars  cç- 
rtc  dillin£tion  d  ordres  &c  degrez 
entre  les  humains,  que  les  vns 
ferulroientaux  autreSj&les  çon- 
ferueroit  en  paix  iufques  à  ce 
qu'ils  fuflent  conjoints  les  vns 
des  autres ,  tout  ainfi  que  le  Phi- 
lolophe  Artiile  fepare  Tvn  de- 
î'autre  ;  Tame.le  corps, &  rcfprît, 
&les  conjoints  femblablemenc. 
Or  cefte  diuinc  fepatîon  de 
Dieu trcS'bon& très-grand,  ne 
doit  eftrc  faite  d'aucun  y  s  il  n  a  le 
commandement  du  Verbe  de 
Dieu, de  reprimer  les  mefchants, 
pource  que  feul  il  eft  rvniqueve- 
rité&  iutVice  ,  &:  ce  qui  eft  hors 
cela  j  ce  n  eft  que  blafpheme  &ç 
abomination  deuant  Dieu.  Car 
de  li  le  Magiftrat  qui  çicnt  la  pla- 


44  A  Z  O  T  H 

çcdcDieu^a  pris  entière  puîffan^ 
ce  diuîne^  aufli  fera  !a  punidon& 
vengeance  de  la  loy  contre  celuy 
qui  refpand  le  fang  humain  con- 
tre ce  precepte^carDîeu  n'accep- 
te perfonne.  Or  ceftc  feparatîon 
diuîne  eft  aucc  diligéce  confide- 
rable^ôc  en  grande  cftîmc.  Mais 
îl  femble  que  ces  chofes  foîent 
dittes  hors  de  propos^qui  toutes- 
fois  apportent  grand  profEt  & 
ytilité  au  genre  humain,  &  pouir 
çefte  caufe  il  m*a  femble  bon  Tad- 
joufter,  &  a  la  vérité  au  liurcd  E- 
sechiel  le  Prophète,  il  eftfaiét 
mention  de  quatre  vêts, qui  fouf- 
flerentles  os  morts  y  qui  cftoîent 
enuironncz  de  chair  par  iceluy,&; 
làmefmceftparlédel'efprit,  qui 
a  détenu  ces  ofTemençs,  meCmc- 
mentde  la  diflipation  &  retour 
des  vents.  Nous  voyons  aufîi  en 


DES  Philosophes  4| 
Tagonie  de  la  mort  toutes  les 
parties  des  hommes  cftrc  fepa- 
reeslVridc  l'autre,  car  alors  les 
quatre  elèmens  J'efprît^&l'Ame^ 
lefquels  font  manîfeftez  du  nom 
d'etprlt ,  font  de  {partis ,  &  fc  fe- 
parent  Tvn  de  Tautre  :  En  leur 
lieu ,  Teau  &  la  terre  élémentai- 
re font  conjoinrs  y  &c  vn  autre  ait 
aufïî  &  feujfont  crpaiffisX'e'fprÎE 
aftral  de  la  vie,  l'homme  interné 
&  inuifible,  retourne  au  Ciel, 
&  eft  efleué  fur  les  éléments,  Ta- 
me  va  aufeîn  d  Abraham,  fui- 
uant  les  promefles  de  Dieu,  & 
repofe  fur  Tautel ,  iufques  a  la 
confommation  du  monde  ,  ôc 
que  toutes  chofes  foient  ac- 
complies. Nous  voyons  aufïî 
comme  la  terre  nous  four- 
nît de  viandes  iournalieresy 
dans  lefquelies    eft  caché    cet 


^6  A  Z   O  T  H 

efprît  des  Elcmcns ,  comme  la 
nourriture,  &  aufli  celell:c  eflen- 
ce  y  en  pareille  raiton  nous  auons 
aufli  la  nourriture  de  Teau  êc  du 
feU:»  par  lequel  nous  conferucros 
le  tempérament  du  corps  terre- 
lire,  lequel  contiét  le  feu  &  Veau 
fpirituelle,  pour  reforcer  Tefpric 
intérieur.  Car  comme  la  terre  a 
ces  deux  cliofes  en  foy ,  pareille- 
ment le  Ciel ,  qui  elîdit  quinte 
eiïencc,  car  il  eftbien  plus  noble 
que  les  elemens ,  &c  eft  la  viande 
de  refprit  ;  comme  le  Verbe  de 
DJeueit  la  nourriture  desames^ 
&  eft  fait  corps ,  afEn  de  dôner  la 
béatitude  celefte  au  corps ,  àl'a- 
me  ,  &c  à  Vefprit  y  encore  qu'il  ne 
foit  viande  &  nourriture  corpo- 
relle ,  mais  le  lien  &  fceau  de  la 
promefle,  &  du  liure  de  la  vie,ca 
tefnioignage  de  la  vérité ,  à  caufiS 


DES  Philosophes,  ^f 
de  noftre  foy  petite ,  &  de  la  co- 
gnoifTancc  foible  de  la  diuinitc, 
tant  Dieu  siyme  grandement  les 
chofes  naturelles  &  rpirituelles, 
&  veut  que  toute  fa  créature  foit 
en  riiomme ,  &  en  la  conjonftio 
dcIefus-Chrift^par  lequel  les  pe* 
chez  font  pardonnez.  Car  com- 
me le  Verbe  diuin  eft  le  principe 
de  toutes  chofes  ,  pareillement 
aufli  eft  le  ptincipe  de  l'image  de 
Dieu.car  pour  cfcouter  le  Verbe 
de  Dieu:  de  cette  fleur  du  Sain^t 
Efprit  commence  la  foy.de  la  fc- 
mence  de  cette  fleur  naift  vn  ar- 
bre des  bonnes  œuures,  encore 
que  les  bonnes  ceuures,  ne  méri- 
tent le  falut  éternel  ^  mais  la  foy 
au  verbe  de  Dieu, ce  que  nousdi- 
fonsimpoffible.  Enfemblé  cftrc 
foldeuanc  noftre  face,  ce  verbe 
eft  vn  amour  magnétique  parle- 


48  A  z  OT  H 

quel  il  nous  attire  àluy  aucc  les 
bons  ôc  ne  peut  cftre  fepare  de 
perfone^nY  a  pareil  amour  Aftral 
magnétique,  ôcla  nature  tcrre- 
ftre  l  efquelles  chofes  on  doit  c6- 
fiderer  auec  la  balance  tres-exa- 
étementjcomme  eft  grandement 
à  confiderer  en  la  cognoiflance 
de  nature ,  ce  que  l'homme  inté- 
rieur fait  en  la  nature,  lequel  ho- 
me interleur  eft  inuifible  &c  celé- 
ftè,  mais  Pam,c  eft  fupei;naturcllc 
éc  fuperceiefte^^defquêlles  chofes 
nous  ne  fçauons  rien  que  ce  qui 
nous  aeftereuelédc  Dieu.  Or  la 
nature  propofe  les  efprits  natu- 
rels ,  encore  qu'ils  foient  grands, 
&  ont  !e  foind^vne  confideratioa 
fecrecre,  &  l'homme  corporel  ne 
peut  entendre  les  chofes  fpiri- 
tucîles  fii'efprlt  de  vérité  ne  luy 
ércoit  releué  par  le  Roy  des  ef- 
prits^ 


DES  PHltOSO^HES.       4p: 

prîts ,  &  le  Saind:  Efprît,  par  icc- 
îuy  tous  les  arts ,  la  fapicnce  èc  la 
fcîencc  font  examincz^ceft  cfprit 
excite  aux  Chreftîens  vn  feu  fu- 
percelertiel  d  amour^  &c  vnefprîc 
magnétique  de  fapience,  Se  nous 
enflamme  &c  nous  laue  de  pure 
eauë,  &t  nous  rend  nets,  afEn  que 
nous  fafïîons  pénitence  pour  nos 
péchez,  Se  que  ne  mourions  tous 
les  iours  en  noz  offences  /  d  ou 
vient  le  récit  fréquent  de  l'eauë 
&  du  feu.du  fang  Se  dé  Tcfprit  dé 
Teauë ,  qui  eft  celuy  qui  donné  la 
vie ,  car  noftre  péché  eft  de  cou- 
leur fanguine ,  Se  la  recompcnfe 
du  péché  la  mort  noire ,  la  croix 
&  Tafflidion ,  mais  des  deuots  Se 
pieux  la  robe  blanche  Se  là  cou- 
ronne de  gloire.  Ceschofesam- 
plément  dictes  fuffifcnt  maîrite- 
mnt  :  vénôiis  à  rexplication  des 

0 


fO  A  Z  O  T  H 

(^ucftions  de  vous  propofees^ 
lefc|uellcs  ievousdkay  par  ordre, 
&c  nionftreray  ia  certitude  de 
cell:  art  par  la  chcfemcine , en 
telle  forte  que  vous  n'en  pouicz 
douter.  Or  quand  à  ce  qui  ap- 
parcient  à  l'autre  objet  par  le- 
quel vous  tenez  que  plufîeurs 
dodles  ont  vne  cognoiiïance  fore 
petite  de  ceft  art,  fcachez  que 
ceft  la  volonté  de  Dieu^,  &  que 
cela  eft  faiâ:  pour  quelque  cofifi- 
deraiioa  &  certain  profEt ,  car 
Dieu  leprouue  toute  fuperbe  & 
anabîtîon  &  donne  ce  trefor  aux 
humbles  &  panures  &  non  pas 
aux  grands  Se  aux  cnfans  de  ce 
monde  ^  lequel  trefor  Thommc 
doit  mettre  à  charge  félon  la  loy 
du  Seigneur  pour  fon  honneur 
êc  gloire,  &  pour  foulagcr  les 
panures^  de  peur  que  plains  d*©i- 


DES  Philosoi^hes.      fi 
fiuecé  ne  delaliïlons  lacbarge  de 
noilrevie.mais  que  nous  fallions 
les  œuures  de  rïoftre  vocatiort 
fuyuant  la  volonté  de  Dieu.  Que 
ifi  ce  trcfor  fe  donnok  a  tous; 
1  qu  elle  confufion  (  îe  vous  prie) 
iferoît  ce  entre  les  mortels  :  Et 
1  ne  voy  pas  par  quelle  raifon  fe 
lipouroit  verifierle  dire  de  Sirac: 
ilMon  fils ,  (î  tu  veux  plaire  &  fer- 
luir  à  Dieu  préparé  toy  au  iour  de 
^  Tafflidion  ?  ce  qui  eft  dit  vérita- 
blement de  la  pauureté^  diferte 
&  imbecilité  humaine  y  comme 
vous  pourez  facilemét  conîeâru- 
rer  de  vous  mefme  ,  &  n'eft  auffi 
baillé  aux  hommes  dVfer  de  ce 
threfor  comme  bô  leur  femble, 
car  la  nature  de  lliomme  eft  ma- 
litieufe  &  deprauée.  Or  ne  reuC" 
lez  ce  fecret  à  perfonnc  y&:  ne  le 
dôncz  a  Vame  tuperbe  auarîcièa- 

£>  i)     ^ 


ji  A  z  o  t  ri 

fe  &  ambitieufe  ,  car  c'eft  l'huit- 
neur  &c  la  feule  gloire  de  Dieu, 
maïs  fais  ainfijfi  la  fortune  te  fa- 
uorifc^garde-toy  de  t*enorgueîl- 
lir^  û  elle  tourne  garde-toy  dé 
fuccomber^  car  Dieu  eft  Tarbitrë 
de  Tvne  ôc  Tautre  fortune ,  &  les 
modère  comme  il  luy  plaift  ^  & 
n  etl  moindre  vertu  deuâc  la  fcî- 
ence  acquife  y  la  rechercher  auec 
foin  que  la  tenir  fecrcttc  quand 
on  la  fçait ,  car  fi  vous  Tauiez  re- 
uelee  autrement  qu'il  n'eft  per- 
mis y  cei\  art  très-  grand  percld 
nom  &  dignité  d'art^De  là  vn  cer- 
tain Phllofophe  dit.  Gâche  ceft 
œavvc  deuant  les  yeux ,  de  tous, 
comme  laoarolc  en  talangue ,  & 
le  feu  en  :es  yeux^  mefmc  ne  difr 
puce  entoy  mefme  de  ceft  œu- 
ure ,  que  le  vct  ne  porte  les  paroï- 
Us  à  vn  autre^lefquelles  t'aportéj 


DES  Philosophes,    /j 
roîenc  de  rincommodité.Ic  vou$ 
ay  fideleméc  aduerty  de  ces  cho- 
Te^ceft  à  vous  d*y  prendre  garde, 
afîînque  vousne  foyez  tourmen- 
te de  corps  Se  d'anie.  Or  Tabus  de 
CCS  dons  tres-excellens  de  Dieu^ 
eft  tref-grâd^  lefqucls  Dieu  don- 
ne de  fa  propre  grâce  Se  libérali- 
té, aufli  elVce  vne  grande  îgno- 
mîme  &c  lafchete  de  ces  dos  Phi- 
lofophîques  foycnt  reiettez  & 
foulez  aux  pîeds,&  que  les  fcîen- 
ces  foycnt  gaftez  mefchamment 
des  îgnorans.pour  laquelle  igno- 
minie aufli  ils  ne  pourront  vok 
cette  lumière.  Or  le  crime  d'aua- 
rice  &  de  luxure,  a  tellemét  creu 
4s  cœurs  des  enfans  de  ce  mode, 
quelaFoy  Se  la  luftice  n'eft  pas 
gardée  à  leurs  domcftiques ,  & 
tous  droits  font  fubuertis.Ie  vous 
en  reciterayvn  exéplejequel  i'ay; 


/4  A  2  O  T  H. 

yeu  de  mes  yeux ,  Il  demeure  t\% 
certaine  ville  vn  homme  tixi- ri- 
che &  regorgeant  de  biens ,  perc 
de  plufieurs  enfans  auare,  chiche 
&ne  fe  fait  pas  du  bien  à  foy-mel^ 
me â  caufc de lauarice ,  il amaf- 
foît  de  grands  trelors  à  fesenfans, 
lefquels  nourris  par  la  mère  en 
toute  abondance  de  chofes^afleu- 
rcz  des  richeiTesde  leur  pere,paf- 
fanc  le  temps  en  oyfiueté,  luxure 
&  des-bauche  y  &c  comme  ils- 
croiiloyenc  en  aage ,  aufli  leur  ' 
mefchanceté  &c  vie  multipUoit  &c  ^ 
comme  le  père  fuft  decede  3  tous 
les  iours  defpençant  prodigalle- 
ment  en  felVms  &  banquets  leurs 
biens  paçerncls,  plongez  dans  les 
yicqs  &  mefchancetezj  attendoy-  ^ 
ent^uifenfez  qu'ils  eftoyent^laç- 
çroîiTementdes  richelTes  (  com- 
TAQ  il  auo.it  elté  auparauant  fait  j 


DES    Philosophes,     /i 
mais  en  vain;  fcntant  deiour  en 
iour  la  diminurion  de  leur  bien 
6c  richefles  reduîcs  en  grande 
pauurcre,  ne  lailToienc  de  com- 
mectre    de   grandes   mefcban- 
cetez;  expofez  au  des-honneur 
èc  à  rignomînic ,  le  refte  de  leur 
vie.  Or  toutes  ces  chofes  ont  efté 
la  caufe  qu'ils  ont  eftémalinft- 
ruids  y  bien  que  premleremét  ils 
culTent  efté  enfeignez  en  la  co- 
gnoiiTance  des  meurs&des  fcî  en- 
ces.  Car  en  ce  reluit  la  volo  nté 
de  Dieu ,  qui  veut  que  les  ordres 
&  degrez  des  hommes  foient  di- 
ftînds  &  fcparez,  &  que  les  vns 
feruentles  autres:  Aufïl  tous  les 
hommes  en  leur  vocation  &  or- 
dre font  ferfs  &:  merccnaîres:Car 
noftre  Sauueur  Se  Seigneur  luy^ 
tnefme  à  fait  des  œuures  feruiless 
§c  ^laué  les  pieds  dé  f  es  difciples^ 


S&  Â  Z  p  T  H 

maïs  rhonncur  des  vns  eft  mom-.  | 
dre;  des  autres  plus  grand^&nous  1 
fommes  comme  ilplaift  à  Dieu 
nous  benîr.  D'où  la  reigleaeftq 
ordonnée  du  père  de  familleDieu 
très  bon  &  très-grand ,  en  la  ma- 
niere  quetulcruiras  en  ta  voca- 
tion \  demefme  ic  te  recompen- 
leray.  OrDicuenvnîourdiftrî- 
buc  tellement  les  grands  trefors 
(des  richefTcs^qu'ils  femblcnt  fur- 
pafTer  de  beaucoup  les  richefles 
des  plus  puîiTans  Rois ,  &  toute- 
fois fçs  trefors  ne  diminuétpoint^ 
mais  au  contraire,  tant  plus  il  au- 
ra donne  \  tant  plus  il  abonde  ^  & 
ceft  pourquoy  Dieu  doit  eftre 
aymé  deuant  toutes  çhofes  &  fur 
toutes  chofes.  Nous  voyons  ar- 
iriuer  fort  fouuent  des  humaines 
richeflfes  que  celuy  qui  amaffe 
à^^  bieqs  par  auariçe ,  mourant 


DESPlîlLOSOPHEç.        J7 
laifle  vn  fuccelTeur  libéral  prodi- 
crue  y  fuyuant  le  dire  des  dcdlcs  : 
Que  les  richefles  adiouftent  des 
cornes  au  pauure,  &  précipitée  le 
plus  fouuenc  celuy  qui  les  pofle- 
de  ça  extrême  malheur ,  &  aux 
tourments  éternels  de  Penfer. 
Car  fi  quelqu  vn  a  eu  en  abon- 
dance les  biens  &  riche  (Tes  de  ce 
pionde^a  grand  peine  fe  foucie  il 
de  la  vraye  fante ,  &  ne  penfe  à  la 
paix  celefte,  &c  ne  s'elludie  par  li- 
béralité d'aider  les  pauures ,  au 
contraire  met  toute  ui  diligence 
&  tout  fon  foin  pour  faire  amas 
de  grandes  richefles,  &  cependac 
oublieDieu^ôd  les  ceuures  de  pie- 
té. Or  les  leunes  hommes  font 
en  grand  danger  en  ces  allcche- 
mensdu  nK)nde,  encore  que  la 
prudéce  fupplee  au  deffaut  quel- 
quefois de  Taage ,  mais  les  pieux 


5^  Â  Z  O  T  H 

font  contraints  de  boire  le  caîica 
des  afflîdions.les  mefchans  eltas 
referuezaux  peines  d'enfer. Mais 
ce  qui  cft  plus  à  déplorer  c'eft 
que  chacun  le  mocque  &c  fc  rie 
de  ces  chofes ,  &  que  tous  les  en- 
fans  de  ce  fieclc  ne  trauaillent 
qu'à  laiifer  des  richefles  &c  des 
honneurs  aleurs  enfans  fans  con-] 
fcience  ,  qui  leur  raconte  fans 
mocquerie  au  il  faut  chercher 
deuant  toutes  chofes  la  fapîencc 
diuinc  ,fans  laquelle  rien  ncpeuc 
fubfifter  en  ce  monde,  d'où  vient 
que  le  ver  delaconfciéceronge 
les  cœurs  des  miferables  de  di- 
uerfes  tentations  en  lagonie  de 
lamort:  car  les  hommes  n'ont  ac- 
coaftume  de  chercher  le  falut  de 
leur  ame  en  vraye  Se  parlaidlê 
huriiilité. 


DES  Philosophes,  j^ 
Il  lemble  que  les  chofesque 
vous  venez  de  dire  foîent  con- 
traires entleremenr  au  but  au- 
quel vous  prétendez,  bien  queîe 
j  ccognoitle  que  ce  que  vous  aués 
die  foiten  ma  faueur  :  toutefois 
adioultés  dili2;eniment  le  refte, 
car  l'en  actens  la  finbien  attentif. 
Cependant  i'ay  deUr  defçauoir, 
comment  ce  fait  que  ceft  art  & 
les  miileres  des  Philofophes  ne 
font  reuelez  auffi  aux  autres ,  &c 
qu'ils  ne  les  cognoiiïent,  veu  que 
nous  voyons  tous  les  autres  arts 
fouuent  eftre  fçeus  du  peuple, 
&c  quelquefois  en  y  penfant  exa- 
ctement i'entrc  en  grand  foub- 
fon  fçauolr  ii  cella  etl  vray. 
Le  VietlUrcL 
Vous  auez  entendu  par  cy  de- 
uant  qu  il  a  efté  impofé  filence 
aux  enfans  deTart^  affin  que  cefte 


ép  A  Z  O  T  H 

fcicncc  fut  tenue  cachée  à  caufe 
de  la  puifTance  des  tyrans  de  ce 
rnôde^  &  des  mefchancerez  des 
paillards  fuperbes,  des  vfuriers, 
des  luxurieux  &  des  autres  fce- 
lerafts.  Car  tous  les  Pbilofophes 
cachée  lavraye  cognoiflance  de 
cette  fcience  aucc  grand  artifice, 
d'autant  que  aucuns  ayant  acquis 
la  poiïeirio  de  cette  diuine  (cien- 
ce,  en  ont  mal  vfé,  ont  perdu  fon 
vfage&peruerty  les  commodi- 
tçz,  aucuns  ayant  efté  vexez  par 
vne  lï^ort  fafcheufe  ,  &  les  autres 
eftans  preuenusde  la  mort.  Or  il 
cft  befoin  que  l'auditeur  &  le 
poffeffeur  de  ceft  art  foit  hum- 
ble, pie  îx,  taciturne, &deb6naî- 
re.Quâd  Dieu  donc  vous  aura  ef- 
largy  la  fcicncc  &  polTeffion  de 
ceft  art  y  gouuernez  -  vous  en, 
cette  forte.ôç  ne  râliez  vendre  ça 


DÉS  Philosophes  6i 
ôc  là ,  maispluftoft  employés  vo^^ 
à  foigneufcmcnc  &  auec  grande 
dilîgécé  àla  cognoiffance  plus  fc- 
cretce  des  chofes,  &  auec  œuures 
de  voftre  vocation,&  fais  du  bien 
à  ton  prochain  &  a  ton  ènnemy, 
caria  loydu  Chfiftîanifme  nous 
oblige  à  cela  :  îl  faut  aufli  refifter 
de  toutes  nos  forces  aux  enne- 
mis de  la  foy  5  &  foîgneufcsnent 
s'efforcer  en  cela.afîn  que  les  au- 
tres préparez  à  louer  Dieu  ,  ils 
chantent  auec  nous  fa  mifericor- 
de ,  mais  à  caufe  de  l'ingratitude 
plufieurs  chofes  font  cachées  3  &c 
rignorance  engendre  beaucoup 
de  maux  ,  la  fciénce  au  contraire 
augmence  les  biens,  &:  eft  le  rayo 
de  la  lumière,  Il  y  en  à  plnfieurs 
qui  s^effor^ent  &r  employent  à  la 
recherche  de  ceft  arr  ^  mais  ils  ne 
s'cftudiét  aux  vertus  neceffaires^ 


6z  A  Z  O  T  R, 

Se  principalement  a  le  tenir  fe-^ 
cret.  Ils  tombent  en  vne  mefme 
infortune  que  ce  Phaiftô  duquel 
parle  Ouîde,  lequel  ne  fçeut  cô- 
duire  le  chariot  de  Phœbus  Ion 
pere^  auffi  conulent  auec  grand 
foin  garder  ce  threfor.  Que  fi 
rhomme  aconfideré  feullcmenc 
les  paraboles  et  les  mitleres,  qu'il 
penfe  etlre  abondamment  fatîs- 
faît:,  quand  il  voit  en  la  nature  lé 
fçeau  et  image  de  la  diuine  bon- 
té eftre  imprimée,  car  !a  nature 
parfait  toutes  chofes  diligem- 
mët  y&c  certes  plus  partaiteméc 
que  l'homme  mefme ,  qui  toute- 
fois eft  la  tres-nob!e  créature  & 
plus  proche  de  Dieu  ,  raifonnaï- 
bîe  &  aymée  de  Dieu  ,  d'où  pa- 
roift  l'excellence  de  ï  homme  fur 
toutes  autres  créatures  ,&:  pour 
eefte  caufe  Dieutres-bon  &c  très- 


Des  Philosophes  6^ 
grand  luy  a  au  ffi  propcfe  les  pré- 
ceptes Se  la  vie  éternelle, 
Adolphe. 
le  conf  efle  à  la  vérité  qu'il  faut 
îey  confiderer  de  grandes  chofes, 
i'attends  toutefois  bricfuemenc 
voftre  opinion  des  paraboles, 
prîncipalîement  quand  vous  a- 
uezdit  fouuent  qu  il  les  conue- 
noitbien  efplucher. 

Le  V^ieillard. 

Mais  pour  n^ieux  dire  il  les 
conuient  confiderer  deuant  tou- 
tes autres  chofes,  ôcpourcc  l'en 
ay  fait  mention  telle  que  i*ay  laif- 
feprefque  les  autres  chofes  fans 
en  parler^refquclles  font  infinies 
&  no  pas  neceflaires.Car  qui  a  eu 
cognoîffance  de  celle  œuurc ,  il 
cognolft  par  foy-  mefme  qu  il  ne 
faut  donner  occafion  aux  opini- 
ons errantes ,  car  ces  mocqueurs 


(4  A  z  o  T  H 

s'efforcent  quelques  fois  vendre 
ces  chofes  au  {impie  peuple 
foubs  le  facré  nom  de  la  bible, 
lequel  a  de  couftumc  les  prendre 
a  grandes  brafTécs ,  cîufli  eft-ce 
chofe  impie  &  vn  blafplicme  de 
parangonner  autre  œuure  a  la 
diuine  puiffance ,  car  le  verbe  de 
Dîeuell  refchelle  de  lacob;  Et 
Îeius-Chrift  cft  feul  médiateur 
&  la  reigle^par  lequel  toutes  cho- 
fes font  miles  au  îiure  de  vie ,  en 
mefmc  raifon  nous  voyons  en 
noftre  œuure  naturel  ^  la  vie  &  la 
niorcjla  refuredîonSc  la  création 
de  tout  le  monde,  les  nombres^la' 
mcfure  &  le  poids,  l'accroilTe- 
ment ,  les  forces  &c  efficace  des 
Éftoîlles  &  des  Elément,  en  pre- 
mier lieu  du  Soleil  &  de  la  Lune , 
car  par  le  Soleil  la  vie  defcend 
félon  ce  qu'il  plaift  à  Dieu  ,  &c 

poùif 


DES    PHlLOSOPHES.lfj; 

pour  cette  caufc  eft  comparée 
nu  Soleil  ^  &:  àppellée  de  fori 
nom  ,  car  touc  aînfi  qu'il  eft 
en  haut  :,  ainfi  il  eft  en  bas  ^  par 
lequel  les  merueilles  font  acco- 
plies.  AulTi  le  Soleil  purpurin, 
rouge  &  doré^ell  malle  &  femel- 
le,  &  feruiteur  de  tout  Tymuers: 
contenant  en  foy  les  rîcheflesv- 
nîuerfellcs.  11  eft  befoin  noter 
deux  chofes  encecy^come  d*vnc 
chofe&  de  deux^  car  Dieu  trcs- 
bôn  &  très  grand^à  crée  quelque 
chofc  de  rien,  Or  ccfte  chofe  e- 
ftoit  vne  chofe  de  laquelle  tou- 
tes les  chofes  tant  celeftes  que 
terréftres  sot  produites , car  Dieu 
a  dit  y  foit  fait ,  &  il  eftbit.  Quand" 
doc  toutes  chofes  ont  eftc  crées 
par  fon  verbe,  &  après  îceluye- 
ftoic  la  nature  vniuerfelle  feparée 
de  lachôfe  tSc  bôrind  en  fon  ef^ 

E 


66  A   Z  O  T    H 

fence  cftoic  après  Dieu  ^  &  cftok 
fonbonplaifir,  car  il  eftoîcrres- 
bon  ,  mais  il  s'cftoit  retiré  quel- 
que chofe  foudain  de  luy ,  &  n  a- 
uoir  duré  iufques  au  temps  du  j 
grand  monde  ,  &  à  caufe  de  ce,  il 
ertoit requis  vne  autre  chofe^car  ij 
par  vne  chofe  il  ne  pouuoit  du-  i 
rer ,  comme  11  aiioit  efté  fait  dés 
le  commancement  à  caufe  de  la 
créature  la  plus  débile  ^  laq[uellc 
Dieu  dcfiroir  enfemble.ôc  difoît^ 
croiffez  &  multipliez ^  alors  on 
mukiplioit  tellement  ;,  que  rien 
ne  pef  ifToit  a  la  fin  du  fieclc  ^  cat 
c'eftoit  la  bcncdiâiion  du  Sei- 
gneur ;,  laquelle  par  fon  verbe  il 
départit  à  Vhôvnc,  &:  toutes  cho-^ 
fesfonc  paracheuées  iufques  à  la 
fin  par  très-grande  oberiTancc^  & 
font  conduites  par  le  Saind;  Et 
pic  >  de  m^sfme  en  eft-il  à  Ada^&s 


DES PHlLoiOPHES         0 

à  Eue  ,  au  malle  &  à  la  femelle.  Il 
faut  obfcruer  icy  comment  k 
creatîonfe  parfai£tparrvn,&pat 
rautrej'augmentation^multiplï^' 
Cation,  &  conferuation ,  &  par  lé 
troifiefme  radminiftrationj^com-^ 
me  par  refprît ,  ces  chofes  doiuéc 
eftre  examinées  diligemment. 
Louange  &  honneur  à  Dieu  eil 
Trinité.  En  outre  Dieu  comman- 
Idoit  &  dcftendoità  l'homme  in- 
continent quand  à  Teflence  ;  Se 
luy  aflujettiffoit  tout  fans  aucun 
défaut ,  &luy  donnoitpuilTance 
de  manger  de  tousles  fruidtsdu 
Paradis,  excepté  le  fcul  arbre  de 
fçîencc^dubié  &:  du  mal,  le  fruift 
duquel  luy  auoît  et^é  deftenda  ^ 
parauanture  à  caufe  4e  la  malice 
du  Diable  à  la  volonté  duquel  fi- 
nablement  il  fc  foubmie  pat 
h  def-obeïfTancei  car  il  faut  ce'- 

I 


6i  ÂZOTH 

gnoîftre  feallement  le  bic^i,  êi. 
fuir  le  mal  ^  par  lequel  le  chemin 
eft  donne  à  l'cnnemy  ,  car  Dieu 
crt  feul  Seigneur  qui  conduit  &  ; 
adminiftre  toutes  cbôfes  j  &c  les 
créatures  luy  font  toutes  fujectes; 
le  commandement  à  introduiclc  , 
péché  quand  les  hommes  ne  s'en  | 
prenoieittpas  garde^parl  inftind:  ; 
&  fçauoir  du  Diabie,  &  de  fa 
propre  voîcnté  ;  car  le  premier 
pechc  cftoit  le  blafpheme  &  TI-  , 
doîatrie  ^  obrcurciflant  par  igno- 
rance toute  fcience^mais  pour  di- , 
re  mieux,  conuertifnint  en  fcîen-, 
ce ,  en  cognoiiTancô  du  mal ,  iuf-l 
ques  à  maintenant ,  &c  en  tous 
vices,  mefchancetés  &  arts  du 
Diable ,    aufquels   on  renonce 
au  Sacrement  du  Baptefme  >  fça* 
Èoîr  en  la  régénération  &c  feno* 
ùatlon  de  noUre  vie  :,  aunouueau 


i         TfES  PHiLOSOHPESr        é^ 

Adam,  comme  au  bois  de  vie,  quî 
a  efté  ofté  à  nos  parens  au  Para- 
dis terreftre  de  la  vie  cerreftrc, 
toucesfois  promis  cnlafemencc 
d  vne   femme  ,  Chrift   qui  eft 
■l'arbre  de  vie  &c  fpirltuelle  &  cor- 
porelle ,  par  lequel  non  feule- 
ment Pâme  reçoit  lavie^^mais  auf- 
file  corps.  Car  tout  ainfî  qu'A- 
'dam  chafle  du  Paradis  ertoit  en- 
uoycau  monde,  iardinde  ténè- 
bres &  d' afflictions,  pour  la  mor- 
tification du  fangôç  de  la  chair  j 
de  mefme  (i  nous  entendons  la 
manne,  c'eft  à  dire  le  pain  cele- 
fte,  le  verbe  de  Dieu  ,&  que  nous 
viuions  félon  ^escomandemens, 
&  que  nous  croyons  le  verbe  le- 
quel a  efté  fait  chair ,  par  iceluy 
nous  reprendrons  la  vie,&fcrons 
tranfportez  de  la  maifon  d'igno- 
rance au  Paradis  celeftc ,  &  cooi- 


5q  a  z  o  t  h 

me  la  mort  emportok  &  rauifr»!  \i 
Toit  Adam  5  aind  elle  nous  con- 
traint de  demeurer  bon  g-vé  mal 
gré  par  le  feul  verbe  de  Dieu,  le- 
lus-Chrift  ,  duquel  toutes  chofes 
font  :,  car  nous  mourons  auvicit 
Adam  :,  &  nous  refufciterons  cq 
lefus-Chrift  nouucau  Adam ,  co- 
rne il  nousa  précédez, ceft  pour- 
quoy  il  eft  Tarbre  de  vie  duquel 
nous  deuos  magerbânis  en  cefte 
maifon  d'affliâ:ions,&à  la  vérité, 
corne  ai]  premier  Àdâ  a  efté  deP- 
fendu  le  f rui6t  du  Paradis  par  vr^  ïi 
certain  moyen ,  aufli  pareilleméc  o' 
çftimons  n'y  auoir  autre  règle ,  S 
commandement ,  ou  voye  ^  ni  a  |  ! 
droit  nv  a  gauche  outre  le  verbe 
'^/fi^o^/^v^tû^àc  Dieu  3  compris  au  Hure  de  vicjj 
lequel  fermé  de  fepc  féaux  lefus- 
Ghriftaouuerc.  Mais  (i  nous  dé- 
lirons cognoiftre  chofes  plus 
grandes  ^  oc  manger  du  fruiôt  d^ 


D  E  s  P  H  l  L  O  s  O  P  H  E  s.  yt 

\  nrbre  de  fcience  du  bien  &  du 
mal  ,  Ton  dira  que  nous  vou- 
lons feruir  à  deux  malftrcs , 
c'eft  à  dire  ,  à  Dieu  &  au  Dia- 
ble ,  prenant  le  menfonge  pour 
laverire  ^  &:reprouuant  la  vérité 
comme  menfonge  :,  auflî  nous 
receuons  recompence  digne  de 
nos  oeuures ,  &  a  elle  fait  que  nos 
premiers  parens  ont  efté  chaffez 
de  la  prefcnce  de  Dieu  viuant: 
car  Dieu  n'eft  pas  femblable  à 
l'homme  ,  mais  les  hommes  ont 
elle  faids  à  fon  image ,  afin  qu'ils 
obeïflent  à  fes  commandemens^ 
&  qu'ils  n'y  diminuent  ni  adiou- 
ftent  :  quand  nous  font  propo- 
féeslafapîencc&  la  fcience  qui 
nous  font  concédées  en  viande^ 
du  verbe  Diuin,  duquel  l'homme 
vit ,  £nc  font  tirées  du  liure  de  vie 
jardin  fpiritud.  Car  toute  chofç 


?%  Â  Z  O  T  H 

bône  cft  dlceluy,  &  par  îceliiy 
toutes  chofcs  font  faites^lerquel- 
les  il  elVpcrmîs  comprendre  des 
yeux  &  des  mains ,  carltt-vifiblc 
ell:faî£l  de  rinuifiblc ,  de  mefme 
la  foy  prend  fon  commécement 
de  Touye  de  laFov,  les  bonnes 
^  œuurçs  c  eft  à  dire  de  Tinuifible 
levi{ible,&  du  verbe  le  Chre- 
ftiened  engendre.  Or  les  chofes 
font  telles  afin  que  l'homme  de 
mefme  raifonagifle  &  operc^no 
pas  qull  fe  forn^e  des  queftions 
oifeufes  ■&  fyiuolcs  de  la  tou- 
te puîfTance  dîuîne  ^  car  c'eft  le 
vouloir  de  Dîeu,&  la  toute  -  puif-- 
fance  qui  a  auffi  baille  à  Thom- 
me  fçmblable  patron  &:  exem- 
ple /mais  Thomas  incrédule  ne  ^ 
pouuqit  paruenir  à  cela ,  quand  il  • 
cognoîfloit  feulement  la  nature 
humaine  &  la  fcience  ,  &  le  Ciel 


Des  PHILOSOPHES,  75 
elcmencaire  inférieur.  Se  en  pre- 
mier lieu  les  chofes  intérieures 
comme  l'eau  &  la  terre ,  qui  tou- 
tesfois  soc  réceptacles  &c  prifons 
de  la  mort .  Or  celle  Philofophîc 
eft  reprouuee  de  S.  Paul,  en  la- 
quelle ilny  a  nulle  perfection, 
car  la  feule  Philofophie  celefte 
ertconfommee  par  la  foy  ,  efpc- 
rance  &  charité.  En  ce  lieu  il  eft 
à  noter  y  que  comme  toutes  cho- 
fes  font  conferuees  par  le  verbe 
de  Dieu,  &  que  nous  deuos  croi- 
re à  la  parole  quieftforde  delà 
bouche  deDieu,aînfi  lefus  Chrift 
a  déféré  cet  honneur  à  fon  Père , 
que  rien  n'eft  acquis  fans  foy , 
mais  la  plus  grande  partie  des 
hommes  ne  croyçt  les  chofes  lef- 
quelles  ils  ne  voyent  ^&c  ne  confî- 
derent  que  Dieu  lePere,DieuIe 
Fils  5  &  Dieu  le  S.Efpritnepeut 


74-  Â  Z   O   T  H 

cdrc  veu  de  nos  yeux  chargez  de 
péché  y  comme  auiTi  les  rayons 
de  s6  vifage  qui  furpafTe  de  beau- 
coup en  fplendeur  le  Soleil  ;  Les 
hommes  n'ont  peu  voir  à  caufe 
de  la  nature  pechereiTe ,  quand  il 
çftoît  auec  eux  en  forme  vifible  \ 
&lors  qu'il  eftoit  enccmonde, 
encore  quelefus-Chrîft  nous  af- 
filie corporellcment  &  foie  à  la 
dextredeDleu,  c'eftàdire  en  la 
facrée  fainde  purîté  &Deîté,c6- 
nie  il  a  accompli  la  volonté  de 
fon  Père  &ell:  allé  aux  enfers  ,  & 
a  monté  aux  Cieux  en  chair  &  en 
Efpric,&  parachcué  tout  entout. 
Qui  eft  d'entre  les  hommes  ce- 
luy  qui  puilfe  trouuer  en  cher^ 
chant  la  grandeur  &  fageffe  de 
Dieu, nous  fçauons  qiie  le  Ciel  eft 
fon  {lege.&îa  terre  î'efcabeau  d<s 
les  pieds.  Nous  ne  pouuons  nous 


DES  Philosophes.  // 
informer  des  chofes  celcftes  ,  ni 
iognoillre  (inpii  celles  qui  ne 
fontJcnnés  du  verbe  Diuin  ,  6ç 
lefquelles  S.  Paulaveues  ,&  n'a 
tenu  conte  de  dire  ^  mais  nous  a 
laifle  le  Verbe  ce  celefte  pain 
comme  vnleau  dans  lequel  con- 
fiftc  le  faluc  de  nos  âmes ,  fçauoîr 
1  a  volonté  de  Dieu ,  vray  arbre  de 
vie,  afin  que  nous  beuuionsfon 
fang  &  mangions  fa  chair^,  &  que 
nous  croyons  fermement  que 
toutes  nos  chofes  font ,  filcspa- 
rolles  de  Tinfiiitution  font  dîtes, 
x^infi  la  parfaite  nature  demon- 
rtre  plufieurs  merueilles  en  va 
feulmirouer ,  de  laquelle  femble 
auoir  parle  allés  quand  les  chofes 
de  TEfcriture  fainde  font  afles 
cogneuës  par  îcelle.  Or  celuy 
qui  fait  la  volonté  de  Dieu  voie 
toutes  chofes  ôc  les  cognoit;,com- 


"76  A  Z  O  T  H 

me  aufTi  certains  d'entre  les  fagcs 
Paycns  &  Ethniques  ont  cogneu» 
Adolphe. 
Vous  auezefté  filoneenvos 
parolles  que  Ten  ay  oublie  la  plus 
grande  partie  ;,  toutefois  le  defi- 
re  entendre  cela  de  vous,fçauoir, 
{iceftœuure  de  nature  ne  con- 
tient pas  en  foy  vn  efprît  qui  fok 
caufe  dp  mutation ,  pource  qu'il 
ine  fcmble  que  vous  auez  fait 
mention  du  fécond  nombre  qui 
eîl  multiplication  ,  il  eft  requis 
pour  ccft  cffcd  vn  efprit  vital. 
Le  V^ieillard, 
A  la  veritë  refprit  vital  mine- 
rai eft  en  cefte  œuure  qui  fe  par- 
fait après  qu  il  eft  prépare,  fuiuac 
la  dignité  par  TArtifte  :  car  Dieu 
par  fa  bonté  infinie  a  conftituc 
rhomme  feigneurde  ceft  efprit, 
afin  que  dlceluy  il  formaft  autre 


DES  Philosophes  77 
chofcfcauoirvn  nouucau  monde 
par  la  force  dut  eu  ,  félon  Tordre 
&  cômandement  donne  de  Dieu. 
Et  à  caufe  de  ce  l'hon^me  ne  pa- 
racheuera  rien  du  tout ,  èc  eft  re- 
quis que  toutes  fes  chofcs  fe  fa- 
cent  en  la  crainte  de  Dicu.par  vn 
nioyen  honnelle  &c  vnc  pure  *î* 
confcience  Que  s'il  y  en  ad*entre  >— 
le  vulgaire  qui  ne  paruiénneala 
fin  de  ceft  art,  qu  il  ne  foit  à  fcan- 
dale,  encore  qu  il  foit  deuant  les 
yeux  des  hommes^  que  chacun  la 
voit  5  &c  fouuent  elt  employé  à 
d'autres  fins,  toutesfoisp'ufieurs 
îo;norcnc  fon  vray  vlage ,  ne  fça- 
chans  pas  que  ce  çrrand  threfor 
éft  atcouré  de  ces  ténèbres  ,  d'où 
fouuent  c'cft or  crcfpur  cnuiron- 
néd'efpefleobtcurité&derouil- 
leure  ,  eLl  lai(fé  dans  la  boue  &c  l:a 
"^/llenie  ^  lefquelles  chofes  fonc 


JS  A   Z    O   T  H 

ainfi  faîtes  parle  droit  ordre da 
Nature.  LesPhi^olophcsplusfa- 
ges  ovant  feulement  le  nom  de 
Mercure  cognoiflent  ce  threfor 
èc  font  deuant  les  yeux  ,  bien 
qu'il  foit  inuifible  &c  fpîrituel , 
tGutesfois  il  eft  matériel  ^  &  cft 
vne  vierge  trcs-chafte  qui  n'a 
point  cocrneu  d'homme,  fubftan- 
ce  frao;ile  ,  d*oii  on  l'a  nommé 
laî6tvîrginal,le  mielrerrcftre  des 
montagnes  ^laiâ:  ,  vrinedes  en- 
fans  y  &  femblables  autres  noms  : 
&  en  toutes  ces  chofes  plufieurs 
Artiftes  l'ont  recherchée  mais  ils 
ne  font  trouuee  ^  car  elle  eft  pré- 
parée de  matière  métalliques  & 
très  bonne. 

Adolphe. 
L'or  n'eft-îl  pas  cefte  matière 
à  caufe  de  fa  noble fle ,  &c  qu'il  eft 
le  plus  parfait  riietail  ?  il  me  fafr 


DES  Philosophes.  ^^ 
ble  que  toutes  vos  paroles  ten- 
dent là. 

Le  Vieillarà. 
Non  à  la  vérité  ^  mais  il  eft  be- 
foin  que  vous  entendiez  de  moy 
auparauant  autres  chofes  ,  car 
vous  vous  arreftez  trop  ardem- 
ment encore  aux  threfors  de  ceft 
or  terreftre  ,  &nauczpas  afTez 
conçeu  ce  que  i*ay  dit ,  fie  vérita- 
blement ie  vous  mettray  par  ef- 
erit  le  dernier  &  principal  mîfte- 
iede  ceA  art ,&  bien  que  en  ce 
prefent  difcours  il  me  femble  y 
auoir  quelques  douces  ^  il  n'eft 
pasvtile  toutesfois  de  les  expli- 
quer plus  clairement  ^  6c  vérita- 
blement ce  threforn  eft  pas  ceft 
Or  m.onckin  commun  ni  TArget, 
Mercure,  Soleil,  Antimoine,  Ni- 
tre,  Soiiphre,  ni  autre  chofe  fem- 
blable^maîs  ceft  l'cfpritdc  TOrSc 


^6  A  Z  O  T  H 

le  Mercure  ,  qui  eft  nommé  dès 
Phllofophes  la  première  de  fecÔ- 
de  matière  propre  &  feul  de  la 
nature  &  de  1  a  proprieté.Or  treC 
pur  Oriental  n'ayant  fenty  la  for- 
ce du  feu, fur  tous  excellent,  plus 
ïiïol  &  aifé  à  fondre  que  l'Or  dii 
vulgaire?  H  eft  vray  mercure  de 
Ter  &  antimoine^  attirant  fes 
qualitez  des  corps  s'il  eft  liquifié. 
Sa  préparation  n*cft  autre  chofe 
que  le  bien  lauer&  le  mettre  en 
menues  parties  ,  par  l'eau  &  le 
feu ,  corne  toutes  les  autres  cho- 
fes  font  en  la  mefme  façon  pré- 
parées :  afin  qu'ils  foyent  agréa- 
bles à  Dieu  &  aux  hommes.  Il 
conuient  exaétement  co^noî- 
ftre  qu  eft-ce  que  fublimation, 
dlftiliation.feparatîon.digeftion;, 
purificatîon,coagulation;,&  fixa- 
non^  &  rechercher  diligemment 

cet 


DES  Philosophes.  8j 
cet  œuf  de  nature  ,  defiré  de  plu- 
ficurs  dés  le  commenccmeric.Dc 
cccy  il  y  a  pluficurs  efcrits  y  &  en- 
tr'autres  du  Comte  de  la  Mar- 
che Treuifanne  Bernard  y  &dés 
autres ,  lefquelsietemonftrcray/ 
à  la  fin  y  &  adioufteray  plufîeurs 
paraboles. 

A  D   Ô  L  P  H  E. 

Quand  ic  confidere  que  rvfa- 
ge  de  cet  art  doit  eftrc  acquis  par 
beaucoup  de  fueur,&  que  fa  pof- 
fcffion  en  eft  perilleulc  ,&qu'iî 
èonuicnt  faire  la  vocation  ou 
nous  fommes  appeliez  de  Dieu  ^ 
le  plaifir  que  i'àuois  pris  âupara- 
uanr  me  rend  plus  humble  quand 
îe  voy  que  i*ay  efté  trompé  de 
vainc  efpcrance. 

LE   Vieillard. 
Eftimez  vous  qucic  vous  ayé 
dit  CCS  chofes  comme  par  manie- 

F 


$S  A  Z   O  T  H 

rc  d'acquit  ^  qu'il  faut  trauaîllef 
gtandementj&:  qu  il  faut  exercct 
les  œuures  de  miierîcorde  enuers 
les  pauures  ^  non  pas  enuers  tous 
les  pauures ,  maïs  ceux  qui  le  font 
vrayement.&auoir  foin  des  or- 
phelins, &  des  veufues  ,  pour  la 
gloire  &  l'honneur  du  nom  de 
Dieu.  Or  Thonneur  eft  deub  à 
Dieu  plutloft  qu'à  nul  autre  ,  à 
lors  les  ccnfolations  font  deman-j 
âécs  du  Verbe  diuin, car  le  Verbe 
de  Dieu  précède  grandement  la 
nature,ccmme  le  fcruiteur  fuit  le 
maiftre  ^  &  le  pcre  excelle  en  di- 
gnité la  mère  >  Il  faut  donc  faire 
ea  forte,  comra.e  (i  de  cela  il  ne 
nous  en  appartenoit  rien  du  tout^ 
mais  pluftofl  trauailler  diligem- 
ment félon  noftrc  vocation  pour 
rvtilîtédu  prochain  ,  &c  le  profit 
de:U.RepuHique,&  deftruirc  les 
maux  qu^apporte  Pignorancc^car 


1:11 


II 


tl 


Des   Philosophes.    Sj 
fans  relafche  la  raifon  &  le  corps 
doiuét  faire  bien, car  Toiliueteelt 
loreiller  de  Sathan,  &  etl  dcffen- 
àd'é  fous  grieue  peine, d'autat  que 
de  U  prouiennêc  toutes  les  enor- 
mirezja  luxure,rauaricc,rhomî- 
cide  Je  menrongC3les  impoftures 
&  traudes  Jmitas  en  cela  leur  na-^ 
ciiremefme.  Or  nollre  œuurc  îa- 
mais  n  eft  oifif ,  mais  trauaille  & 
opère  fans  céflc  iour  &nuid:,iuf-^ 
qa*àce  que  le  temps  fixîefme  de 
fes  fepmainesfoîccompleC:,&que 
Ton  fabatli  approche  ;>  car  alors  il 
rcpofe  &  honnore  fon  Seîgneur> 
rhome^auquel  il  doit  feruir  félon 
le  comandement  de  Dîeu^  obeïf- 
fans  a  fes  loys.  En  la  mefme  forte 
les  homes  doluent  trauailler  >  îuf^ 
qu'à  ce  q;  no^  entrios  auRoyaumc 
éternel  de Dieu.Voîrc  mais  toutes 
ceschofesfe  iôt^Nature  prefque)r 


§4  Â  X  O  T  H 

contre- difanc^  6c  nous  fafchoril 
quand  nous  entendons  qu  il  faut: 
trauailler  aflidueilement  pour  lé 
viure  ,  îufques  à  ce  que  nous  re- 
tournions en  terre  ^  de  laquelle! 
nous  fommcs  faits  ,  à  caufc  qu 
roy{iucte&  le  dcfu"  de  comman 
der  plaifent  à  tous  égallement 
qui  eft  l*occafîon  que  nous  fom 
înes  parefTeux  &  fêtards  en  nos 
oraifcns  &-  prières ,  bien  que  Ton 
doibue  prier  Dieu  pour  impetret 
toutes  chofes  :  nous  nncfprîfons 
les  vas  comme  pauures  ,  à  caufc 
qu  ils  ont  pèdt  reuenu  ,  cepen- 
dant auaricieux^ôc  que  nous  fom- 
înes  obligez  de  bien  faire  à  nos 
ennemis  ,  toutes  les  mefchance- 
tez  ont  pris  place  en  nous  j  com- 
me font  la  colère,  Vauarice  y  là 
hainej  inimitié  j  lami^taelledcs-;  i 
fiance^  ôcàcaufed*icellesletrcs;^ 


D  E  s  P  Hl  L  O  s  O  p  H  E  si        85 

sxcellét  bien  nous  eft  ofte ,  com- 
me aulTi  celle  fciencc  de  médeci- 
ne qui  eft  cachée  en  ce  bien,  eft 

'  incogneue  des  autres  Médecins 
plus  dodes  :  Car  ce  threfor  ne 

\  s'apprend  pas  es  efcoles  des  Mé- 
decins ,  mais  caché  demeure  dc- 
uantleur  yeux  ,  en  la  mefme  fa- 
çon que  l'cfpric  interne  de  la 
Sainde  Efcriture  eftoit  ccléaux 
Pharifiens.quieftoitie  vrayMcf- 
fie ,  &  la  médecine  de  l'ame^en- 
core  qu'il  fuft  au  milieu  d'eux  i 
Aufli  il  rendit  grâces  à  Dieu  fou 
Pcre  de  ce  qu'il  auoit  caché  ce 
ttefor  aux  Sagcsdecemondc,&: 
l'aurok  déclaré  aux  petits  :  De 
mefme  auffi  eft  dit  de  noftrc  mé- 
decine naturelle ,  que  la  volonté 
de  Dieu  doit  précéder  quand  el- 
le eft  demandée  par  ardente  ^  c^m  0 
prière  ,  coignae  en  toutes  les  ^u- 


fù  A  Z  O  T  H 

très  chofes  mondaines ,  cefte  vo^ltA 
lontediuine  difpofc  toutes  cho-rlfc 
fes  ;  &  de  là  s'apperçoit  la  vanité 
de  ces  niedicamens  de  (impies  &c 
{irops^quî  courét  entre  les  mains 
de  ces  faifeiirs  d'vnguenc,  auec  la^ 
perte  de  la  renommée, Se  eftima-. 
don  des  médecins,  au  grâd  dom 
înage  des  malades.  Mais  qui  plus 
cft  y  ces  firops  font  beus  par  vn 
îres-certain  endommagement5& 

mort  d  iceux.&les  defpences  fai- 
tes par  les  malades  font  conuer- 
ties  pour  entretenir  la  fuperbe  oc 
luxure ,  comme  il  ny  à  pa^  long- 
temps qu  vn  pauure  homme  le 
plaignoit  auoîr  elle  trompé  dl- 
ceux,  &  auoîr  employé  prcfque 
tous  fes  biens, &pcrdu  fa  fublran- 
cej^fivn  homme  de  petite  &  baffe 
fortune  ne  luy  euit  aydé.  Ainfi 
lious  voyons  que  plufieurs  onç 


DES  Philosophes.    87 

feulement  ce  foin  :,  qu  ils  veulent 
crtre  en  recommandation  à  la 
Poftcrite  y  comme  Dieux^cepen- 
dantilsnecrlio-entdu  tout  le  foin 
S:  diligence  d'aider  à  leur  pro- 
chain ,  d'eftudier  les  bons  liures  > 
par  lefquels  la  cognoifTance  vnî- 
uerfelle  de  cet  art  s 'acquiert. Il  eft 
de  befoin  doncques  à  tous  de  fe 
peiner  ^  en  ce  qui  peut  feparer  le 
bien  du  maLc'eft  à  dire.qu  ils  co- 
gnoiflentpar  modeftie,  patien- 
ce ^  &  humilité ,  la  vertu  &  les 
fruits  du  bon  arbre  ,auec  la  raci- 
ne triple;  dcmefmeauffi  hono- 
rent les  fruits  de  l'ame  ^  la  Foy , 
rEfperance ,  &  la  Charité  ,  afEti 
que  nous  fçachions  que  c'eft  que 
vérité  &  iufticc  ,  tant  de  famé 
que  du  corps,  c'eft  à  dire^du  bien 
cclettc  &  corporel.     Et    affim 
<jue  nous   puiffions  facilcnient 


2  g  Â    2   O   T   H 

côprendrcccftechofe.Lafcîencç 
Theologîque  &  Juridique  nous 
cft  donnée  deDieu  pour  ce  qu'cii 
îcelles  confifte  la  pureté  &c  fain- 
âicté  de  nature ,  &  la  vertu  Tœu- 
urç  (Je  la  vocation,ôc  la  luftice  eil 
fxriguliere  fapîence ,  lumière  >  &c 
philo fophie ,  à  caufe  de  laquelle 
Salomon  furmontoit  de  beau- 
coup tous  les  autres  hommes.  Et 
a  la  vérité  Dieu  jnefmc  a  ordon- 
né à  vn  chacun  les  œuures  de  fa 
vocation ,  &  a  commandé  à  va 
chacun  de  nous ,  de  conduire  fes 
actions  prudemment  ,  pieufc- 
mcîic ,  &  îuftemenç  en  fa  voca- 
tion &  debuoir  de  la  vie ,  félon  la 
règle  du  Verbe  piuîn^  comme 
feruiteur  deDieu^  &:  qui  rendra 
conte  de  toutes  chofes  douant  le 
Tribunal  du  luge  de  toutes  les 
nations^,  &  dcuant  lequel  tous  ks 


1 


PEs    Philosophes.     s9 
faits  des  hommes  feront  r  cuelcz. 
Or  tout  bien  vient  de  Dieu,  en-  O 
(emble  d'iceluy  dcfcend  le  fn^e     ^^^ 
&le  fol,  le  riche  &  lepauure  ,  le  ^t^^ 
fort &:  le  foible;&qui  mefprife 
lepauure&imbecille,ilmerprî-  ^ 
fe  celuy  quil'acréejcartoutbîcn  ^ 
eft  de  Dieu,  &  tous  les  maux  vîé- 
nent  du  Diable,  comme  fontaine 
&  origine  de  tout  mal.  Mais  par 
vn  particulier  confeil  de  Dieu,  le 
mal  en  cefte  vie  tyrannife&  don- 
ne de  la  fafcherîe  aux    pieux  5ç 
gens  de  bien  :  &  bien  que  le  Dia- 
ble par  fapropre  malice  s'efforce 
de  dreffer  le  mal  aux  détriment 
des  hommes ,  toutcsfois  tout  mal 
fert  de  bien  à  Dieu  &c  aux  deuots, 
carleDiable  mefme  eft  contraint 
de  feruir  malgré  luy  à  la  gloire 
Diuîne.  Et  noftre  pèche  eft  feul 
loccaûon  pourquoy  le  mal  eft 


^O  A   Z   O    T   H 

mefle  auec  le  bîé  en  cefte  vîe.no^ 
tt  nourrilTant  cej>endanc  la  bonté 
^  &  mifericorde  diuine  3  &  à  mef- 
^-♦^vme  finies  dix  commandements 
nous  font  baillez  de  Dieu  ,  afEn 
que  nous  feparions  le  mal  du 
'  •  bien  y   pour  fuyr  la  damnation 
Eternelle. Maïs  facilement  peut- 
•    ^  on  voir  qui  cft  la  face  du  monde , 
&  le  foin  ^  &  les  larrons  auares 
qui  fe  difent  Chreftîens  ,  parle 
Sacrement  de  Baptefme,  imitent 
par  les  exacliôs  immodérées  d'v  - 
fures  la  perfidie  &  pillerie  des 
luifs.quand  ils  penfentauolr  fait 
la  volonté  diuine,  lors  quils  ont 
rauy  les  biens  des  Ethniques  & 
eftrangers^  (  par  lequel  nom  ils 
ont   accoullumé  d'appeller    les 
ChreftiensJ  &  que  le  Sauueur  du 
monde  menace  de  peines  Eter- 
nelles s  ceux  qui  offenfanc  leur 


DES  Philosophes.     91 
prochain  par  vfures  &  exaâtîons^ 
dépendant  leurs  biens  en  fetlins 
&  banquets/comme  ceux  qui  fai- 
[ans  bonne  cherc  ,  prennent  par 
fraude  les  biens  des  orphelins  & 
des  veufues  ;,  &  à  la  vérité  ces 
deux  genres  d'honneur  ;,  auari- 
cieux  y  &  luxurieux,  doiuenteftre 
conjoincts  &  mis  en  miefme  ba- 
lance. Mais  la  vie  de  ces  riches 
Patriarches, Abraham,  Ifaac ,  la- 
cob  Joreph,&  Iob;,a  efté  precieu- 
fe^iuRe,  &  pleine  de  modcRie  & 
d'obciïTance  enuersDIcu  ,  car  ils 
preferoient  Ihonneurde  Dieii  a 
toutes  autres  créatures,  &che- 
minans  en  pureté  de  vie  ,  &c  en 
iutVîce  y  ïh  prîoient  Dieu  auec  ar- 
deur &  efficace.     Et  tout  aîn- 
fi    que    plufieurs    en    Tancien 
ïeftamcnt  pOiîedoient  de  gran- 
des richcflfes  ^  conjoîndes  par  le 


ft  A  Z  O  T  H 

lien  de  conftancc^  De  racfnie  h 
pauiuxté  a  accueilly  plulicurs 
Adorateurs  de  lefus-Chrift  au 
nouueau  Teftament  ,  toiitesfois 
il  eft  requis  femblable  conftan- 
çe^crainte  &  amour  enuers  Dleu^ 
E)e  toutes  ces  chofes  i'eftime  que 
vous  auezfulEfamment  entendu 
rpccafion  pourquoy  ce  myfterc 
&  fecret  a  efte  cache  déformais 
deuant  les  yeux  de  plufieurs, 
quand  le  Diable  peut  facillement 
deftourner  de  la  voye  droite ,  par 
les  vaines  voluptés  de  ce  monde, 
car  il  nous  feduit  en  la  cognoif- 
fance  de  tout  mal,  &c  m-efchânt,& 
fcelcrat  ,  a  feduit  Adam  noftre 
premier  parent  5  le  plusfage  de  | 
tous  ;  mais  pour  dire  mieux  y  par 
fa  cautelle  tous  les  Saindts  font 
tombez  en  chofes  mauuaifes  ,  &c 
pour  nos  péchez  >  Et  pource  Tire 


DES  Philosophes;  p§ 
de  Dieu  a  efté  efpanduë  fur  nous, 
&  toutes  chofes  font  vendues  aui 
mortels  par  grand  labeur,  foin  & 
follicitude  :car  c'eft  leCalîce  de  la 
Croix,dans lequel  nous  beurons 
du  fruiâ:  de  vigne  auéc  noftrc 
Sauueurlefus-Chrift.iufquesàce 
grandjpiir  de  Sabath  ,  &  repos 
Eternel  du  fiecle  aduenir  ,  ou 
nous  demeurerons  fous  vn  au- 
tre efpece  ,  &  pafFerons  à  celuy 
qui  pareillement  nous  aduance 
&  fe  hafte  de  venir  à  nous  ^  à  la« 
quelle  félicité  nous  conduife 
Dieu  très  bon Sctres'grand  par 
noftre  Médiateur  &  le  Saind  Ef- 
prit ,  auquel  nous  fommes  con-» 
joinâ:s  par  alliance  de  filiation^ 
&  auquel  nous  fommes  tenus 
obéît .  en falfant  les  bonnes  œu- 
ures,&foalant  aux:  pieds  les  mau- 
tiaifcs^  afin  que  nous  luy  offrions 


p4         .  A  Z  O  T  H 

de  nouueaux  luifs ,  vn  efprîc  ton- 
trie  &  rendant  à  Dieu  les  vœu^ 
que  nous  aiions  faits. En  ces  cho- 
fesrEfpric  de  Dieu  opère  ,  parla 
Foy  ,  Erperance^Sc  Charité ,  tout 
ainfi  comme  le  defirbruflant  & 
lacoullume  parfait  beaucoup  de 
chofes  en  nature  qui  femblent 
incroyables  ^  &  il  y  à  peu  d'hom- 
mes qui  s'eitudient   d'acquérir 
patiemment  la  cognoiiTance  de 
Dieu  ,  mais  pluftoll  fuiuent  les 
biens  morcels,terreftres,&  cadu- 
ques ,  addonnez  aux  voluptez,  à 
raaibicion,&  a  la  puiflance  mon- 
daine.    C'cft  pourquoy   lefus- 
Chrift  fepare  fon  Royaume  du 
monde  ,  &  rejette  de  foy  le  foin 
des  chofes  mondaines  y  encore 
qu'il  avecop-noiffance  de  toutes 
chofes,  &:qu1l  foit  la  mefme  fon- 
taine &  fource.  Ces  chofes  toute: -^ 


D  E  s  P  H  I  LO  s  O  ï>  H  E  s,       5^/ 

fois  mefprifees  ^  il  a  annonce  le 
Royaume  de  la  fapience  diurne  ^ 
lequel  il  faut  rechercher  deuanc 
toutes  chofesA  moy  mclmc  lor- 
donne:  mais  ie  defire  fçauoîr  vo- 
ftî'e  opinion  îa  deffus. 
Adolphe, 
Certainement  la  vérité  me  con- 
traint confelfcr  que  routes  ces 
chofes  font  aînfi  difpofées.&que 
môaduiss'accordoit  de  pointent 
point  auec  l'opinion  des  enfans 
decefte  lumière  :  Mais  d'autant 
que  i'cntends  chofes  du  tout  con- 
traire à  ma  croyâce,  il  Tafaudroît 
changer.  Or  ie  ne  doute  point,  & 
me  fembledu  tout  indubitable^ 
que  cemyll:ere&:  fecret  ne  peut 
cftre  reuele  &:  comunîqué  atous^ 
principalementquandentousles 
arts  qui  nous  font  donnez  3  tant 
de  lanaturcqu'enfeignezpar  va 
I  niaiftrc.Ie  cofidere  que  Tô  y  doit 


;f6  A  Z  O  t   H 

tenir  vn  mefme  chemin, car  peut 
en  acquérir  la  cognoifTance  ^  la 
grâce  diuine  ejî  requife^  l'indu- 
Itrlè.la  diligence, £c  ardente  etlu- 
de  conjoinâ:  auec  grand  labeur^ 
comme  ces  chofes  Tont  defirees 
en  toutes  les  autres  neceflitez  de 
la  vie.  Or  en  ce  qui  m'appartient 
certainement  parlant  de  ceftc 
vie  voluptueufe/i'endurerois  pa- 
tiemment la  compagnie  de  ces 
entre -metteurs ,  de  ces  bien-en- 
tendus ,  de  ces  gourmands ,  &  de 
ces  defdaigneurs  (quand  i*ay  veu 
aduenir  à  quelques-vns  vn  grand: 
heur  &  félicité  fanstrauaU  )  &c 
employerois  Tvfagc  de  ce  thre- 
Ter  à  la  puiflance  Se  ambition  ,  Se 
a  acquérir  de  grandes  richeiTes. 
LE  Vieillard. 
Et  quoy  vous  ignorez  que  la 
puîlfance  eft  donnée  aux  Rovs  & 

Princes 


bÈS     PHILOSOPHES.       0 

Princes  de  ce  monde  ^  afin  qu*ils 
réprimer  la  malice  deshommesi 
au  lieu  de  Dieutres-bon&trcs- 
grand, &  honnorent  la  luftice  y  la 
ventes  pieté,  &obeiiTaiice^  ôcles 
multiplient  affin  que  toutes  eho- 
fes  foyent  ordonnées  en  ceftc  vie 
prudemment.  Et  tout  ainfi  que 
le  luge  politique  a  de  couftumé 
de  punir  les  mefchans  par  le  glai-' 
ue  feculier  :  Aînfi  les  Feras  fpiri-^ 
tuels  &   magiftrats  Ecclcfiafti- 
ques  gouuernet  le  peuple  Chré- 
ftîen  par  le  glaiue  de  rEfpric ,  du 
Verbe  de  Dieu  ,  &c  de  fescorh- 
mandemens .  &:  après  auoir  ap- 
porte les  playes  par  la  malcdî- 
aionde  laLoy,  ils  lès  oignent  dé 
Thulle  de  luftice  &  guérifTent^fî 
ce  n'eft  que  les  tranfgrefTears  re- 
jettentla  hoîé&c  cure  des  playes; 
toutesfois  cesblefTures  de  îa  cort- 


^g  AzoTri. 

fcîencc  ne  doyuent  cftrc  guarîs 
par  les  Ecclefiaftiques  par  le  glaî- 
ue  temporel.comme  nous  voyos 
Aaron ,  Moyfe  y  &Iofué,  auoir  eu 
les  offices  feparez  iufqucs  à  ce 
qu'ils  encraflent    en  la  terre  de 
promiiTion.&eft  aulTi  comman- 
de aux  fuiets  d'obeïr  au  luge  & 
Magiftrat  ordonné  de  Dieu  ^de 
peur  que  enflez  d  orgueil,  ils  ne 
s'attribuent  à  eux  mefmes    les 
Mngillrats  par  deuoirs ,  &:  rauif- 
fent  les  digaicez  par  presés,  frau- 
der joupuifiances^s'ilsncfontlc- 
gitîmcment  ap^-ieUez  i  car  qui 
2:'cfleuerapar  deffus  les  autres,  il 
fera  humilié  ,  pour  ce  qu'il  pro- 
vient d  ambition  &  arrogance  a 
laquelle  Dieu    rcfiftc    grandc- 
înent:   car  la   fuperbe  cft  vnc 
Idolâtrie  exécrable    iur   toutes 
chofes,   à  eaufe  que  Dieu  cft 


DES    PhiLÔ^OPHBS.       ^^ 

fcul  grand  &  puiiTanc ,  &  lequel 
înllitue  &  goiiuèrne  félon  fa 
volonté  &  bon  plaifir  tous  les 
ordres  &  degrez  de  la  puiflan- 
ce  feculiere  ,  cognoiiTanc  plaî- 
iiemcnt  toutes  chofes  dans  la 
lumière  &  ténèbres  ,  créateur 
&  authcur  de  tout  ordre  de 
luftice  ,  &  àcs  créatures  ^  em- 
pefchant  les  arbres  &c  les  mon- 
tagnes monter  plus  haut  au 
Ciel  ,  refrénant  les  fedes  ra- 
uiflantes  ,  Ôc  reprimant  la  for- 
ce Se  cruauté  des  Geans  & 
tyrans  :  car  ceux  qui  refiftcnc 
à  Dieu  &  font  contraires  a 
ceux  qu  il  a  choifis  ,  au  lieu  de 
bien  ils  n*ont  que  du  mal,bien' 
que  le  Soleil  commun  leur  cf- 
claire  ,  Dieu  raulffant  la  for- 
te de  leur  puiffance  miracu^ 
j  ^  îcufcmént     par   vn  tourbillon 


JTOO  A  Z  O  T  H 

de  vents,  de  laquelle  chofe  ncu| 
îrcndent  tefmoignage  les  exem- 
ples iotirnalieFs.  Outre  ces  gens 
il.  fetrouuént  certains  qui  me-^ 
nent  les  grands  efprits  y  ayans 
quelque  Icience  des  arts  médio- 
cres y  mineurs    &  petites    des 
Gentils  ^eflcuant  la  puifTance  de 
Dieu  très  bon  &c  tre^-grand ,  & 
menans  vne  vie  Epicurienne.  Il 
fe  faut  bien  donner  de  garde 
d'eux%  ptincipalemcnt  qu'ils  foni 
de  nature  encline  a  mal  ,  bien 
que   nous  ignorions  comment 
le  monde  a  eftéfait  par  le  verbe 
de  Dieu,  &  eft  procède refprit  de 
ce  verbeuse  que  l'Image  de  Dieu 
cft  cachée:  cequeMoyfevoyoîc 
par  derrière  en  la  roche  y  &  qu^ 
en  ce  temps-là  le  fus  -Chrift  ne^ 
pouuoîc  cftre  veu  des  yeux  cor-* 


besPhïl    osohpesp     lat 
Adolphe. 

Vous  faites  d'eftrangcsdîgrcf- 
fioSy  &  bien  cfloignees  de  ce  que 
vous  auez  commencé  ,  voulans 
cfclaîrcir  les  queftions  fpîrîtucl- 
les.  Tay  grand  dedr  déformais 
d*cntcndrc  la  defcrîption  devo- 
ftre  propofition  ,  encore  que  il 
me  femble  en   auoir   entendu 
quelques  chofesde  vous^lefquçl- 
Ics  ie  ne  prenois  pas  garde^quel- 
les  deuoienc  eftrc  diligemment 
balancées. 

Le  Vieillarà, 

L  on  doit  chercher  d'vn  mef- 
mc  pas  la  cognoifïance  des  biens 
dîuins  &  humains ,  d'autant  que 
les  biens  &  externes  donnent  en- 
trée à  la  félicité  temporelle  vne 
feule  fois  ,  &  que  la  volonté  de 
Dieu  eft  immuable ,  afin  que  îour 
èc  nuid  nous  méditions  fa  loy: 


iC2^  ) 

^ffer-  A  Z  O  T  H- 

car  d'îcellc  le  falut  deTamc  prp-' 
uient^ôc  rhommc  cognoift  que 
toutes  cliofes  doiuent  eftrc  de- 
mandées par  prières  de  ceftç 
fontaîne  de  biens  ^  qu'il  faut  rc- 
jetter  le  foin  des  chofes  terricn- 
ties  ,  &  les  biens  qui  nous  font 
doitnez ,  les  conuient  garder  en 
humilité  &  modeftie  ,  car  aulïi 
la  puiflancc  &  aftuce  du  Diable 
paroift  tres-grandc  fur  toutes 
cliôfés  y  &C  pcrfonne  ne  pourroit 
cfuiter  fa  f prce  &  fa rufc ,  fi  lami- 
fericorde  de  Dieu  ne  nous  p;ar- 
doit  .Que peut  eftre  eftimée  la 
félicité  ,1e  profit  &  Texcellencc 
de  Vhomme  y  encore  qu'il  foit 
remply  de  biens  &  de  richefles, 
fi  les  maladies  de  lame  ne  font 
guéries  ,5c  ne  font  oftées  ?  C'c- 
ftoit  le  plus  grand  bénéfice  que 
Dieu  nous  ayc  laiffç  qu^nd  le- 


DES  PHILOSOPHES         /©j 

fus  Chrîftnoftrc  Sauueur  coîoî- 
gnoic  touiioursla  remîlfion  des 
péchez  àlaguarisô  des  maladies, 
Adolphe. 
,Ces  cbofesfontàlayVentétrcs- 
çertaines  :  mais  plufieurs  ne  le 
confideréc  comme  il  faut ,  ce  qui 
m'arriue  bien  fouuent ,  &  princi- 
palement quand  ic  fouille  moa 
ame  de  cupiditcz  &  voluptez 
mondaines.  Mais  puifque  l'vfage 
&  pofleffio  des  richefles;  comme 
aufïî  ceft  oeuure  ne  répugne  àla 
voîotede  la  nature  Dluine^Tay 
bonne  efperance  que  i'y  pourray 
profiter  felo  le  coaiandement  &; 
volonté  de  Dieu  très -bon  &  tres- 
grâd.Toutesfbis  outre  ces  chofes 
l'aucuglement  dcsPliarifiensmc 
détient  quelque  pea,qui  ne  vou- 
loîent  croire  s'ils  ne  voyo'cnc 
les    miracles  &  figncs  de  le- 

Q  m) 


104  A  Z  O  T  H  i 

fus  Ghrîft^cncorcque  ie  ne  doute 
point  que  la  foy  nVeft  donnç  par 
la  grâce  de  Dicu^necelTairc  au  fa- 
lut  de  l'Âme  :  mais  pour  côfirmer 
ma  foy  des  iniracles  diuins ,  &  la 
cognpiiTance  des  paraboles  de  ce 
tres-cxellçnt  thrcfor,  i'attés  plus 
exaâ:e  expliçatiô  de  vos  paroles, 
Le  y^ieillard. 
Tayracote  toutes  ces  c4iores  aîn- 
Il  amplemét  ^  afin  que  vous  ente- 
riez que  ce  threfor  ne  s'cquîert 
paç  att  magique  ,  comme  queU 
quesvnseftimetppuuoir  açque^- 
rir  autres  chofes  par  Içdîc  art  y  au- 
quel Une  faut  mettre  fa  confian- 
ce, ni  aucunement  adîqufter  foy. 
Mais  *4fin  que  iç  vous  demonftrç 
Tocçaïion  vraye  pour    laquelle 
elle  doit  eftre  cachée  des  enfans 
delafcîencc,&  qu'elle  ne  doit 
çîlve  dpnné  à  vn  feul  ;  car  toutes 


DES  Philosophes.  10/ 
chofes  ne  font  données  à  vn  feul, 
D*ouell  tirée  l'excellente  para- 
bole de  ncttre  Sauueur  lefus- 
Chrift^  dans  S.  Matthieu ,  fixîef- 
me;Que  perfonnene  peut  fer- 
uir  à  deuxmaiftres.  Et  afin  que 
nous  voyons  que  Dieu  s'eft  de- 
monftre  apperternent  foy  mef- 
nie  es  œuures  de  la  Nature^afin 
que  fes  œuures  admirables  foiét 
cogneuës  de  tous*  &  veritable- 
méc  cela  fe  fait  par  diuer s  moyens 
&  par  contraires  fortes  de  tenta- 
tions &  affligions ,  non  pas  en  la 
fange  des  voluptcz  ^  &  comme 
nous  voyons  Zachee  auoîr  efté 
rcceu  de  Dieu  ,  lors  qu  il  tcm- 
boit  dans  le  vice  de  lEfprit,  en- 
core qu'il  fuft  petit  ôc  de  baffe 
ftature,  toutesfoîs  il  a  voulu  lo- 
ger chezluy^pource  qu'il  auoîc 
vn  amour  magnétique  cnuers 
Zaçhce^  qui  eftolt  aufli  donné  eft 


îo6  Â  Z  O  T  H 

cfcoulant  aux  autres  :  Maïs  pat 
vnc  commune  tache  de  narure 
humaine  ;  nous  no^  enorgueillif- 
fons  refprit,&  fermons  la  fonraî- 
ne  delà  douceur ,  cômc  fi  ce  dont 
nous  cftoit  donne  pour  noftrc 
feule  vtilite  y  quand  pluftoft  nous 
deuons  faire  de  bonnes  ocuures, 
&  exercer  les  œuures  de  mlferi- 
corde  enuers  les  pauuresrmaîs  les 
fedateurs  de  ce  monde ,  ces  far- 
ceurs &  bouffons  fe  mocquent 
aifement  de  toutes  ces  chofes  : 
car  les  rlcheffes  changent  les 
homes  &  leurs  meurs ,  &:  les  per- 
uertififentaffin  qu'ils  facent  cho- 
fes du  tout  contraires^^  oftent  le 
mords  de  luftice.Ics  rîcheffes  ont 
elle  appellees  de  Icfus-Chrift, 
Mammon.  Dauantage  les  richef- 
ics  donnent  la  Sapiencc ,  &  la  Sa- 
gelTe  des  panures  cft  de  peu  d'c- 
illme  quand  la  bourfe  fonne  ^  & 


desPhilosohpes.'  707 
l'argent  parle,  &  pour  ceftc  caufe 
il  eft  difficile  cjuvn  riche  entre 
au  Royaume  celefte  ,  mais  Dieu 
cognoift  &:  nourrit  les  pauures 
Sages, doux  ôchumbles^reduifant 
l'abondance  des  riçheilesen  pau- 
uretéf  pource  qu^lls  eftiment  n'a- 
uoir  befoin  de  perfonne  (&  mon- 
ftre  auiTi  que  la  fagefle  de  ce  mo- 
de n'eft  que  folie  deuant  toutes 
chofes  :  ainfi  très  ioyeux  cher- 
chons le  Royaume  de  Dieu  ,  Se 
priôs  auec  le  Prophète  oauid  que 
Dieu  nous  donne  nos  neceflitez 
félon  fa  volonté  &  noftre  pau- 
ureté ,  affin  que  nous  ne  nous  de- 
ftournions  du  vray  chemin  à  cau- 
fe que  la  voye  de  ce  monde  eft 
grandcmét  lubrique, &  dâgereu- 
fe.  AulTi  SalomonRoy  demande 
laSageffedeDicu^affinqu  ilpuif- 
fe  régir  &  gouuerner  le  peuple 


/o8  A  Z  O  T  H 

de  Dieu ,  à  fon  honneur  &  louan- 
ge,&:toutesfois  receuoîr  de  grads 
threfors  de  Dieu  ,  comme  Salo- 
moiîluy-mefme  die  y  que  la  Sa- 
gefle  criant  en  la  voye  fourchcue 
inuite  vn  chacun  à  fon  amour  &: 
çrtude  :  car  la  gloire  Diuine  eft 
grande  &eKcelieî:e,re  demoftrant 
i  nous  en  tous  lieux  &:  partout^ 
&  nous  y  inuitanS;^  mais  il  y  a  peu 
de  gens  qui  çonfiderentces  cho- 
fes  auec  attention  en  cefte  vie 
mortelle, laquelle  s'enuolant  bien 
vide,  femblc  à  plufieurs  néant- 
rnoins  fe  retirer  négligemment. 
Le  miftere  de  Dieu  doqc  eft  grâd 
enuers  ceux  qui  le  craignét ,  &  la 
lumière  efclaire  cntçnebresaux 
bons,  par  la  mifericorde  &  luftî- 
cede  Dieu.  PfaL  //z.  Afin  donc 
que  nous  n  employons  ce  thre- 
for  précieux  du  temps  ,  &  nps 


DES  Philosophes.     109 

forces  de  refprîc  &  du  corps  à  ac- 
quérir ôc  amaiïer  des  richc{reSj& 
imitions  les  ambitieux  ôcfuper- 
bcs  y  faifons  toutes  chofes  en  1^^ 
crainte  de  Dieu  pour  le  profit  & 
vtilit  é  des  bons  ^  bien  que  împru^ 
dens. 

Adolphe. 

Êîen  queie  confeffe  ces  cho- 
ies eftre  vrayes,  toutesfôis  î'ay  vri 
(crupule  en  TAme,  quand  î'en- 
tends  Tadùis  des  rhilofophes 
eftre  ^  qu'il  faut  demander  touc 
par  prières ,  ce  threfor  deDieu, 
&  le  requérir. 

Le  Vieillard. 

Il  y  a  long  temps  que  vous 
lii'auez  ouv  dire  eu  il  faut  cher- 
cher  deuant  toutes  choies  Ici 
Royaume  de  Dieu  ,  que  Dieu 
nous  adiouftera  &  donnera  à 
;  fouhdt  toutes   ch©fes  ,  &  que 


jib  A  z  b  a  ri 

riiôme  ne  peut  pas  viurejde  feul 
pain  ,  mais  de  tout  verbe  procé- 
dant de  labouche  de  Dieu. Or  en 
la  mefme  raifon  que  le  Diable  a 
tente  noftre  Sauueur ,  de  mefmc 
iufques  àauiourd'huy  il  a  de  cou- 
fturnc  nous  tenter  ,  principale- 
ment au  temps  que  nous  aaons 
befoinde  quelque  chofè  :  car  ou 
la  foy  &  la  parole  de  Dieu  ne 
nous  aflifte  ,  nous  dèfefperons 
en  nos  affiliions  ^  6c  fommcs 
du  tout  abbatus ,  &  pour  vray  di- 
re, quand  la  fortune  nous  rir  y  le 
mefme  nous  arriue  :  car  nous  fui- 
tions  le  Diable  mefme  &c  l'au- 
theure  de  tout  mal,&  luy  deman- 
dons aide  ;  iceluy  nous  promet 
hs  chofes  qui  ne  font  pas  en  fa 
^uiflance  ,  Se  nous  précipité 
aux  ténèbres  d'ignorencé:^  pré- 
férons donc  le  pain  celefte  I 


DES     P  H  ILOSOï'HÉS-       il î 

la  manne  cerrcftre  de  tant  que 
nous  pourrons  :  Ce  que  difenc 
lesPhilofophes  ,  qu  il  faut  prier 
Dieu,  en  la  recherche  de  ce  thre- 
for ,  c*eft  vne  chofe  vrayc  &  bien 
dite  car  Dieu  feul  nous  le  don- 
ne 3  pourucu  que  nous  luy  de- 
iignions  les  mornents  du  temps  ^ 
&  le  moyen  ,  &  que  ne  prc. 
iumions  pouuoir  refifter  a  fa 
volonté  :  car  il  eft  feul  la  véri- 
té, laSageife  &  la  luftice  ^  ren- 
dant à  vn  chacun  félon  fon mé- 
rite par  le  falnt  Efprit ,  com- 
me aufli  il  à  etlé  efpards  par- 
my  les  Apoftres  AuiU  pour 
cefte  caufe  il  nous  eft  com- 
mandé de  démander  tous 
les  iours  en  foraifon  Doml- 
iiicaîe  ,  noftre  pain  quotidien, 
car  nous  ignorons  les  chofes  que 
iious  deuons  demander  à  Dieu, 


iu  A  Z  O  TH 

€c  fouuent  nous  demandons  les 
chofes  qui  tourneront  a  noftrd 
dommage  ,  bien  qu  elles  nous 
foycnt  concédées  pour  nous  ten- 
ter. L'aide  et  fecours  feulduS» 
Efprit  ;,  la  fanté  heureufe  et  les 
commodités  delà  Paix  doyuenE 
cilre  demandées  de  Dieu  :  car 
diceluy  defcend  toute  fcicnce  5c 
fagelTe  ^  tant  naturelle  que  fpirî- 
tuelle,  Ec  Jefus-Chrift  defu-oic 
ardemmét  le  faluC  dès  hommes, 
&  de  là  ie  dis  que  fon  Royaume 
n'ertoit  point  de  ce  monde  ,  Se 
qu'il  cftoit  venu  au  monde  afEn 
de  {auuér  les  hommes  :  &  les  re- 
tirer des  ténèbres  d'ignorance  & 
des  richertes  terriennes  y  iufqucs 
finalement  à  en  auoir  côduît  au- 
cuns au  Royaume  celefte  ,  & 
pour  cefte  fin  il  nous  a  baillé  par 
tradition  ccfte  oraifon  que  nous 

appelions 


bus  Philosophes  hj 
Dominicalle  ,  &  nous  a  enfeîgnc 

;  comme  nous  deuons  drelTer  nos 
prîcresàDieu  fonPerc  ,  duqllel 

I  nous  fommes  enfans  par  adop- 

kîon.quandcy  deuanc  nous  che- 
minions deuantluyfoubs  les  cc- 
fcmonîcsde  la  Loy  en  crainte  ôc 
peur  feruile.  Outre  ces  chofes 

u'etlimeque  vousfçaués  que  les 
chofes  naturelles  fontforties  des 
fupernaturelles.  Se  que  leRoyaii- 
medeDieucft  Eternel  ^  duquel 
procède  le  Royaume  temporel. 
N'eft-il  pa^vray-femblable  que 
le  Ciel  &c  le  firmament  a  efté  erï 
premier  lieu  preparé^&apres  Vê- 
lement, ôc  le  dernier  de  tous  la 
terre  :  après  icelle  a  efté  fait  l'ho- 
me y  nouuelle  créature  &  petit 
onde.  Car  Dieu  comm.encc 
remlerement  en  Thomme  pour 
feftre  en  terre,  comme  centre  du 


îi~4  A  z  o  t  H 

cercle ,  cornmc  aufli  il  auoît  pris 
€Gmmencemenc  du  grand  cen- 
tre ,  &i  après  la  vie  Tame  fut 
mife  au  corps  de  l  homme,  la  vie 
êc  amc  éternelle  5c  immortelle  : 
car  cela  ell  fuperceleftiel  &côme 
Ciel  diuîn  Aftral;,&commc  efpri^ 
efTentiel  de  toutes  crcaturesviuâ- 
tes  naturelles  :,  ont  efte  aupara- 
uant  y  Scpuîs  après  le  corps  ele-  ! 
mentaire  comme  en  corps  feul^ 
centre  de  la  terre  ,  touché  au' 
doigt  de  lefus-Chrift  quand  il  la 
nommé  Tel  de  terre  ;  car  le  fcl 
conferue  toutes  chofes  de  pour-5 
rîturc  ;,  comme  Ton  cognoift  de 
rOcean  y  Mer  naturelle  du  mon- 
de ,  quelle  contagion  fortîroîs 
de  telle  puanteur ,  {i  Dieu  ne  prc^ 
feruoît  par  ce  fel  ceft  Océan  ^  Si 
aufli  s'il  n'y  auoit  mouuemenc^ 
î>auantagc  on  confère  les  vxg 


DES  Philosophes.'  xïj 
ftcurs  &  mînîftrcs  de  la  parollc 
de  Dieu  au  fel  qui  conferue 
de  putrefadion  les  membres 
qui  leur  ont  eue  commis  pat 
la  prédication  du  verbe  Diuin, 
&  le  faifid  Efprit ,  en  cefte  mer 
du  monde.  AufTi  noftte  pre- 
mier père  Adam  auoîc  entière 
cognoifTance  de  routés  créatu- 
res ,  5c  nous  fuccefTeurs  d'icc- 
luy  ,  poffedons  à  grand  peine 
quelques  parcicularitèz  y  ôc  rc- 
cognoilTons  mèfmè  que  cefte 
noftrc  côgnoiflance  eft  impar- 
faite :  Auffi  aux  derniers  temps 
plufieurs  feront  congfegez  ca 
plufieurs  y  au  lieu  d\n  feuï 
Adam  ,  &  dit-on  que  tous  lés 
arts  deuanc  le  dernier  iugement 
feront  reueles  apertemét.  Jamais 
il  ne  fut  donné  tant  de  fcience& 
dé  cogîïoiifance  qu'il  en  a  cft^ 

H  ij 


lî^  A   Z   O   t   H 

concède  à  Adam  noftre  prcmîéf 
Père  ,  ôcà  Icfus-Chriftnouueaa 
Adam ,  laquelle  fcience  il  alaif- 
fee  à  fon  Eglife  ^  îufques  à  ce  que 
BOUS  encrions  en  la  vie  éternelle 
en  laquelle  toutes  chofes   nous 
feront  cogneucs  &c  reuclees  y  & 
fera  donné  à  vn  chacun  fa  deuc 
jrecompenfe  ;  car  en  ce  monde 
nous  lommes  tourmentez  par  dî- 
uérfes  tentations  fafchcries  &cn- 
nuîs.à  caufe  du  péché  par  lequel 
le  genre  biumaîn  reçoit  de  gran- 
des incommoditezparl'ennemy 
Satan  ,  car  ayant  perdu  la  fimi- 
lîtude  de  Dîeu.nousfaifons  touf- 
jours  le  contraire  de  fa  volonté. 
Outre  ces  chofes  vous  confidc- 
rerez  aufTi  ce  que  difoit  noftre 
Sauueur  quand  il  commande  de 
chercner  les  thrcfors  qui  ne  font 
fujecs  à  la  pourriture  ^ni  à  la  pille- 


DES  PHILOSOPHES.       lïj 

rîe  des  larrons  &  voleurs  ^  mais 
des  threfors  fpîricuels^dcffcndans 
les  confclences  des  homes  quand 
ils    font  extrêmement   tentez, 
quand  aufTi  l'efprit  &  le  corps 
cherchent  en  vainlelecourshu- 
piaîn  ,  la  crainte  &  peur  oftez: 
car  en  ce  moment  de  temps  l'ar- 
mure celeftc  cft  grandement  re- 
quife,&  alors  la  force  qui  eft  des 
vertus  Cardinales  de  ces  mon- 
dains ,  defqucUes  nous  nous  ap- 
puyons au  temps  de  la  grâce  flo- 
riffante  5  fçauoir  eft  de  la  beauté, 
fagelTc  3  richefle  &  puiflance.  La 
force  femble  toutcsfois  caduque 
&  fragile ,  coparéc  à  la  gloire  di- 
uine  ,  laquelle. conuicnt  recher- 
cher en  lefus-Chrîft  feul  &  fa  pa-^ 
rolle.  Que  fi  donc  en  ce  temps  de 
noftrc  pérégrination  vcillans  & 
priansjixousfaifonsparoiftrc  nq- 

H  iij 


)fi2  A  Z  O  T    H 

iftrc  Foy  ,  Charité  ,  Eff  erancç, 
Modertic,  Humîlicé  &  Patience , 
comme  rEfpoufeclcIefus-Chrift^ 
afHn  que  nous  foy  on  s  confor- 
mes à  noftre  Efpou:^noftreSau- 
ueur  lefus-Chrift  y  nous  monte- 
rons au  fe;în  d*Abraham  &  dlfaac 
par  Tefclielle  delacob^ôc  verrons 
la  gloire  &  la  pierre  de  la  foy, 
auec  le  bien  ayme  Difciplc  de 
Djei|faipi5tkan,  qui  regarde  le 
Soleil  comme  l'Aigle  volant  en 
haut  ,  c'cft  à  dire  ,  la  gloire  &; 
clarté  de  Dieu,  laquelle  a  efté  ca- 
chée à  lacob  ,  de  laquelle  glpl- 
re  certes  les  trois  Dîfciples  ont 
veu  quelque  efclat  fur  la  mon- 
tagne de  Thd:)or.  Mais  toutes 
ces  chpfes  que  i'ay  defcrites  ne 
font  a  autre  fin  que  à  leui: 
exemplQ  ,  mefprifans  les  rU 
îfhei|e5  mondaiues ,  &  fuyuam 


DES  Philosophes,    n^ 
îe   fcul   verbe    Dîuin   ,    &  fa 
Loy  ,  nous  implorions  l'aide  5c 
feeours  du  faîncl  Efpric ,  &  que 
nous  marchions  deuant  Dieu  en 
Foy,  Efperance,  Charité  vHumi- 
lîté  &c  Patience  ^  recognoifTans 
tnermemenc  quelque  gouft  de 
cefte  cclefte   Hierufalem  ,    & 
du  Paradis  ,    car   nous  appre- 
nons CCS  chofes   du  feul  ver- 
be de  Dîeii  ,  non  pas  par  les 
allechemens    de    ce    monde  , 
car  il  eft  feul  lufte    Ôc  miferi- 
cordieux.    Qui  dcfire  donc  la 
rcftauration  en  foy-mefme  de 
rimage  Diuine  ,  s*employe  aux 
œuures   de  mifericorde  &c  de 
charité  j  pource|  que  nous  fom  - 
mes  plufieurs  ^  vn  corps  en  le- 
fus-Chrift  ,    &  feulle   cft   fon 
Efpoufc.  Tay  eu  défit  de  vous 


£z6  A  Z  O  T  H 

propofcr  toutes  ces  chofes  nccef- 
laires  :,  encore  que  tous  lesiours 
vous  en  retirez  ou  puifTez  quand 
vous  entendez  la  parole  de  Dieu, 
afin  que  entcntîf  à  ces  chofes 
plus  ardemment^  félon  le  dire  de 
S.Paul,  vous  teniez  pour  certain 
que  c'eftvn  grand  reuenu  fi  quel- 
qu*vn  honnorant  la  pieté ,  ne  de- 
fire  chofes  plus  grandes;  car  nous 
n'apportons  rien  en  ce  monde  <> 
&  fortant  de  ce  nionde  3  nous  ne 
remportons  rien  des  biens  de 
fortune.    Que   (i   Dieu  nous  a 
donné  les  chofes  neceflaires  a  la 
vie^  &  au vcftemenf.II eftraifon- 
nablè  que  nous  viuions  contans 
de  ces  dons  :  car  ceux  qui  cher- 
chent trop  foîgneufement  les  ri- 
cheiTçs  mondaines  ^  ils  font  ordi- 
nairement   tentez    &c  tombent 
dans  les  rets  des  cupiditez  ^  mf- 


DES  Philosophes,  ni 
ques  à  ce  que  par  îcelles  ilsfoîçnç 
reduks  en  extrême  malheur, 
car  l'auariceeftla  racine  de  tous 
les  maux ,  &  ceux  qui  l'ont  dejfire 
il  fe  font  deftournez  de  la  foy, 
plongez  en  extrêmes  calamltezo 
Fuis  toutes  ces  chofes  dilicjem- 
ment,  ô homme  deDîcu  ,  &:  en- 
fuy  la  luftice^pieté^la  foy  Ja  péni- 
tence ScThumilîte,  combatant  à 
propos5&  conçoy  celle  vie  éter- 
nelle,pour  laquelle  tu  es  faîâ:3&: 
laquelle  tu  as  confefle  deuanc 
tous.  Enfeignez  les  riches  de  ce 
monde  qu  ils  ne  s  efleuent  par 
orgueil  ^  &  ne  mettent  leur  e  fpe-- 
rance  aux  richefles  incertaines^, 
mais  pluftoft  en  Dieu  viuant  qui 
donne  &  fournit  toutes  chofes , 
afîîn  que  les  riches  facent  bien 
aux  autres,  &  remplis  de  bonnes 
csuures  ^  acquerent  pour  fonde- 


lit  À    Z   O   T    H 

ment,  tant  les  threfors  que  la  vie 
éternelle.  C'eft  tout  le  fommai- 
rc&  l'argument  de  toute  noftre 
refponfc  ,  déclarez  déformais  fi 
longuement ,  affin  que  i'adoucif- 
le  vn  peu  le  defir  qui  eftoit  en 
vous ,  des  biens  &:  richeffes  ter- 
riennes :  car  ces  paroles  pro- 
cèdent du  centre  celefte  du  So- 
leil de  luftice ,  &  des  rayons  du  S. 
Efprît  par  le  vaifleau  efleu  de 
Dieu.  Mais  à  dire  vray,  la  vie  & 
béatitude  celefte  furpaffe  de 
beaucoup  la  terreftrc  y  laquelle 
il  nous  eft  de  befoin  defirer  & 
cnuier  en  cefte  chair  ,  afiîn  que 
nousfoyons  vnc  chair  fpirituellc, 
laquelle  fabftîénc  de  tous  attraits 
de  ce  monde  ,ay ans  guerre  conti- 
nuelle auec  les  ennemis  de  Dieu, 
&  les  mettant  foubs  le  îoac  de 
Terprît, 


DES  Philosophes,  iij 
Adolphe. 
le  fuis  s^andemcnt  efmeruell- 
lede  VOUS  voir  parler  des  myfte- 
ics  de  la  doctrine  celefte  ,  ôcdes 
chofes  fpirituelles  _,  àcaufe  que 
ii  y  a  peu  de  c^ens  adonnez  à 
ce  fecret  qui  ayent  accouftume 
de  contempler  ces  chofes,  &  aues 
efcric  ces  chofes  fi  prolixemcnr 
[y  ôcobfcuremcnt que  chaca  plus  ai- 
fcméc  defireroitles  rîchefles  que 
la  faînde  Efcriture.  Quand  eft  de 
mov ,  i'ay  pris  grand  plaifir  d  en- 
tendre ces  chofes  ,  encore  que 
l'en  aye  ouy  plufieurs^defquelles 
îufquesàce  iour  ien'ay  pas  fait 
conte  ,  &c  comme  nousfommes 
de  nature  enclins  a  mal  ,  aufli 
fommes-nous  moins  attentifs  à 
bien  dire&  à  bien  faire ,  ou  aux 
chofes  bien  dites  &c  bien  fai- 
tes. 


/ïf  A  z  o  T  rt 

Le  Vieillard, 
Nous  deuons  donc  pluftoft 
prendre  garde  à  ces  chofes  à  cau- 
fe  que  ccftœuure  naturel  elt très- 
plain  de  la  gloire  Diuinc  y  en  pa- 
rabollcs  &  images ,  outre  Tabon- 
dancc  anffi  des  richeffes  terrien- 
nes. Mais  ie  fuis  fafclié  voyant  la 
vie  des  hommes ,  &  de  plufieurs: 
car  peu  {ont  dignes  de  ce  myfte- 
re,&  cnmaieuneflTe,  ayant be- 
foîn  de  toutes  chofes,  mocque  de 
tous ,  à  la  fin  difficile ,  receu  dVn 
homme  debien/mfques  icy  tour- 
mente par  grand  fpin  ^  fpUicitude 
&:  de  grandes  dinerfesSc  fafcheu- 
fes  affliitîons^à  grand  peine  fina  - 
lementi'ay  leué  la  telle  ,&  confi- 
derant  ,  en  difant  profonde- 
inenc  par  ces  chofes  l'aueugle- 
ment  des  hommes  >  ie  tourne 
nies  oreilles  &:  m,es  yeux  obeïf- 


DES  Philosophes,    nj 

fant  à  Dieu  noftre  Sâuucur  >  le 

priant  par  vn  veu  folenncl  qu'il 

iTie  deliure  ^  &  les  autres  des  a- -«^ 

ueuglemens  mondains  ^  &  fem-^'^ 

ble  que  cela  aille  de  mefme  pied 

en  ce  que  nous  voyons  plufieurs 

d'entre  les  doftes ,  riches  ,&les 

autres  tous  prefque  cftre  à  mef- 

pris ,  enflet  de  trop  d'ambition 

ôc  d'orgueil^  quand  toutesfois  au 

dernier  article  de  la  vie  les  rî- 

chefifes  &  ambitions  ne  leur  peu- 

uent  confokr  ni  alder^&aufquel- 

les  forces  font  tellement  defaiU 

lies  qu'à  peine  peuucnt-ils  chaf- 

ferles  mouches.  Sçauoîrdonc  fi 

l'ambition  &  la  fuperbe ,  &  la  pa- 

relTe  n  en  fon  pas  feuls  les  caufcs 

pourlefquelles  nousfommcs  cn- 

uoyez  de  Dieu  en  celle  lumière, 

non  pour  conferuèr  les  fruid:s; 

Sçauoir  ,  fi  nous  ne  deuons  cm- 


14^  À  Z  O  T  il 

ployer  noftrc  foin  &  follîcîmjè 
en  la  manière  que  nous  acqué- 
rions la  SagefTe  Diuine  ,  laquelle 
eft  ,  à  la  vérité  y  chaffee  de  plu^ 
fleurs  nîiefcharnment ,  &c  n'cft 
pas  reçeuëenlamaifon,  comme 
le:  temps  paffé  elle  fut  reçeuë 
d'Abraham  ^  de  Loth  ,  ôc  de  la 
Vierge  Mère  de  Dieu  ,  car  en 
îeeux  elle  demeura  ,  &  fe  prépa- 
ra en  leurs  eœursvnc  habitation 
ferme  &  ftablc.  Ceftc  fageffc  eft 
refpritde  Dieu  ,  &  pour  mieux 
dire  3  c'eft  Dieu  mefmc.  Ge  qui 
a-Teuré  quelle  chofc  peut  eftrc 
îe  Verbe  de  Dieu  ,  qu'il  entend 
dcbuoir  habiter  en  nous  ,  car 
c'eft  la  parfaire  SagefTe.  Or  il 
n  habite  pas  en  ceux  qui  fontfu:- 
perbes  ôc  orgueilleux ,  &c  qui  ne 
recherchent  la  fagclTe  ,  car  elle 
Recherche  ceux  Icfqucis  elle  ay-^ 


t)Es  Philosophes.  îzf 
me  ,  fçauoir  lesdcuots&lcsrai- 
fonnablcs ,  laquelle  deuotion  eft 
commencemcns  delagcflc,  d'où 
procède  ladiuerfité  des  cftats  des 
hommes,  tant  es  ehofes  fpîrituel- 
les  que  temporelles  y  comme 
font  la  Théologie  ,  lurifpru- 
dence  ,  Médecine  ,  lefquellcs 
font  appellees  arts  mécaniques 
&  libéraux.  Par  celle  raifon 
les  manufactures  font  réduites 
à  bon  &  îufte  ordre  par  ces  fept, 
le  bien  eft  feparé  du  mal  ,  Li 
vérité  eft  difcerncedu  menfon- 
ge.  Car  c'eft  la  volonté  dé 
Dieu  que  la  lumière  vraye  rc- 
luifeen  nous  y  le  mal  eftantfc- 
pare  du  bien  >  quand  après  le 
péché  du  premier  Adam  par 
la  colère  Ôc  fineffe  du  Diable  y 
toutes  ehofes  furent  fubuerties 
%i  troublées   j  &   k  nouueaii 


IIS  A  ^   O  t  H 

Adam  nous  fepare  de  toute  ta- 
che &  fouilleure  ,  comme  celle 
Eue  régénérée  diuifetebicnd'a- 
uec  le  mal,  ramené  la  vie  ôcle 
nouueau  monde  par  foy-mefme 
6c  fa  parollc  fainâc,  affin  que  dé- 
formais le  corps  &  Tame  ne  foiéc 
féparezl'vn  de  Pautre,  mais  de- 
meurent ftables  en  l'image  de 
Dieu  :  car  c'eft  la  volonté  de 
t)îea ,  &  en  cefte  façon  demeure 
auec  nous  iufques  à  la  fin  du  mo- 
de. Mais  le  monde  eftant  opînîa- 
ftre  il  s'aueugle  Se  metdcuant  luy 
les  obfcuritez  Judaïques  à  caufe 
qu'il  a  demeuré  éz  fentiers  du 
vieil  Adam  ,  &  toutesfoîs  ne  le 
fait  mourir  ni  VopprefTe  par  la 
foy  au  faind  facré  Baptefme^ 
pourcc  que  la  fainâie  opération 
du  faînâ:  Efprit  eft  telle  ,  par  le 
tcrbe  en  lafoy,  &c  fans  le  v  erbe  il 


DES  Philosophes,    ti^ 
nj  a  rien  :  eau  c'eft  le  verbe  méf-^ 
me  de  Dieu.  Or  qui  ne  croît  pas 
en  Dieu  ,  il  cft  dans  les  ténèbre^ 
de  la  mort  auec  ce  vieil  Adam  ^  &c 
na  pas  efperance  en  la  vie  éter- 
nelle :  car  il  ne  peut  perfifter  en 
fa  foy  fans  fondemens  ^  &  eft  pâ- 
yen    &c    mefchanc    heretîqué  i 
qui  ôffenfe  la  pierre  angulaire 
demonftrce  de  faindl  lean  ,  car 
Dieu  nous  à  propofé  plufieurs 
moyens  par  fa  grande  mifericof- 
de,  par  lefquèls ,  félon  fa  volonté 
nous  foyons  preferuez  de  très- 
grands  maux  &  de  tentations  :  8c 
peuffions  fuir  l'cfprit  maudit  Se 
la  doélrîne  mefchante  ,  lequel 
nous  procure  enfemble,  la  ruiné 
de  Tame  &c  du  corps.  Le  deuoir 
du  Magiftrac  politique  eft  arrîué 
iufqués  là  ,  par  lequel  le  magi- 
ftrat  cHaife  la  force  6c  audace  dos 
-  1 


îjÙ  A   2  O  T   H 

rnefchans ,  des  cerucUes  des  bons 
&  pieux, entretient  la  p'aix&  con- 
corde ,deftourne  toutes  les  frau- 
des &  tromperies  ,  &c  rend  le 
droi£t  à  qui  il  appartient ,  non 
pas  félon  defir  &  volonté  des 
hommes ,  mais  félon  la  règle  de 
laluftice  &c  dé  la  volonté  Diuinc, 
Il  faut  eftiruer  le  femblable  du 
Médecin  &c  de  la  médecine  qui 
dompte  toutes  les  fortes  de  ma- 
ladies Se  infirmitez  ,  &  les  chaffe 
au  loin.  Car  ceft  efprit  malin  en- 
iioye  à  l'humain  lignage  ,  toutes 
fortes  de  maux  ^  de  tentations  & 
d'afHi étions  ^  comme  font  les 
tromperies  ^  la  malice ,  les  înîmî- 
tîez ,  les  haines ,  les  menfonges^ 
Icsaduerfîtez  ,  les  calomnies,  h 
pauurcté  Jcs  perrecutîons^rincô- 
ftance.&les  autres  diuerfes  efpc- 
ces  de  tcntacions^combaf  ans  cqd^ 


DES  PHILOSOPHES         Iji 

rre  laFoy,rEfperance&  laCharî- 
té^comme  Uparoift  :  &l'Apoftre 
S.  lean.S.Pierre&S.Paul^lefquels 
cependant  que  noftrc  Sauueut 
lefus-Chrifteftoît  emmené  cap- 
tif au  iardin ,  demonftroîent  ma- 
nifefte  exemple  de  la  fragilîré  ôc 
inconftance  humaine. Il  faut  d6c 
cnfuiure  de  tout  noftrc  ccèur  le 
verbe  diuin ,  ôcl'auoir  fiché  dans 
hoftre  ame,  &  l'alTeurer  par  le 
feau  desSacremicns^afin  que  nous 
foyons  alTeurez  en  cefte  vie  ,  & 
que  nous  entrions  en  la  vîd 
éternelle  malgré  les  puiffances 
înfernalles.  K4àïs  îc  vous  prie 
que  ces  chofes  que  îe  vous  ay 
récitées  fi  longuement  ne  vous 
énnuyent  point ,  &c  qui  à  Texoplé 
.deTobie  vous  rcjettiés  lé  foin  des 
chofes  mondainès^eftant  contant 


si%  A  Z  O  T  M 

de  la  viande  iournaliere  y  &c  met- 
tant toute  voftre  efperance  en 
Dieu  vous  ferez  des  aumornes 
aux  pauùrcs ,  lailTant  le  reRe  à  la 
volonté  de  Dieu.  Mais  affin  que 
vous  entendiez  plus  amplement: 
ce  que  i'ay  dit  ,  k  vous  offre  ce 
prefent  y  par  lequel  vous  feront 
déclarez  plus  longuement  &c  a- 
bondamment  ces  parolles^  Ôc  par 
lequel  vous  acquerrez  le  gage  &c 
ample  tarefor  ,  affin  que  vous 
faciès  plusheureufement  en  ce-- 
ftenouueauce  de  vie ,  &  en  con- 
tinuation d^eftude  pour  le  proffit 
ôC  vtilite  du  prochain ,  &c  pour  la 
gloire  du  nom  de  Dieu.  C'eft  ve  ~ 
ritablcment  le  mefme  thrcfor  3  û 
moyennant  laide  de  Dieu  vou:; 
cnanez  lacognoiflance,  qui  ne 
fetrouuepas  dans  les  liures  des 
doéles.ny  dans  les  boettes  des  fai^ 


DES   PHILOSOPHES.'       75J 

eurs  d'ongucns,  caché  deuant  les 
yeux:  des  vfuriers  &  desbordez,& 
ne  peuceftre  prlfc  d'aucun  hom- 
me ,  car  il  eft  noftre  cau,&  noftrc 
feu  paroilTant   aux   bons   pour 
leur  vcilité  ôc  proffit ,  &  aux  mef- 
chans  à  leur  ruïne,  quand  les  mef- 
chans  en  auront  abufé  par  les 
voluptez  mondaines  y  &c  leur  pa- 
refle ,  car  les  humains  n  agîflent 
les  chofes  lefquelles  ont  accou- 
ftumé  eftre  cherchez  auec  peine 
&  labeur.  Mais  (i  vous  eftes  hum- 
ble patient,  modefte  y  &  dVn  ef- 
prit  docile ,  vous  aurez  ce  threfor 
du  vray  repos  &c  richefTe ,  &c  pour 
feruîr  auec  vtilité ,  Dieu  &  voftre 
prochain»    En  premier  lieu  5c 
metcray  les  paroles  de  ce  fagc 
Roy  &  Preftre  Hermès  Egyptien 
&c  fa  table  d'Emeraude^  &  adjou- 
ftcray  le  fymbolç  de  frerc  Bafile 

Y      •  •  • 


JJ4  Â  2   O  T  H 

Yalentîn  du  compte  Bernhard^ 
&  les  efcritsde  Theophrafte^la 
teinture  desPhilofophes^moyen- 
nanc  que  premièrement  vous  me 
déclariez  qu  elle  eft  voftre  opi 
pion  fur  cç  fujec. 

Adolphe. 
Voîcy  finalement  la  fin  de  mon 
dciir  ,  lequel  i'ay  attendu  défor- 
mais auec  grande  conuoitife  & 
ardeur.  Or  fain(î^ement  ie  pro- 
mets que  i*empIoyeray  ce  thre- 
for  au  profit  &:  vtîiké  du  pro-- 
chain,  &  à  la  gloire  du  nom  de 
Dieu,  &c  conduiray  mes  adions  a 
cefte  fin  qu'il  ne  paroiftra  iam*ais 
que  ie  le  poflede ,  &  mon  anie  ôc 
efpriç  u'eftant  fouillez  de  vices  S^ 
mefciiancetez,  îeneferay  fcan- 
dale  à  aucun  3  autant  certaine-- 
ment  que  la  fragilité  humaine  mQ 
le  pet  mettra,     ' 


pEs  Philosophes  13 | 

Le  V^ieillarâ. 
Sçachez  auffi  que  celuy  peut 
commodément  exercer  les  oeu- 
ures  de  mifericorde  qui  fe  con- 
tente de  peu  ^  &:  f e  relioliit  de 
petite  fortune  5  &  certainement 
vn  bien  fait  proucnu  d'vii  pau- 
urc   eft  grandement    approuue 
de  Dieu.  Mais  pour  dire  vray, 
quand  i'ay  confideré  aflfeslongue- 
ment  la  pureté  &  candeur  de  vo- 
ftre  ame.ie  me  fuis  rcfolu  devous 
donner  fur  la  fin  de  ce  propos  le 
myftere  caché  du  manteau  des  pa- 
raboles :  ôc  voftre  deuoir  fera  de 
trauailler  à  la  lecture  de  ces  pro- 
pos ,  &  des  autres  qui  tiennent 
cachez^Sc  enferment  le  fccrer  dç 
ce  myftere,  ôcobfcruent  laprc- 
fence  commémoration  efcritc  à 
caufe  de  vous ,  &  du  refte  remet- 
tez-vous du  tout  à  Dieu  très -boa 
&  très  grand. 


't$è  A  Z  O   T  H 

Adolphe, 
Gcrtainement(  vénérable  vieil- 
lard  )  îe  vous  remercie  autâc  qu'il 
ni  eft  pofliblc,&  que  ic  puis  con- 
fentir  eamon  ame^du  grand  bien 
^que  i  ay  apris  de  vous ,  ce  pen- 
dant ie  vous  promets  faindemet 
que  i'eftudieray  &  employeray 
en  la  leâure  de  ces  liures  efcrits 
auec  lefangSc  demanderay  l'ai- 
dç  de  Dieu  très  ardemment ,  &c 
mexieray  telle  vie  ,  que  îe  feray 
aux  autres  l'exéple  des  vertueux , 
&  maintenant  îe  vous  çonfacre 
&:  vous  offres  toutes  mes  eftudes 
èç  ma  peine  à  voftre  vtilité. 
Le  F^ieillard. 
Dieu  vueille  que  toutes  ces 
chofes  foyent  aînfi  par  la  bonté 
de  Dieu  -que  fi  Dieu  très- bon  & 
très-  grâdypus  donne  lacognoif- 
fancç  de  ce  myftere  :,  lois-luy 


Des  Philosophes,    jj^ 

agréable  jcndât  à  luy  fcul  loiian- 
ge  &  gloire  ,  luyuant  ce  que  dît 
Hieremic  9.  Le  (âge  ne  fe  glori- 
fiera en  fa  fageiTe  :,  ny  le  puifTant 
fe  fiera  en  fa  force^  ni  le  riche  en 
fesricheffes.quife  glorifie, en  ce- 
la feul  fe  glorifie  ,  qu'il  cognoift 
oue  îe  fuis  leSeigneur^mlfericor- 
dieux  &  iufte,  dit  le  Seigneur  ton 
pieu.  Ainfi  foit-il. 

fin  de  la  première  partie. 


13  s 

SECONDE    PARTIE 
P^E    L'ES  i^R  IT   CACHE' 

fecret  de  lOr  des 
Philofophes, 


Seconde  partie,     i^p 


CONTENANT 
la  Pratique  générale  de  l'au- 
•  ure  desfages  &  an- 
ciens. 

ATLAS. 

E  porte  fur  mes  ef- 
paules  le  Ciel  Se  la 
Terrc^ôc  ie  les  obfer- 
ue  exadteméc  &  fon- 
damentalemerit,  &  recherche  dç 
près  y  premièrement  prudent, 
puis  demeurant  fimple/iurques  a 
ce  que  ie  rapporte  le  falaire  deu, 
Celil  art  &  myftere  ne  doit 
eftre  reuelé  plus  apertement 
gu  en  paraboles ,  lefquelles  or^ 


/-fo  Seconde  partie 
doit  cxactemement  con{idcrer&; 
pefer  ;  on  doit  aufli  fçauoîr  les  li  « 
ures ,  &c  voir  les  efcrlts  des  autres 
Philofophes.  Pour  parucnir  donc 
entièrement  à  cet  arc:  Iln'eftre-' 
quis  grand  trauail  ny  peine,&  les 
dcfpens  font  petits,  les  inftrumes 
de  peu  de  valeur  :  car  c'eft  Art 
peut  eftre  apris  en  moins  de  dou- 
ze heures ,  &  de  lefpace  de  huid: 
iours ,  mené  à  perfcdîon,  quand 
il  y  a  en  foy  fon  propre  principe , 
encore  que  aux  autres  arts  il  foie 
requis  le  cours  de  (ix  ou  fept  ans, 
afin  qu'ils  foyent  rédus  parfaits, 
quelques- vns  toutçsfoisont  em- 
ployé trente  ou  quarante  ans  à 
grands  defpens  ,&  iamaîsnonç 
îicquîs  la  fin  de  ce  myfterc  : 
Mais  les  artiftes  aufquels  la  fin 
eft  cogneuë  ,  tafchent  de  cachet 
ôç  teait  grandement  fecret  ceft 


Seconde  partie.     ï-fî 
artifice  ,  ce  que  véritablement 
ont  de  couftume  d'admirer  ceux 
qui  s  adonnent  es  chofesdu  mon- 
de &  fes  fuiuans.  Mais  toutes  ces 
chofes  fontmifes  en  lamiferîcor- 
dede  Dieu,  &  feulement  eft  re- 
quis à  noftre  œuure  Lazoth^ 
&  le  feu  qui  ï\ci\  autre  chofc 
qui  lailTer  cuire,  diffoudre.pour^ 
rîr^coaguler  &c  fixer:&  ces  chofes 
peuuent  eftre  faites  tant  du  pan- 
ure &  fouffreteux  que  du  riche  ^ 
&nellbefoind'efcrireceft  arti- 
fice ^  crainte  de  ne  s'en  fouuenrt. 
Maïs    peut  eftre  enfeigne    par 
condition  de  viue  voix.  le  ne  puis 
plus  clairement  à  la  vérité  décla- 
rer ces  chofes ,  à  caufe  de  la  force 
miufte  de  quelques-vns  :  Mais  îe 
dy  a  tout  le  moins  &c  commande^ 
Prenez  de  Teau  Lunaire  ou  eau 
^'argent  ^  en  laquelle  font  les  ra- 


Ï42,  Seconde  partie. 
yons  du  Soleil  pour  ces  artifices 
parfalre,&  cecce  opération,  com- 
me difent  les  anciens  ^  conuicnt  à 
la  vérité  aux  femmes,  encor  qu'il 
fc  trouue  tant  d  efcrits  &  liures 
tompofez  à  ce  fujet  ^  &  qui  fi 
grand  nombre  de  peuple  &c  de 
grands  le  recherchentauecgrands 
aefpcns  6c  labeurs  :  mais  en  vain, 
car  la  nature  a  mis  v  ne  barrière  à 
trauers  le  chemin.  Apres  ces  cho- 
fès  ou  paraboles  vous  font  propo- 
fez  auec  la  table  Smaragdine 
d'Hermès  Pbilofophe  très-ex- 
cellent pour  plus  grande  &  plei- 
ne coguoiiTancc, 


/ 
s  EGO  NDE   PARTIE.      I45' 

Les  parolles  £I:fermes  an 
Timandre, 

E  Pimandre  d  Hcrmci 
Trimegiftc  dit  :  Comme 
vne  fois  entre  autres  îc 
pentoisàlanaruredéschofcs,  & 
cfleuois  la  fubtilitc  de  mon  efpric 
au  Ciel ,  ayant  lors  mes  fens  cor- 
porels affoupîs, comme  il  aduîeat 
communément  à  ceux  qui  à  eau- 
fe  de  trop  grande  repletîon  ou 
ènnuy  &  fafcherie  font  opprimés 
de  fommeil  ^  le  Latin  dît  ^  §luen- 
dam  -pœn^i  miid  mmÇura  indéfi- 
ni ta  ,  foudain  il  me  fembla  voîf 
vne  fort  grande  ftatuc  corporel- 
le^quim'appcUant  par  mon  nom 
me  demanda  que  veux -tu  ouïf 
êçsoK^  qu'cft-ce  quemfouhai- 


J4f    Seconde  part  îb. 
te  Pimandre  ôcdefire  cognoîftrc> 
alors  îc  luy  demanday  qu'il  ettoic^ 
ie  fuis ,  dit'il  Pimandre, la  pcnfeé 
dé  la  diuinc  puîffance ,  ie  feray  ce 
que  tu  veux  ,  &  fuis  aucc  toy 
par  tout,  lors  ie  luy  dis  que  ie  dc- 
firois  fçauoir  la  nature  cffence  &c 
reflbrt  de  toutes  chofes ,  &  prin- 
cîpalementde  cognoiftreDieurSc 
il  me  dit ,  aye  bonne  mémoire,  5c 
îc  t'cnfcigncray  tout  ce  que  tu 
'veux  apprendre;  comme  il  difoit 
ces  chofes  il  changea  de  forme, 
&  tout  en  vn  inftant  toutes  cho- 
fes me  furent  reuelées  en  vnmo- 
ment. 

14 


SfiCdiîDB  PARTIE.       ï-f5 


La  Table Smaragdine  d'Hsr^ 

mes  utiles  paroles  desfecrePs 

a  Hermès. 

EcY  eft  vray  ôcefloî- 
gné  de  tout  menion- 
ge  que  ce  qui  cft  de- 
fous  cft  fcmblabic 
à  ce  qui  eft  dclTus  ^  par  ce- 
cy  s'acquièrent  èc  fe  font  les  mer- 
ùeilles  de  loeuurè  dVne  feule 
chofe,  &  comme  toutes  chofes  fè 
font  par  vn,  &  Méditation  d'vri; 
ainfi  toutes  chofés  font  failles 
d'vn  par  coniondion  ^  le  So- 
leil en  cft  le  perc  :,  &  la  Luné  U. 
Mère, le  vent  la  porte  en  fon  vén^ 
îrè,  la  terre  eft  fa  nourrice,  lamc^ 
ré  de  toute  pérfeâ;ion,  fa  puif- 

K     ^^ 


ï-f^  Seconde  Parti  fi. 
fance  eft  pdrfaifte  fi  elle  eft  chaiv 
gée  en  terre  jfeparez  la  terre  du 
feu  y  le  fubtU  d'auec  refpoîs  êc 
groS:,  &  prudemment  auccmo-^ 
defl:ie&  fageffe  >  11  monte  de  la 
Terre  au  Ciel, &  delcéd  derechef 
du  Ciel  en  la  Terre  ,  &  reçoit  la 
puîfTancc  y  vertu  &:  efficace  des 
chofes  fuperieures  &:  inférieures- 
Par  ce  nioven  vous  aurez  la  crloi- 


Seconde  partie;  147^ 
re  de  tout;  Tu  repoufîcras  les  té- 
nèbres &c  toute  obfcurîce  &  a- 
ueugjlemcnt:  car  c*eft  la  force  des- 
forces  qui  furmonte  toutes  for- 
ces &  chofes  fubtiles  y  Se  pénètre 
les  chofes  dures  &  folides>  en  ce- 
fte  façon  le  monde  aefte  fait& 
les  conjonctions  &  effeéls  admi- 
rables d'iceluy;  &  c'eft  le  chemin 
par  lequel  fesmerueilles  font  fai- 
tes ;  &  pour  cefte  caufe  ie  fuÎ5 
nommé  Hermès  trois  fois  grand, 
ayant  les  trois  parties  de  la  fa- 
g^ffe  &  philofophie  du  mondé 
vniuerfcl,&eft  parfait  ce  que  i'ajr 
dit  de  l'œuure  Solaire. 

Ces  paroles  emportent  le  prix 
fur  toutes  celles  qui  ont  efte  rap- 
portées de  cefte  matière,  comme 
aufli  Theophrafte  a  laiffc  ce  qui 
fuit  parlât  de  cet  art. Le  principal 
de  fes  dits  côftfte  en  cela^,  prenez- 

K  îj 


14S  Seconde  partie. 
la  Lune  du  firmament,  changé 
la  du  lieu  fuperieur  cneau,  &  la 
réduits  en  terre, &  alors  tu  perpé- 
treras vn  miracle  efmcrucillablë 
à  tout  le  monde.  Si  vous  condui- 
fez  l'opération  îufques  à  la  fin> 
&  de  fon  principe  la  iettes  en 
terre  facee,  laquelle  en  noftrc  arc 
eft  comparée  à  la  terre  boueufc, 
purgez  &  la  nettoyez  de  cette  fa- 
Iccé,  alors  elle  reluira  d*vn  rayon 
plus  clair  &:  fplendide  :  mais  Çi 
vous  la  voyez  changée  &  trîfte^ 
ou  comme  pafle ,  lauez  là  au  bain 
de  bien  feancc  ^  &  Tornez  de  vc- 
îlemens  de  fplendeur  pcrmanen- 
te&:  de  terre  creuë  de  laquelle  el- 
le fe  refiouït  grandement ,  $c 
qu'elle  demeure  en  c'eft  cftat 
îufques  au  temps  à  elle  propre- 
car  alors  elle  y  demeure  perpc- 
aiellcment ,  par  lequel  auiTi  w 


Seconde  partie,  i^^ 
peux  la  dcliurec  des  lies  du  tom- 
beau. CeftlemylleredclaLung 
rcnuerfee  ,  que  fî  tu  en  viens  à 
bout  tous  les  fecrets  de  l'art  te  fe  - 
rontreuele^. 


Le  Symbole  de  Fr.  Baz^ile 
Valent tn. 
A  pierre  de  laquelle  cft 
extrait  noftrc  feu  fugitif 
n  eft  pas  des  plus  precieu- 
fes ,  &  de  ce  feu  la  pierre  mefme 
cft  conftruîte  de  couleur  blan- 
che &  rouge ,  &  toutcsfoîs  n'çft 
pas  pierre,  en  celle  pierre  là  na- 
ture opère  &  produit  vne  fontai- 
ne claire  &:  lympide  laquelle  fuf- 
foquc  fon  père  fixé  ôc  renglou-- 
m  iufques  à  ce  que  l  ame  luy  fok 


y/0  Seconde  parïte. 
finalementrenduë,  &c  que  la  me- 
re  fucritiue  foîc  faite  lemblablc 
dans  le  Royaume  :  cefte  piene 
aulîi  acquiert  de  grandes  puif- 
fances  &  vertus^elle  eft  plus  vieil- 
le que  le  Soleil ,  la  mcre  préparée 
par  le  fçu  ,  et  le  père  engédré  par 
î'erprit,  l'Ame  pareillement  ,  le 
corps  et  refpi'it  cofiftent  en  deux 
chofcs  j  desquelles  toutes  choies 
font  de  c'eftVn,  &C'cft  vn  con- 
îoinél  le  fixe  &  le  volatil  ;  ces 
chofes  soc  deux  et  trois  et  vnjquc 
fituîo;npreslacoo;noi{râce  d'au- 
cun diceux  3  tu  feras  fruftré  de 
leffeâ:  de  l'art  :  Adam  demeure 
dans  le  bain ,  dans  lequel  Venus 
trouue  çhofe  femblable  à  foy ,  et 
ce  bain  iuft  préparé  parce  Dra- 
gon antique^  quand  il  euft  per- 
du fes  forces  et  fa  puî(fance;et  ce- 
cy  n'eft  rien  ^uti:e  chofe  ^  dit  Iq 


Seconde   partie.     î/r 

Phllofophe,cjue  le  Mercure  dou- 
ble en  cela  ,  fon  nom  eft  caché, 
lequel  fe  doit  rechercher  aucc  di- 
ligence et  labeur  alTidu. 
L(^fin  ^rowH  les  e^eéts. 


Le  Symbole  Nouîieau. 

E  fuis  Decfle  cxccl- 
l  lente  en  beauté  et  de 
grande  race  ,  née  de 
noftre     Mer      pro- 
pre 3  çnuironnant  toute  la  terrç 


ïj-£  Seconde  parti b. 
noufiours  mobile  ,  fe  iecte  de  me^s 
mammellcs  le  laicl  &  le  fang, 
cuits  ces  deuxchofesiufquesà  ce 
qu'elles  foient  conuercis  en  et 
&  en  argent  ^  furrnontant  les  au- 
tres; renrichis  çeluy  iqui  me  po{- 
fede. 


O  fondement  tres-prccîciix 

^^.  tres-excelient^  duquekoutes 


Seconde  partie.     î/j 
cliofes  font  produites  en  ces  ter- 
res ,  bien  que  tu  fois  de  premier 
abord  vn  venin  orné  du  nora 
d'Aicrle  fu^rîtif.  La  première  ma- 
ticre  &  la  femençe  blanche  & 
rouge  de  la  bénédiction  diuine^ 
dâs  le  corps  de  laquelle  la  feche- 
refTe  &  les  pluyes  font  cîofes  que 
toutesfois  font  cachées  aux  im- 
pies à  caufe  de  rurnement  &  ro- 
be virginale  efpars  par  toute  la 
terre;  tes  père  &  mère  font  le 
Soleil  &  la  Lune ,  Teau  &  le  vin 
aufli  opperent  en  toy,  Tor  pareil- 
lement &c  l*argent  en  terre ,  affin 
que  l'homme  mortel  s'y  refiouyf- 
le  en  cefte  façon.  Dieu  tres^bon 
&  très  ^  grand eflargit  fabcnedi- 
çtion  &  fapience  auec  la  pluye, 
&  les  rayons  du  Soleil  à  la  loiian* 
ge  éternelle  de  fon  nom.  Mais  ô 
homme  confidere  icy  qu'elles 


ÏJ4-  Seconde  partie, 
chofesDieu  tcdônc  par  ce  preset^ 
tourmente  fort  T Aigle  iniques  à 
ce  cju  il  baille  les  larmes,  et  que 
le  Lyon  Toit  débilite,  et  qu'il  de- 
firelamort  en  pleurant:  le  fang 
d  icciuy  c  eft  le  threfor  terrien 
conioînt  auec  les  larmes  de  TAi- 
gle.  Ces  animaux  ont  de  couftu- 
me  de  s'engloutir  et  tuer  iVn 
l'autre  et  fe  pourfuiurc  paramour 
mutuel  ,  et  prens  la  nature  et 
proprietéde  la  Salemandre:Mais 
s*ii  demeure  fans  ell:re  offenfé 
dans  le  feu  ,  il  confomme  les 
grandes  maladies  àzs  hommes, 
des  métaux  et  des  beftes.  Et  a- 
près  que  les  anciens  Philofophes 
ont  eu  la  cocrnolffancc  de  ce  fi- 
gnc  &d-e  ce  myftere^  ilsontre- 
cherche  auec  diligence  le  centre 
de  Tarbre  qui  eft  au  milieu  du 
Paradis  terrellre ,  çntrans  par  Içs^ 


Sbçonde  partie.  I/J 
cinq  porces  contentieufesjla  pre- 
mière d'ieelles  aefté  lacognoif- 
fance  delà  vrayc  madère  ,  car  en 
icelle  naift  le  première  cruel  c6  - 
bac Ja  féconde  eftla  préparation 
comme  la  matière  doit  eltre  pré- 
parée affin  detrouuer  les  cendres 
de  l'Aigle  &  le  fang  du  Lyon  :  fur 
celle  patrie  s'eflcuevn  aigre  cô- 
bacrcar  le  fang  Se  l'eau  s'acquiè- 
rent &  vn  corps  fpirituel  lucide: 
la  troifiéme  porte  c'eft  le  feu  qui 
meine  à  fin  de  maturité  :  la  4.  la 
multiplication^  en  Icelle ,  le  pois 
cftnecelfalrement requis:  la5.& 
dernière  porte  cft  la  proîedlion 
fur  le  mxcal.  Or  celuy  eft  glo^ 
rieux ,  riche  &  grand  qui  occupe 
fcfte  4. porte,  car  11  acquiert  la 
médecine  générale  de  toutes  les 
maladies,  icelle eft  le  o-^^nd  ca- 
radcre  du  liurc  dç  la  nature. 


xj6  Seconde  partie. 
duquel  fort  tout  l'Alphabet:  ce 
myltcre  le  plus  ancien  de  tcus 
fubriftc  des  le  commencement 
du  monde  &:  de  la  création  d'A- 
dam,  &  la  fcicnce  de  nature  îaf- 
piré  de  Dieu  très -bon  ic  très- 
grand  par  fon  verbe ,  puifTance 
admirable,  feu  de  vie,  bénit  ruby 
très- clair  &  luifantor  rouge.  Se 
la  benedidion  de  celle  vie  :  mais 
à  caufe  de  la  malice  des  hommes 
ce  myftere  de  nature  eft  donne  a 
peu  de  gens ,  encore  que  tous  les 
îours  elle  foit  deuant  les  yeux  de 
tout  le  monde.  Se  quelle  vît 
comme  fe  voit  en  fa  parabole 


ïuiuante. 


SECONDE    PARTIE.'     2$7 

Qi^atiere  Première. 

E  fuis  Dragon  enucni- 
me  eftant  par  tout  prc- 
fent&  à  viîprixjlaeho- 
fe  fur  laquelle  îe  rcpofe,  &  qui  fc 
repofc  fur  moy  fe  trouuera  en 
moy^  qui  recherchera  bien  &  di- 
ligemment mon  eau  &mon  feu 
dcftruifcur  ôc  compoicur- 


tfS  Seconde  partie. 
Tu  extrairas  de  mo  corps  le  lîoii 
verd  Scrouge,  que  (i  tu  ne  me  co- 
giioîs  exactement  tu  prens  les 
cincjcensde  mon  feu  ^  il  fort  vn 
venin  de  mes  nafeaux  trop  toft 
mur,  lequel  a  apporte  domageà 
plufieurs,  fepare  dôe  auec  artifi-- 
ce  le  fubtil  de  TeCpois,  fi  ce  n  eft 
que  tu  te  refiouïfTes  de  l'extrême 
pauuréte.  le  t'eflargîs  les  forces 
des  malles  5c  pareillemét  des  fé- 
mellesj  Se  au  111  des  Cieux  &  de  la 
Terre,  les  myfteres  de  mon  art 
doîuent  éftre  traidez  courageu-^ 
fement  &  maananimément,  fi  tu 
defires  que  ie  furmonte  la  force 
du  feu  ,  auquel  affaire  plufieurs 
ont  perdu  le  temps,  les  biens  &  la 
peine.  ïe  fuis  Pœuf  de  nature  co- 
gneu  des  fages  feuls,  lefquels 
pieux  &modeftes  en  engendrent, 
de  moy  le  petit  monde  prépare 


Seconde  partie.'  j]^ 
de  Dieu  très  -bon  &  très-grand 
aux  homes ,  encor  qu  il  foit  dôné 
à  peu  de  gens  (plulieurs  toutes- 
fois  en  vain  le  defirât  j  affin  qu  ik 
facent  du  bien  aux  pauures  de  ce 
mien  threfor^&qu'ilsnc  mettent 
leur  efprit  &  ne  s'adonnent  à  Tor  * 
qui  doit  périr  :  les  Philofophes 
me  noment  Mercure ,  mon  mary 
ert  Tor  Pliilofophic/ie  fuis  le  vieil 
Dragon  préfet  par  toute  la  terre^ 
ieTuis  père  &  merejeune&vieil, 
fort  &  débile ,  mort  &  vif,  viiible 
&  inui{ible,dur  &  mol.defcendât 
en  terre  &  montant  au  Ciel ,  très- 
grand  &  très-petit,  tres-leger  & 
très  pefant  ;  l*ordre  de  nature  eft 
fouucnt  changé  en  moy  en  cou- 
leur ,  nombre  ,  poix  &  mefurc, 
contenant  la  lumière  naturelle, 
obfcur  &  clair ,  for  tant  du  C'el  5i 
dé  la  terre ,  cognéu  Se  n'eftanc" 


î^d  Seconde  PARTI!.'  ^ 
irien  du  tout^c'eil  à  dire  de  ftablc^^ 
toutes  les  couleurs  reluifent  en' 
moy^&:  tous  les  métaux  par  les  ra- 
yes du  Soleil,  le  rubis  folaire.ter- 
re  très  noble, clarifiée^par  laquel- 
le tu  pourras  tranfmuer  en  or  le 
cuîure ,  le  fer ^l'ellain  &  le  plomb» 


QY'X^' 


Seconde  pÀrtié.    lèi 


Opération  du  myftcn 
^hilofephic. 

E  fuis  vieil  débile  &ma- 
lade  ,  mon  furnom  éft 
DragontPour  cefte  cau- 
fc  le  fuis  enferme  dans  vne  foiïej 
affin  que  ie  fois  tecompenfé  dé  lai 
Couronne  Royalle,&  que  i*enri«- 
chlffe  ma  famille^  eftanc  en  partie 
culier  Heu  feruiteur  fugitif:  Mais 
àpresces  chofesnous  ppfTedero^ 
tous  lés  threfprs  du  Royaume ,  le 
feu  me  tourmente  grandement , 
&  la  mort  rompt  ma  chair  &  mes 
os  iufques  à  ce  que  (ix  fepmaines: 
palfent^Dieu  vucille  que  îc  puif- 
fe  furmônter  les  ennemis.  Mon 

L 


liz  Seconde  partie; 
ame  &  mon  efpric  me  delaiiTcnt 
cruel  venin  ,  îe  fuis  comparé  au 
Corbeau  noir,  car  c  cft  la  recom- 
pence  delà  malice,  le  fuis  cou- 
ché en  la  poudre  Se  en  la  terre  ^ 
pleuft  à  Dieu  donc  que  de  croîs 
vne  choie  (e  fift ,  affin  que  ne  me 
delailTiez  ô  mon  ame  &  cfprît,  & 
que  ie  regarde  derechef  la  lu- 
-mierc  du  iour  ,  bc  que  de  moy 
forte  ce  héraut  de  la  paix  lequel 
tout  le  monde  regarde  ^  en  mon 
corps  fe  trouuent  le  Souphrc,  Sel 
&Mercure^ccs  cliofes  foyentbîen 
à  propos  fublîmées,  diftillées  ^fe- 
parées.pourries, coagulées, fixées^ 
cuites  &  lauées  ,  afin  que  les  fc* 
ces  bordures foyent  nettoyées, 


Seconde  ï-artib.    xj} 


Figure  Seconde o 

V  s  fi  donc  CCS  cou- 
leurs, qui  font  plu- 
(ieurs,fontchang^ésj 
t<  que  ce  hcraut  a|)- 
parôiffe  rouge;car  c'cft le  fils  très- 
pui{rarit& petit,  ou  lémoindre^' 
n'ayant  pointdeséblableen  tout 
le  m6dé,&qui  aies  forces  &rcfB- 
cacc  du  Soleil  &  de  la  Lune  vain- 
queur deto^ror  rôugc^lacognoif- 

L  i; 


lé^  Seconde  rARTïÉ, 
fai  ice  duquel  tu  acquerras,  fi  cou- 
tesfois  il  eft  purgé  7.  fois  par  le 
feu  aprcs  ces  cbofcs  produits  le 
dans  la  populace  enuleufc ,  &  qui 
porte  haine  à  la  recommanda- 
don  de  c'eftœuure.  Mais  cfçoute 
ce  qui  fuit* 


Seconde  partie.     i6$ 

Figure  TTroifiepne. 

Ix  hommes  tcrrafTcnt 
\  ce  héraut  &  le  tuent^ 
^  toutcsfoîs  il  leur  par- 
donne &  leur  remet 
ceft^  merchanceté  ^  quand  après 
ces  chofes  il  refufçitc  en  cefte  vie 
&  ferefiouït éternellement; par 
iceluy  la  plus  grande  partie  dl- 
ceux  r^uiuent  aufquels  il  com- 
munique fa  fubftance  ,  la  ville 
toutesfois  eft  afliegee  de  tous  co- 
ftcz.ou  il  faut  qu'iceux  endurét  & 
mcurét,  8c  fontîncontinét  perdus 
au  premier  regard  :  Or  les  ténè- 
bres aflaillant  la  Lune  &  le  Soleil 
et  Pafteur  fuccombc  ,  &  toutes- 
fois  ne  peut  cftre  fcparé  à  caufe 


(6^  Segonde  partie: 
qu  il  n'eft  pas  feniblable  à  la  pre  - 
jniere  terre ,  &  les  ennemis  meu- 
rent pareillement  auec  luy ,  s'ils 
veulent  eftrç  fait^  participans  de 
riionneur  &:  gloire.  Or  de  la  pu- 
re grâce  ,1'Arc-en-Giel  apparoift 
quand  le  Roy  les  fauorife ,  &  a- 
lors  il  faut  chanter  fes  loiian2:es 
&  les  efleds. 


Seconde   ^ARTiEr   i^j 

Figure  ^luatriefme. 

AiNTENANT  les  en- 
nemis   du    Roy    font 
I  gchennez ,  &:  cognoif- 
iant  kur  malice  ,  tom- 
bent par  terre  tous  cnfemble- 
ment  ,  &  qui  eft  dauantage  ,  ils 
fonc  déclarez  coulpable  au  fécond 
chef  ^  &  leur  ville  afliegee  par  les 
ennemis ,  &  par  le  feu  première- 
ment ,  à  la  vérité  &c  fpîrituellcr 
ment ,  &  maintenant  corporelle- 
ment&de  mefme  fin  auecla  pre- 
mière ,  ils  tombent  tous.  Mais  ce 
héraut    comme   vray  Roy    les 
zyàc  &  afllfte  à  caufe  cju'iceux 
font  feulement  vn  ,  &  prefquc 
réduits  à  néant  a  caufe  de  ceftc 
Eclipfe   du   Soleil    de  laquelle 
les   Corbeaux    tres-noirs  con- 
fument  toute  leur  chair   ;   &: 


iH  Seconde  partie. 
bleflcz  de  l'ame  &  de  refprit  font 
proche  de  leur  chair  pourrie  ^  & 
le  Roy  eft  nettoyé  de  pourriture  3 
&  pour  cftre  caufc  l'amc ,  l*cfprit 
&]e  corps  font  conjoints  afEn  ^ 
qu'ils  demeurent  en  eux ,  &  die 
pareillement  habitent  en  luy  :  or 
le  fixe  réd  ceft  autre  fixe  pareillc- 
ment^affin  que  diceluy  forte  vne 
lignée  nouucUe  &  blanche  :  mais 
çonfidere  plus  aur.ni:  les  couleurs 
de  l'arc-en  Ciel  demoftrant  qu'î- 
ceux  font  dignes  de  la  robe  blan- 
che nuptiale ,  que  s'ils  Tembraf- 
fent  amiablement  ils  gaîgneronc 
la  robe  pourprée  &  dorée  3  &  le 
repos  du  Sabath  3  auquel  ils  ren- 
dront à  Dieu  IcurCreateur  Thon- 
neur  deu  :  défia  la  Lune  obcïf- 
fante  baille  le  iour  du  Soleil  re- 
luifant ,  &  cefte  amiebîen  aymée 
(  largentj  foit  coiiuertc  de  vcfte- . 


Seconde  partie,  i/f^ 
mens  blancs  comme  neige  ;  m^i$ 
toy  ioyeux  comprçns  le  refte. 


g  fîS;g%^  Ait^ftU  jÉJ^^réii  rJSftUA  A^f^rf^  AfS  ' 

#^gff  «ptj^jjip  '•vï^fv  'tjjsif'  ^%ti^^  ^m  ' 

Cinquiefme  Figure 

C ES  TE  heure îc  fuis; 
irefTufcite  du  fepul- 
chre  &  apparpis  ^ 
mes  frères  mon  ef- 
poux  m'embraffant  y  par  lequel 
aufîi  îe  rendray  mon  frerc  coti- 
sant fpirituel  êc  blanc  en  le  tai- 


tro  Seconds  PARTrE^ 
gnant  encore  qu'il  foit  débile  & 
&  imbecille  ,  afSn  que  ic  luy  re- 
uele  la  force  &  puiilance  du  Roy, 
lequel  vainqueur  me  doit  fuîure 
en  bref ,  &  nous  rendra  fembla- 
bles  au  Soleil, d'autant  qu  il  a  ref- 
fufcitéenmoy  ,  ie  fuis  donc  pa- 
rangonnc  à  la  mer  criftaline.fixe, 
&  ie  déplore  amèrement  la  mali- 
ce &  imperfedion  de  mes  frères 
par  laquelle  fe  retirans  de  moy 
conjoints  aux  pierres  &  à  la  pou-- 
cire  terreftre  ;  ils  perdent  toute 
force  ,  abbayans  après  les  chofes 
terriennes, &mefprifans  les  celç- 
ftes  3  car  fans  aucune  remilTio  n  ie 
plore&iettedes  larmes  defquel- 
leslabenedidiofort  ôcapparoift, 
&  ne  m'eftudiç  pas  à  la  vanité  & 
impudence  comme  ma  fœur 
Venus  touflours  attentiue  à  fes 
raqndanitez   folatrçs.    Toutes- 


Seconde  partie^  r^f 
fois  elle  pourra  acquérir  mon 
veftement^  lequel  ie  deuois  di- 
llrîbuer  à  cinq  ,  pourueu  qu'ils 
fouffrent  viure  auec  moy  ,  maïs 
mon  fr^rc  Mars  ce  mefchant 
&  çelerat  trompeur  après  qu'il  a 
eu  mes  larmes  &c  pleurs  ,  il  ren- 
uerfe  ^  tue  plufieurs  innocents, 
&c  enflammé  de  colère  rayon- 
nante, il  mefprife  dutoutlaSa- 
gefle  ,  modeftic  ,  &  paix. -Mon 
irere  Saturne  eftauflide  mefme 
efprit,  quipreflfédepaffion  mé- 
lancolique &  d'auarice  ,  ren- 
uerfc  le  falut  de  plufieurs  y 
auiTi  il  a  la  face  trifte  :  Ju- 
piter doux  &  clément  appro- 
che de  la  Couronne  Roy  aile, 
feuerc  ,  craintif  ,  &  plufieurs 
fois  fubie£t  aux  paiTions  d'in- 
cpnftancc  ,  comme  la  plus 
grande  partie  dçs  hommes  eft 


17^    Seconde  partie, 
fujctte ,  encor  que  tous  les  hom- 
mes doyuent  cftre  aflemblez  & 
conîoînts  en  vn  ;  mais  mon  fierc 
Mercure  le  plus  ieune  bien  que 
vieil  par  prudence  ,  ilrompt  les 
liens  de  concorde ,  il  pleure  &  rit 
tout    cnfcmble    abondapiment 
quand  il  cognoift  eftre  fembla-- 
ble  à  la  Salcmandre  i  il  eft  merce- 
naire &  operateur  d'œuures  ad- 
mirables ,  fcmblable  à  celuy  qui 
courant  de  toutes  parts  par  le 
globle  vniuer Tel  de  1  a  terre  fe  re- 
fiouitde  la  compagnie  tant  des 
bons  que  des   mefchans  &:  en 
fort  :  Si  donc  ils  îmitoyent  m.'?  c6- 
Ilance  ^  le  Roy  celefte  nous  eflar- 
gîroit  de  grands  biens  ou  le  So- 
leil fe  plaift  dans  les  pîuyes  ^  &c 
après  les  pluyes  il  donne  de  gran- 
des richeffes ,  comme  le  père  de 
famille  ayme  ou  pQurfuit  fa  fen^- 


Seconde  partie,  jff 
nie  àvn  amour  ardant ,  rciettant 
les  difcordes  2ccontentions  entré 
eux  5c  mo  y  ^  îe  dorineray  ceinture 
à  rargéc.reduifant  mo  Roy  enot. 


Figure  Sixiefm 


Elvis  ANTdeéran- 


v^^  de  clarté,  i*ay vaincu 
p,^^  j^x^P  TOUS  mes  ennemis, 
K^^^^  d'vn  plufieurs  &  de 


'.^, 


/7f  Seconde  partie. 
plufîeurs  vn  defcendude  gène» 
racion  cclebre^dii  plus  bas  il  mon- 
te au  plus  haut ,  la  plus  bafle  for- 
ce ell  jointe  en  ce  monde  auec  la 
plus  hauce ,  ie  fui^  vn,  &  plufîeurs 
font  en  moy ,  multiplié  par  dix^îé 
$!;uarls  autant  de  fois  mes  fix  amis 
pourueiiqu'ilsm'ôbeîflentprom-. 
ptement ,  en  la  fufion ,  à  Texem- 
plc  de  mon  amie  la  Lune.  Tay 
{ix  robes  nuptiales  ,  ëc  fix  cou- 
ronnés doréds  ^  chacune  def- 
quelles  feront  données  à  Vri 
chafcun  ,  affin  que  femblables 
aux  Rois  ils  régnent  auee 
rîïoy  y  dominans  fur  ceux  qui 
m'ont  mcfprîfé  &  mon  amour  y 
ils  feront  defcouuerts  par  le  feuV 
d'autant  qu  ils  font  foigneux 
de  monter  de  la  terre  ,  s'ils  ont 
efté  vrayement  ioyeux  ,  blancs, 
d^  couleur  faSnguinc  6c  purpurez^ 


Seconde  PARTIE,  i// 
donnans  de  grandes  richefTes  ^ 
tout  ainfi  que  de  Dieu  fout  tou-^ 
tes  chofes  hautes  &  baflcs  ^  com- 
mencement &  fin  :  car  ilcft  Ai 
&  O  :  prcfent  en  tout  lieu  ,  les 
Philofophes  m'ont  orné  du  nom 
d'Azoth  y  les  Latins  A&Z,  des 
Grecs  et  &  û)  ,  des  Hébreux  K^Jhtt 
Aleph  &  Thau  ,  tous  lefquels 
nomsfignifient&font  AzoTH  r^ 
îecté  dâs  le  feu  corne  par  colère  [^^ 
l'oprelfe  Teau^&lesfix  autres  mé- 
taux louent  grandement  mon 
nom,  d'autât  que  ie  les  introduits 
au  Royaume  du  Soleil  ^  de  la  ils 
m'appellent  vniuerfcl  quand  ie. 
Icstrârmuëentres-purOrJequel 
ne  fentirâ  îamais  aucurî  domma- 
ge par  eaUjfeUjterre  ouvenîniDa-' 
uancage  il  fert  de  remède  aux 
maladies  des  hommes  5  le  fuis 
h   vray    thrcfor   Royal   doon^ 


i/^  Seconde  PAàtiE, 
fculemét  aux  pieux.  Si  donc  Dîcii 
trcs-bon  &  très-grand  redonne 
lacognoiffance  de  ce  threfor  vis 
mo^ctlemcnt  auec  toy  >  afBn  que 
te  re{ioui{ra:nt  en  la  compagnie 
des  merclians  ,  tu  ne  tombe  en 
grand  danger  &c  affiiârion  :  car  il 
•lu  "^cïï  a  plufrears  qui  fous  couleur 
d'amitié  machinent  des  embuf- 
ches  à  ton  falut  ,  Sclareuelatiori 
doit  eftre<îe  Dieu. 


Vor'Uure  "vnimrfel  des 


l?hilofophes. 


^â^'É  vieillard  cft  le  prc- 
\$^  ^^^^mier  prmcipe  reuele 
i6.VnV/^ptir  l'art  de  Hermès, 
car  le  fouffrç  ,  fcl  &  Mercure  y  le 
l>as  comme  le  haut  ,  Taftre  du 

Soleil 


Seconde  partie.  /// 
Soleil  abondant  en  couleurs  ^  lé 
feu,raîr,  Peau^la  terre  engendrez 
de  la  génération  de  Diane  Scd'A- 
ppllon  ,  le  feu  liiafculin  &c  Tair 
lœminin  (ignifiec  la  terre  &reau, 
de  pois  pelant  &  léger  ^  ftablc  , 
conftant  &  iugitîf ,  defpouillé  de 
h  robe  tçrrelïre  ,  &:  le  prépare* 
nud  y  eiiferme4e  dans  vn  bain 
chaud^cuits-leàla  chaleur  de  s  va- 
peurs iour  &  nui6t  iufqucs  à  ce 
qu'apparoifle  Teftoille  i  autour 
de  laquelle  courent  fept  autres , 
parlafphere  ,  ôcfoitCuffoqué  en 
leau  ;  le  noir  Corbeau  premier  C(ry(^i 
Oifeau  voltige  à  lentout  des 
corps  morts  iufques  à  ce  que  de  la 
Colombe  blâchc  lorte  vn  oy fèau 
rouge  la  fuiuant^eftains  donc  fpi- 
rituellement  le  Corbeau  nôir> 
afin  que  toutes  les  couleurs  pa- 
roiffent  :  mais  la  Lune  corporelle 

u       ^ 


ijS  Seconde  ï>artïe.' 
fubfiftant  la  Licorne  fc  repofe  ;> 
ôc  prépare  le  chemin  au  Roy? 
lardent  blanc  fort  et  le  Roy 
fuit  de  près  rouge  encores  foli- 
taire  :  mais  tres-pur ,  que  (î  tu  le 
menés  auec  fa  mère  par  tous  les 
Royaumes  il  multipliera  fon  prix 
de  dix  ,  et  donnera  de  grandes 
richeffes  et  commoditez  à  fcs 
frères.  Heureux  trois  voire  qua*-- 
tre  fois  ^  heureux  celuy  qui  a  ac- 
quis l'entière  cognoiifance  de 
ceft  arc. 


Seconds  PARTIE.    "ï-;^ 

Déclaration  çf  expUcatioii 
d'Adolphe. 


M  \} 


/8o    Secondb  î>ÀRTEÊ. 

[^  P  R  ES  que  moy  A  - 
fj^^  dolphe  euft  délibéré 
félon  la  cupidité  de 
mon  efprit  d'aller  à 
Rome^  ,  affiii  qiic  \t  peuffe  plus 
diligemment  rechttcher  les  fe- 
€rets  des  arts ,  vne  certaine nui6l^ 
cftanthorsdu  logis  contraint  par" 
la  folblefTe  de  mes  forces  fiddeuc- 
nu  pefant  par  le  fommeiU&gran- 
demét  affoibly  à  caufedcspluycs 
&tem^^éfces  quilauoit  fait  tout 
le  long  du  iour  y  i'entraydans  vne 
certaine  cauerne  fous  terre ydef- 
quelles  lé  nombre  eft  affez:  grand 
à  Rome  ,  &  ayant  fait  ma  prière  à 
Dieu  tres-bon&trcs-gr  ad^împlo- 
rat  fon  ayde^cftant  à  ieun.ôc  fom- 
meillant^îe  me  luis  endormy  .maïs 
a  caufe  de  rincorttodité  du  lieu  îc 
m*efueillay  à  la  minuit ,  confîde- 
f  ant  la  eauerne  de  monhoftelle- 


S'ÊGONDE   PARTIE.        î8t 

rie  elleuanc  mont  efprit  aux  œu-r 
urcs  admirables  de  Dieu  très  bo 
Sccres-grand/ocexaminant  atten- 
tiuemenc  les  rniferes  de  la  vie  hu- 
maine, finaleiiiiGncauiri  balançant 
.  cxadtementles  fpcrets&  rœuure 
des  Philofophé  ,-  il  me  fembla 
ouïr  quelque  bruit  en  ma  ca- 
uernc  ,  qui  toutes  fois  au  mefmc 
inftant  ceflbit  ;  qui  me  fit  auoîr 
grand  peur  ^  partant  queccfuft; 
foreiers  ou  larronneaux  :  Mais 
implorant  Tayde  de  DieUy  î'adui^ 
fay  vne  petite  luniîere  loin  de 
moy  au  plus  profond  de  ma  ca- 
uerne  ,  laquelle  s'augmentant 
petit  à  petit  s'approchoit  après  de 
moy,&:  delVituéde  force  ie  hefi- 
tois  &  lors  ie  vis  vn  certain  hom^ 
me  tres-lucide  ,  comme  aérien 
recompenfe  d'vne  Couronne 
Roy  aile  ornée  par  tout  d  eftoilles 


pr  comme  ie  le  regarde  acte n il- 
ucçnent  conlideranc  toutes  fe^ 
parties  înrcrieures,  Tpa  cerucau 
ainfi  que  l'eau  criftaline  f^^niou-' 
uok  fpy  mefme  comme  les  nues, 
&  le  .cçÊur  aind  quVn  rubis  rou- 
giflant  çntre  ces  chofes  ie  va- 


%^l^^ 


Seconde  partie*  /gj 
yoîs  fes  inteftins  ;  le  poulmon 
le  foye  ,  le  ventricule^  la veffie, 
îerquelles  cftoienc  toutes  pures 
claires  &  lucides  comme  verre, 
oc  toute sfoîs  poijit  de  fiel ,  la  ra-^ 
ce  ,  &  les  autres  inteftins  auffi 
apparoilToyent  ,  or  ie  ne  puis 
exprimer  par  paroles^fa  clarté  ôc 
pureté  ,  &c  comme  cour  m  enté 
par  fonge  &  vidon  y  à  la  fin  îc 
m'efcriayô  Seigneur  mon  Dieu 
deliure-moy  de  tout  niai  :  mais 
ceft  homme  approchant  de  moy 
me  dit  ,  Adolphe  fuy-moy  ,  îc 
te  monftreray  les  chofcs  qui  te 
font  préparées  affia  que  tu  puif- 
fes  pafler  outre  les  ténèbres  à  la 
lumière,  lors  ie  dis  l'ignore  qui 
tu  es,  refprit  du  Seigneur  du  Ciel 
&:  de  la  terre  me  conduifc  ,  Se 
U  me  dit  fuy-moy  :  car  d'au- 
tant que  tu  m'aimes   ôc  jnon 


}S4  Seconde  partie. 
Seigneurs  tu  feras  aulTi  pareille- 
jnent  ayme  de  moy  y  &  toy  tu 
lolieras  le  nom  duScigneur  gran- 
dement y  ces  cliofes  dites  ,  fi- 
nalement entre  au  profond  de  la 
cauerne.confiderant  plus  attentî- 
uemcnt  toutes  ces  chofes  y  ievis 
en  fa  couronne  vne  foit  reluisâtc 
te  eftoille  rouge,les  rayons  de  la- 
quelle penetroicnt  tout  mon 
corps  ôc  mes  entrailles  ,  fa  robe 
ertoit  de  lin  blanc  parfemce 
de  fleursde  dîuerfes couleurs  J:i 
couleur  verde  reluifant  fort  au 
dedans, outre  ces  chofes  vne  cer* 
taine  vapeur  toufiours  mouuan- 
te  montoit  de  fon  cœur  au  cer- 
ueau  &  du  cerucau  au  cœur  :  en- 
fin donc  il  esbranla  de  la  main  la 
rnuraille  par  vn  fon  grand  &  ef- 
datant, &  fe  rçtira  de  deuant  mes 
yeux^dçcecy  derechef  les  gran- 


Se^CoNDB    PARTIE;        i2f 

des  ténèbres ,  la  follicicude  &  la 
craîncc  faîfident  mon  ame ,  &  le 
Soleil  fe  leuanc  ayant  allumé  vn 
çiero-e  .  cherchant  diligremmcnt 
lededansdelacauerne,ie  voyla 
muraille  esbranlee  &  trouue  vn 
cofl:re  de  plomb  y  lequel  ayant 
jouuert  ie  voy  le  liure  aux  fueil- 
Icts  y  duquel ,  qui  etloyent  de  he- 
ftre  y  eftolt  mife  en  efcrit  comme 
pour  mémoire ,  la  figure  parabo- 
lique du  vieil  Adam,&  ie  la  tour- 
nois iour  &  nuid  de  la  maiq  îuf- 
ques  à  ce  que  par  vne  feule  voix 
ce  fecret  me  fut  reuelé ,  par  le- 
quel i'ay   cogneu  entieremenc 
pludeurs  chofes  admirables.   le 
regardois  au  Mîdy  où  font  les 
chauds  Lyons,  &  es  lieux  fujets 
aux  Poîes  &  au   Septentrion  , 
dans  Icfqucls  lieux  le"?  Ourfes 
fpnt^  &c  chantois  par  hymnes  & 


%sS  Seconde  partie; 
louange  le  nom  du  Seigneur  j& 
cognoilToîs  le  myftere  de  ce  liurc 
cacheté  de  la  nature  Jequel  fecret 
comme  auparauant,  il  auoitefté 
adioufté  y  ie  le  mettray  aufTi  en  ce 
lieu. 

Le  Symbole  de  S^^ 
turm. 


Dam  eftant  char-r 
gc  de  vîeillefle  ,  n'a- 
yant pas  obeï  à  la 
Lov  de  Dieu  auec 
fa  femme  ,  auôit  tourne  fut 
foy  la  fentcnce  de  maledidîon, 
&  tous  deux  defcheus  &  rem- 
plis de  crainte  ,  fuyans  fe  font 
cachez  dans  les  builTons  &  efpi- 


Seconde  partie.     18/ 
Dcs  ,  &  meus  de  honte  &  de 
vcfgongne  à  caufe  de  la  nudité 
de  leurs  corps  ;,  ils  fuflent  aufli 
morts  miferabîement,  fila  mi- 
fcricorde  de  Dieu  le   Créateur 
tres-bon   &  très- grand  ne    les 
eull  réduits  à  Taduenir  en  leur 
premier  eftat  :  car  deuant  qu'ils 
fuflent  renouuellez  ils    engen- 
^^"'  drbyent  des  enfans  imparfaits , 
&  comme  ils  fe  furent  eux  mef- 
mes     rendus   indignes    de    la 
pofleflion    de    ce   jardin  ^    & 
aufli  qu'ils   deuoyent  eftre  re- 
uelez  à  tout  le  monde  ,  ils  fu- 
rent   icttez    de   ce     iardin    de 
délices    par  vn  rayon    de  feu, 
&    conibien     que    vrayement 
ce    iardin    abondoît   de     dou- 
ceurs   &    de    délices     toutes- 
fois     Adam    auec    fa    femme 
h     furpaflbit      de      pluficurs 


7  88  Seconde  pARTt'k 
générations.  Il  y-  a  au  Latin  le 
iiiuliis  parafangisi ,  cjBÎ  {ignifie 
trenteixades  de  tci'revMais  com- 
me ils  fuirent  îetrezihors  (i'îccluy. 
Eue  femme  meue  d'inconftance 
fortîtpremieremeûc  Adamhonv 
ine  conilant&  magnanime  ,  ne 
vouianc    céder   qu'après   auoir 


r      s 


rcceu  hxp.a}<'S;  mais  Eucrece- 


SEeONDE    PARTIE^      289 
iioic  le  fang  qui  s'efpandoît  de 
fes  pbycs ,  &  le  gardoit  le  tirant 
du  iardin  de  pareille  force  aiman- 
tine  ,  car  il  eftoit  afïoibly  de  ces 
premières  forces ,  qu'il  ne  pou- 
uoit  recouurer  iufques  à  ce  que 
lauez  enfemble  dans  vn  melmc 
bain^  &:s'aymantmutuellemcnt> 
ils  defiraflent  la  mort  tous  deux  , 
Scdercchefreffufcitaflent  en  vn> 
&  après  la  mort  ils  cngendraffent. 
vn  enfac  d'effence  fuprémeMais 
ceft  enfant  defirant  pareillement 
la  mort  a  reiTufcitéafïîn  qu'il pe- 
netraft  toutes  chofes,  &  doit  eftre 
multiplié  par  dix  :  car  fes  frères 
imparfaits  &c  débiles  le  comba- 
tent  &c  rartaquenc  :  car  fi  cela 
n'eftoit  tout  le  labeur  feroicvain 
&  fans  profit. Or  après  ces  chofes 
ils  meurent  tous  enfemble  auec 
Iuy,àlafin  reffufcitant  Se  regnans 


1^6  Seconde  partie, 
àuec  luy  reluifans  &  rayonilans 
Comme  le  Soleil  de  la  terre  :  car 
leur  volonté  eft  obeïflante  au 
Roy,  de  cecy  ayant  acquis  des  ri- 
cheffes  éternelles  qui  feront  dix 
fois  y  cent  fois  Ôc  mille  fois.  A 
Dieu  feul  duquel  procède  tou- 
te fageffe  foit  honneur  &c  gloire» 

Âinfi  foit -il  au  Mercure ,  lequel 
bien  qu'il  foit  fans  pieds  court  ^^ 
comme  Te  au  ,  ne  mouillant 
îcs  mains  ^  et  opère  tout  métal- 
liqucment. 

I  N. 


^Pl 


POEME. 

P  H  I  L  O  s  O  P  H  ^I  C-; 

SVR  L'AZOTH  DÈS 
PHILOSOP  HES. 

Par  le  fieur  de  N  V  i  s  e  m  e  nt» 

W  Art  fournît  créer  Us  frin^ 

cipes  des  chofesi 
Comme  il  feut  accomplir  les 

f>tiijfirn.esencl6fes 
Etftincipfs  crées  ^  <sr  les  muU 
tiflier-; 

l*^4ture  aux  pieds  de  V  Art  yi  en  droit  s*humilier\ 
An  lieu  qite  dettant  elle  il  fléchit  &  i* inclina ^ 
Car  s  il  A  de  la  gloire  elle  en  eff  l*  origine. 
Comme  experte  maifire/^e^  &  luy  comme  aydc 

expert. 
E  île  fait/'' s  apreft  <  5  dont  après  il  Ufert. 
>   hes  principes  prochains  Sont  cefle  grande  ctf^ 

uriere, 
CoTTffofe  dés  métaux  la  matiste premiers 


î5?2  STANCES. 

Bf  c'tux  ^cnt  i\lhif>  par  l'art Jf  doit  former^ 
Vou)  dt),  corpi  imp.vJMis  Us  ^effatas  vefo>  w  r» 
Sqfrien  cjîre ^  en Jiibjï.ince ^& yntus  ynifonne 
V^retL  en  qu^e^-^mais diferens enfermes. 
'Ndttiyeles  pifCpafe-C^  vi  lesprep^ranty 
t-lierenû k  nos ytux, ItmaJJ/ec} diff'erem, 

^u  centre  de  la  terre  elle  tient  fa  bbtttîquey 
Ou  d^engin  admirable  elle  afl'entbleO^fahri^ife 
Des  principes  pYertiHrs  cespnncipei  prochain^; 
Dont  elle  ya  formant  de  fvs  expertes  mains 
Vfiemdfje  confuf/e ,  qu  pdr poids  elle  ajfemhlei, 
iLes  quatre  qualité'^  des  dçu): fermes  enfernble* 

Ayant incjlé  Veau  feiche  aUec  l'eyfrit  ptianty 
SafoHrnaife elleenflamm(',&  lesratranfmuÂt 
'En  fubfîance  fumet*  fe  -iQU  yapeur  qui  fans  ceffç 
Mme  fi  quelque  ohftacle  oppofé  ne  l'âbaiffe^ 

Si  rien  ne  la  rrp>ime  a  for  ce  de  -voiler 
Elle  efcbappefuiiiue  -^^ra  former  en  Vaîf 
Quelque  irijirumct  du  foudre  lou  l*  a  ^eB  fatidique 
lyvne  errante   Covtftbe ,  ù*feu  yietheorique, 

M.</-<  tnounant  tn  rempart  qn^Ale  nepefcepaî^ 
E//e  ifi  reuerberée^Cr  recot*rbée  enbas. 
puis  s'efcanantpreffèe^aux  plus  efiroitcs  yeines 
l}es  rochers fourcilleuXyO'mantaigneî  hautaines: 
Elle  y  efî  retenue  auec  l*e  fart  puiffdnt 
Ve  yertu  miner  aile  •  â  elle  s'ynîffanti 
Dw  très  ferme  fie  n  d'vnionperdurable^ 
par  la  douce  a&ion  de  chaleur  amiable  5 
Qtn  ivur  ûr  nuiciperfifitt  4 fin  de  conuerti'rî 
f.n  tveral  y  la  yapeur  qui  ne  petit  plus  feruh\  fo\^ 

kùifi  dsno  U  ndture  a  pour  toutes  eftojfes 

Ceftr 


à 


stances:  T5Î 

Cefie  doublé  vapeur  ^mmune  aux  Vhilofophes  y 
(QtielU  rend  accomplie  >  àtftant  que  le  permet 
Et  te  temps  5  &  le  lieu^  9U  U  yapeurfe  tnet^ 
Car  fi  elle  rencontre  me  impure  mutrice^  -;t 

Uémbrion  qui  s'y  forme  efi  tache  defon  yîcel 
Et  fi  l'auare  mai»  de  Vauide  marchant  ? 
Du  y  entre  maternel  y  a  l*  enfant  arrachant'^ 
Audm  les  ans  premiers  deftintu^  Â  leur  eflrky 
C'eji  yn  fruiU  abortif  >  qui  meurt  premier  ijï4^ 
naiftre. 

Le  clair-y^yant  Hermès  d*yn  eeil  de  L>/i^ 
ouurity 
La  terre  iufquUu  centre ;t^fuhtil  defcouurit 
Lesfecrets  plus  profond  s  où  nature  enuieufe 
Employé  enfe  cachant  fa  main  indu^rieufel 

1/  liiy  yeîd  tnan'er  lAercure  duec  Venus ', 
£>m  dans  Utfiuche  aymee^entrelaceTy  &  nuds  l 
'Engendrèrent  Venfânt  ou  leurs fexes  s* djfemblevil 
Kejfemhlatàtous  deux, qui  point  neluyreffembUni 

Venus  fe  /entant  ^offe  elle  explora  du  fort  9 
Defon  cher  Ambrion  la  naijjancè  O*  la  morti 
Trois  Oracles  diuers  l'affligèrent  confufcy  « 

Ef  nul  d'eux  toutes  fois  menfongèrne  l*ahufel  * 

Le  premier  luyprefage  m  fils  au  fer  fournis:     -^ktmI^,  ^T^^^^<^7 
L' autre  luy  a  pour  l'onde  ynef  11^  promist  fnjM^cu^tt^t— 

Vuis  le  tiers  luy  annonce  yne  eng  eance  nounellel    ^^^^-^ 
Qui  naijjantfille^â'  fils^nefi  maflë  ny  femelle  f 
Et  dont  lafrefie  yîe  en  l'air  doit  expirer;      •  "* 
Ces  contraires deflinsfon t  V^  nus  foHJ}>irer^ 
Vleine  d'impatience  5  attendant  la  tournée 
QH*efclorf^,  de  fin  fruiB  U  triple  defiinée' 

N 


f^;?  _        stances: 

Sdttû^jfdnce  conforme  aux  préfaces  diulftsl 
PoMjr  ftù  mort  luy  fAÎt  crbire  aux  vHots  des  tvm 

dettinsy 
Il  naijl  mafle  femelle  y  &  n*eH  homt^te  ny  femme -^ 
L>e  crlxtue^tondey^  l'air  luy  defroberent  Vame  5 
Tué  y  Hoyêyfendu^en  VdUYtlde/es  ar:si 
Honor^  du  beau  nom  defes  dîmns  pa  rents> 
h'dueugle  en  tel  myflcre  aura  recy  pour  fable» 
'Qf4iefiaHx  de/^llle\hifloire  ■veritahle. 
CrfK  les  principes  vrais  par  nature  allie's^y 
Sonf  ces  diuins  amdrts  au  ioug  d^Himen  Uen^  s 
E^  la  double  v^ipcttr  qui  de  ces  deux  sexdU^ 
Emportant  de  chacun  fa  portion  exalte, 
Efi  cet  Hermaphrodit  '^  auquel  font  contenus 
^es  deux  fermes  diuins  de  Mercme,&  Venusl 
-  L* Art  imitant  Hature  accomplit  l'œuure  en^ 

tierey 
P^K  h  njiefmepr^ttquey  &  la  mefme  tt^atiere; 
Af*  ventre  d^vn  clair  yafe'ien  globe  vondijfanty 
iJ agent  aupuiem  bienpurge'^ynijfant  : 
Defquels  k  feu  fait  natfîr:^  yn  ydpiur  fubtille , 
Qui  maintes  fois  i'efeUey  &  maintes  fois  diftillei 
'Defantmi^t  les csrps  qui  la  yontprodmfanty 
Puis  duec  leur  propre  ame  en  eux  fe  reduifant. 

Oeft  A^^oth  y  ceft  l'esprit ,  c'efî  l'ame  fuiitiue^ 
Qjtî  fumée  inuîfible  ■<  entournayant  arriue 
A'thatit  denoÇtre^lobc  $  ou  perdait  force  &  cosur  $ 
Vifib  'ement  retombe  e^  perleufe  liqueur  • 
jif  non  point  r  argent  vif,  commun  y  froid ,  &  hu^ 

mide , 
E?icor  qu'il  dppdrdjfe  éiUtânt  &ffuyde  i 


STANCES.'  jfpl. 

Uns  yn  lAercttre  extrait  des  corps  fHhtîliée'  -^     ['• 
P4r  i*  argent  yifrulgait  t  omerts  6^  dêjIT^ .        0'é4  iU/sk:"'^' 
E^rît  eju  on  peut  nommer  Mevçf*rc  de  Mercujf;  ^y^z^tc^\^  ^''■ 
VlusjubtiUchaud  C2r  meur  9  f«*t  ctUj  ds  natti^^f,  Mt**.  <PkJ*u.  ^ 

Pdr  cefi  efprityifible^^i  Ciel  glorifié  9  ^itUù.  ^^ 

f^oftre  Ldton  invmnde  eft teut purifié^  ;^^*m -^*^*:^ 

Qtt'H  deuient  médecine  in^nie  enpuiffdncty 
IPour  exterminer  touty  ce  qni  fut  corps offencel 

Q«/  4  y  eu  cejî  A  '{oth  a  y  eu  n  ofire  Blixir  i 
Carde  nofire  tUxirnoftre  A\oth  dait  ifiirt 
Puis  quElixirn'efi  rien  qu'yn  eau  lAercuriellei 
Et  que  l'on  nomme  Aif^othla  yapeur  qui  fort  d'elle 
Eiixirefile  corps  en  Mercu^re  reduiti 
Et t'A\9th  eft i'e^iit  q*i de  deux  efJlprêduit^, 
Tem  ce  fait  eau  ,  p4r  l'eau  i  mais  eau  qui  rien  ne 

moût  lie  9 
Et  nefe  ioin3  fimn  il  fa  propre  déjpouille. 

Or  Ton  peut  ce  grand  auure  en  trois  parts  di^ 
uifery 
Et  fous  troii  noms  dîuers  le  fecret  defguifer^ 
ï^ebiseft  le  premier^quand  la  pierre  on  compofei 
Et  qui  les  deux  conioints  ne  font  plus  qu*yne  chofe, 
Elixir  le  fécond, lors  qnUn  a^ftre  cercueil 
V  lotte  y  ne  mer  d'argent  fous  des  yoilles  de  dueil, 
A\oth  eft  le  troifiefme^ahrs  que  dans  leyuide 
Dm  p^lobe  diaphane  »  vne  rdpeur  lucide 
Hors  de  f es  flots  s'efleue,  ^  fe  csndanfe  en  haut  : 
Vuis  rechet  quand  la  firce  àfes  celles  défaut- 
EJprit  qtH  rault  Vame^  er  dansfênfein  la  cachet 
Lors  que  des  corps  pourris  fa  teinBure  il  arrache. 
"XelnUure  ^  huîlle  >  ame  ^foulphre^  extraits  par  n&^ 

'        ftre  agent  i 


,5^jj  S  t  A  N  C  È  à. 

I'/ v<  <^^ft  Yif   f ^w  qHihrîliey^sr  roulle au^i cUîre ^nUrgït l 
^ûu^  ^i*/«^e>fc    ^  "  f  ce»  rfcUtante  5  humide ,  €r  inconftmtc 
J»  Lt^j^'^^l^rXyts^^  S^.^^JfUié  de  cefte  mcrfiotcante, 
Camii^A^fiA:9mC§t    ^0*    '  '7'^*'  ^* ^^J^»"^  AHYAJm  eati repris^ 
/éui^  &'  ^^P*V4  .      ■'  '^^iP^^f  /erorn  v^ffvHS  les  co,f  s  compris  i' 

«^/^^ 
CXmme  le  Jpermehumah  en  VhumMnê  mHtrkel 

On  yoid  les  yt^ierdptx  par  U  tene  produit Si 
Pa  r  putïef action  eftf  e  en  terre  réduits  i 
1i  rre  qui  en  yfrtu  U prïmiite  jurpaffe , 
^AY  fonfel  qui  V anime  5  <ir  qui  la  rend  plus  grdjfe] 

Ceux  qui  dit.  labour  âge  ont  pratiqué  le  train^ 
Ont  eu  foin  de  la  paille  au/si  bien  que  dtt  grain  % 
Car  la  paille  pourrie  en  ^Y^iffe  conuertie , 
^e  reioiht  à  la  terre ,  Cf  /«>  donne  U  y  te  : 
Dont  après  ^  [on  grain  propre  %  en  yn  telchAm^ 

femê^ 
E/?  plus  abondamment  produit  flamme* 
l^es  met  MX ,  di4  Mercure  ^  ont  tiré  leur  femenc»  j 
1/  eftleurpropïe  fe>  /f  &  luyjeul  ipuijfance 
De  les  ienut) e  eu  luyparputr^fa^iion  y 
VoHY  donner  aux  parja^Bi  plus  deperfeBion% 
Car  nos  corps  fubmergeT{  dans  les  flots  du  Mer^ 
cure  ^ 
i  E/  tranfmue\  en  tuy  par  propre  pourriture  % 

f  SontU  terre  féconde -tÙ*  les  champs  f^uBueUxi 

Ou  ms  beaux  grainsfeme\fe  font  plus  yertueuxl 

FIN. 


A;^>v^  ?-,a    1^-^ts^-    <Mcrt^y>9/|.  I34--  //A 


az-l 


î  ;A>>rD5>  î'Vp  7)3^f?  :'>P*p  )7Dp>i-?  ^ro  jzynV     or